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la Shoah

mot hébreu signifiant « anéantissement »

Auschwitz-Birkenau
Auschwitz-Birkenau

Terme par lequel on désigne l'extermination de plus de cinq millions de Juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

On utilise fréquemment, au lieu du mot « génocide », les termes « Holocauste » ou « Shoah » : anéantissement. Le tribunal international de Nuremberg, chargé de juger les criminels nazis, définit pour la première fois la notion de « crime contre l'humanité ».

1. Untermenschen – des « sous-hommes »

Contrairement à Mussolini, qui exerçait un pouvoir certes violent et répressif, mais sans discrimination raciale, Hitler a très tôt formulé une théorie de la race qui lui a servi à légitimer, après son arrivée au pouvoir, l’élimination des opposants et des « asociaux » considérés comme des « êtres inférieurs ».

Aux persécutions des opposants politiques se sont ajoutées celles des minorités ethniques comme les Tsiganes (on peut estimer leurs pertes à environ 250 000 personnes, soit le tiers de la population tsigane vivant en Europe en 1939) et les Slaves, des homosexuels et des malades mentaux. Tous furent considérés par les nazis comme des « sous-hommes » (Untermenschen), que les plans des dirigeants hitlériens destinaient à des déportations et éliminations massives. La destruction systématique des élites polonaises, le traitement infligé aux prisonniers de guerre soviétiques, les massacres de Serbes à grande échelle ne constituaient qu'une première étape. Néanmoins, ce sont les Juifs qui furent, de loin, les principales victimes de la barbarie nazie.

2. Le génocide des Juifs : les grandes étapes

2.1. De l'exclusion à l'« aryanisation » (1933-1937)

En Allemagne, les Juifs sont exclus de la fonction publique le 7 avril 1933, à la suite de la « journée du Juif » organisée par les nazis le 1er avril. Le 10 mai 1933, un gigantesque autodafé est organisé dans toutes les villes universitaires, imposant symboliquement à la nation allemande un mode de pensée raciste, antisémite et antibolchevique.

Les lois de Nuremberg (15 septembre 1935) décrètent la ségrégation sociale et juridique et font des Juifs des citoyens de second rang.

En septembre 1937 commence l'« aryanisation » de l'Allemagne, avec notamment la vente forcée des biens des Juifs, qui va rapidement réduire nombre d'entre eux à la misère.

2.2. Les pogroms : la Nuit de cristal (1938)

Les violences déclenchées contre les synagogues et les commerces juifs culminent lors de la Nuit de cristal (9 novembre 1938) : les nazis organisent alors l'un des pogroms les plus considérables de l'Histoire, à la suite duquel les Juifs doivent payer une « amende expiatoire » de un milliard de reichsmarks en réparation des dégâts qu'on leur a infligés.

Les enfants juifs sont contraints de porter les prénoms Israël pour les garçons et Sarah pour les filles à partir du 1er janvier 1939.

La politique d'émigration est dans le même temps favorisée : fin 1937, 150 000 Juifs ont quitté l'Allemagne. L'annexion de l'Autriche, en 1938, ajoute au Reich 200 000 ressortissants juifs, et les nazis commencent à les expulser vers la Pologne.

Le 24 janvier 1939, le commandant en chef de la Luftwaffe (armée de l'air) Göring ordonne l'« émigration des Juifs hors d'Allemagne » ; le 30 janvier, devant le Reichstag, Hitler prophétise « l'anéantissement de la race juive en Europe ».

2.3. La déportation (à partir de 1939)

L'invasion de la Pologne (1er septembre 1939) inclut environ trois millions de Juifs supplémentaires dans les territoires contrôlés par le Reich. Les nazis décident aussitôt de les regrouper en attendant de mettre en œuvre des « mesures d'ensemble programmées » (circulaire de Reinhard Heydrich, 21 septembre 1939) ; le 30 octobre suivant, le chef suprême de la police allemande, Himmler, ordonne la déportation de tous les Juifs du Warthegau (partie de la Pologne annexée par le Reich) vers la zone non annexée qui relève du Gouvernement général (territoire du centre de la Pologne administré par un gouvernement allemand civil) ; dès décembre 1939, le premier ghetto juif est créé à Łódź.

2.4. La « Shoah par balles » (1941)

La préparation de l'opération Barbarossa en décembre 1940 – l'invasion de l'Union soviétique par la Wehrmacht (armée allemande) – modifie de nouveau les données : il s'agit d'un combat entre « deux conceptions du monde », selon les propres termes de Hitler.

Il est certain que le dictateur envisage alors d'éliminer les Juifs des territoires soviétiques, qui devaient constituer un espace réservé aux Allemands. Dès le 13 mars 1941, Hitler confie à Himmler le soin de régler les « questions spéciales », tandis que simultanément, Reinhard Heydrich, bras droit de Himmler, met sur pied les premiers Einsatzgruppen (« groupes d'intervention mobiles »), lesquels, à la suite de l'avance de la Wehrmacht en territoire soviétique, sont chargés d'en éliminer tous les Juifs.

Selon les historiens Hans-Heinrich Wilhelm et Helmut Krausnick, les Einsatzgruppen (qui comptent environ 3 000 hommes) sont responsables de l'assassinat d'au moins 735 000 personnes ; le seul massacre de Babi Yar, dans la banlieue de Kiev, les 29 et 30 septembre 1941, coûte la vie à 33 771 Juifs. Cette période est aujourd’hui connue sous le nom de « Shoah par balles ».

2.5. Les camions à gaz

Devant les réactions de certains membres des Einsatzgruppen, Himmler fait mettre au point une technique moins « éprouvante » psychologiquement pour les commandos d'exécuteurs allemands. Ainsi est reprise la technique des camions à gaz déjà utilisée, avant la guerre, pour tuer les aliénés – le gaz d'échappement est réintroduit dans les camions, où se trouvent les Juifs.

Des camions de ce type sont utilisés, pour la première fois dans le cadre de l'extermination des Juifs, à Chełmno, dans le Warthegau, le 8 décembre 1941.

2.6. Vers une « solution complète à la question juive »

Les premières victoires éclair des Allemands en Union soviétique ont pour conséquence d'arrêter définitivement le processus d'émigration forcée des Juifs, politique que le fonctionnaire Adolf Eichmann mettait en œuvre au sein du Bureau d'émigration du Reich, rattaché au Reichssicherheitshauptampt (RSHA) l'Office central de la Police de sécurité, qui concentre toutes les polices du IIIe Reich ; il n'y avait en effet plus aucun territoire où forcer les Juifs à émigrer.

De plus, les chefs militaires allemands, qui jusque-là n'ont pas apporté un soutien sans faille à la politique nazie d'extermination des Juifs et des partisans bolcheviques, s'y rallient ouvertement et aident dans leur sinistre tâche les commandos des Einsatzgruppen.

Enfin, les victoires de la Wehrmacht encouragent Hitler à étendre les mesures d'extermination des Juifs à l'ensemble de l'Europe sous domination du Reich.

2.7. La « solution finale »

La conférence de Wannsee (1942)

À partir de la fin de 1941, un programme d’extermination (« solution finale »), dont la conférence de Wannsee (20 janvier 1942) présente l’organisation définitive, est en effet mis en œuvre.

Les participants à la conférence, sous la présidence de Heydrich, chef de la SIPO (Sicherheitspolizei) et du Sicherheitsdienst (SD), services de police des SS, sont :
– Rudolf Lange et Eberhard Schöngarth, tous deux du SIPO et du SD ;
– Eichmann et Heinrich Müller, du RSHA ;
– Otto Hofmann, de la SS ;
– Wilhelm Kritzinger, de la chancellerie du Reich ;
– Gerhard Klopfer, du parti nazi ;
– Martin Luther, du ministère des Affaires étrangères ;
– Josef Bühler, du Gouvernement général de Cracovie ;
– Roland Freisler, du ministère de la Justice 
– Erich Neumann, du Bureau du Plan ;
– Wilhelm Stuckart, du ministère de l'Intérieur ;
– Georg Leibbrandt et Alfred Meyer, du ministère du Reich pour les territoires occupés de l'Est.

Les onze millions de Juifs de l'ensemble des pays d'Europe sont recensés, et il est décidé que, dans les territoires occupés par le Reich, les Juifs en état de travailler seront utilisés comme main-d'œuvre pour le travail forcé (Arbeitseinsatz) : « Dans le cadre de la solution finale, les Juifs doivent être envoyés, de manière appropriée, au travail à l'Est […] les Juifs aptes au travail seront emmenés dans ces territoires tout en construisant des routes, ce qui conduira sans aucun doute à l'élimination naturelle d'une grande partie d'entre eux. Au cas où il y aurait un résidu final, […] il devra être traité comme il convient […] » (compte rendu final de la conférence de Wannsee). Le travail forcé servit ainsi à camoufler l'extermination.

L'opération Aktion Reinhard

L'organisation de l'opération Aktion Reinhard, (nom de code de la destruction des Juifs du Gouvernement général de Pologne) revient à Odilo Globocnik, chef des SS et de la police de Lublin. Trois nouveaux camps d'extermination sont construits :
– Belzec, où les premières exécutions massives de Juifs se déroulent le 17 mars 1942 ;
– Sobibor, où périssent 250 000 personnes entre avril 1942 et le 14 octobre 1943, date de l'insurrection des déportés du camp, qui entraîne sa destruction ;
– Treblinka, où sont assassinées environ 870 000 personnes entre juin 1942 et le 2 août 1943, date d'une révolte des déportés et d'une importante évasion, qui entraînent là encore la fermeture du camp.

À leur arrivée dans les camps, les Juifs sont directement envoyés dans les chambres à gaz. Les biens (devises, pierres précieuses, or, etc.) récupérés des Juifs sont envoyés à la Reichsbank, la banque centrale allemande, à Berlin.

Auschwitz

À la fin de 1941, Auschwitz devient, sur l'ordre d'Himmler, le lieu de rassemblement des Juifs d'Allemagne et de toute l'Europe (des tziganes aussi) en vue de leur extermination.

Les trains arrivent directement dans le camp ; les déportés sont triés sur le quai ; ceux qui sont déclarés inaptes au travail sont aussitôt dirigés vers les chambres à gaz où ils sont tués au moyen de monoxyde de carbone, et surtout de zyklon B (nom allemand de l'acide prussique) ; ceux qui peuvent travailler sont loués par le Reich à diverses entreprises, comme IG-Farben dont l'entreprise de caoutchouc Buna fonctionne à Monowitz, l'un des camps annexes d'Auschwitz. Au moins 1 300 000 Juifs sont gazés à Auschwitz ; certains trouvent la mort du fait des expériences médicales menées par les SS.

Une véritable industrie de la mort fonctionne jour et nuit jusqu'en 1945. Les efforts déployés par le régime, même lorsque la situation militaire devient désespérée, indiquent que la « solution finale » occupe jusqu’au bout l’attention des dirigeants nazis, dont beaucoup affirmeront néanmoins, lorsqu’ils seront jugés après la guerre, qu’ils en ignoraient tout.

3. « Crime contre l’humanité »

Le bilan de ce génocide, le plus important de l’histoire de l’Europe et du monde, est estimé à quelque 6 millions de victimes, soit près des trois cinquièmes des Juifs d'Europe – ceux de l’Europe de l’Est, cœur historique de la judaïté, payant le plus lourd tribut, avec des chiffres de l’ordre de 3 millions de personnes en Pologne et de un million de personnes en URSS. Selon l'historien américain Raul Hilberg, auteur d'un ouvrage devenu une référence mondiale – La Destruction des Juifs d'Europe (1re éd. 1961, 2e éd. révisée 1985) –, ce sont 5,1 millions de Juifs qui ont péri dans ce génocide.

Les dignitaires nazis qui ne s’étaient pas suicidés furent jugés à Nuremberg par un tribunal international (→ procès de Nuremberg), novembre 1945-octobre 1946), lequel définit pour la première fois la notion de « crime contre l’humanité ».

4. L’unicité de la Shoah

Les diverses tentatives d'explication de la Shoah reposent sur le présupposé implicite que l'irrationalité – du système nazi – ou la déraison voire la folie – d'Hitler – se sont insinués au sein de l'Allemagne du IIIe Reich et de ses pays satellites européens. Pour toutes ces tentatives d'explication historiques, la Shoah pose un problème redoutable : monstrueuse, elle ne peut être le fruit du fonctionnement normal d'une société. Or, l'Allemagne d'avant le nazisme est l'un des pays les plus avancés du monde, tant économiquement que sur le plan de la philosophie ou de la réflexion en sciences humaines. Comment donc concilier cette position éminente parmi les nations d'Occident avec une explication du nazisme qui serait fondée sur la raison ?

Or, c'est bien dans l'Europe civilisée, issue des Lumières, que fut pensée la « dogmatique raciale » (selon l'expression de l'historien français Léon Poliakov) – et ce depuis Voltaire, pour qui les Juifs étaient « le plus abominable peuple de la Terre », et jusqu'à Hitler et au-delà.

Pour en savoir plus, voir les articles antisémitisme, camps de concentration, national-socialisme.

La Shoah n'est pas le seul génocide de l'Histoire. Son unicité réside ailleurs : ce crime fut sous-tendu par une idéologie qui niait jusqu'à l'humanité même de certains êtres, avec une logique mise au service d'un projet de destruction pure et simple. C'est peut-être le seul génocide qui combine ces différents facteurs.

Pour désigner parmi tous les désastres qui jalonnent l'histoire juive ce qui doit être perçu comme sans aucun équivalent – et par différence avec le terme hurban, qui fait plus spécifiquement référence aux deux destructions du Temple de Jérusalem par les Mésopotamiens (586 avant J.-C.) et par les Romains (87 après J.-C.) –, le nom de Shoah a été officialisé le 19 août 1953 par une loi de la Knesset, le Parlement de l'État d'Israël, instituant la date hébraïque du 27 nissan – jour anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie (19 avril 1943) – comme Yom Hasho'ah, journée du Souvenir.