Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kerala (suite)

L’industrie est formée d’abord par un important secteur artisanal : rouissage et industrie des fibres de noix de coco, décorticage des noix de cajou, fabrication de bīṛī (bidi) [cigarettes indiennes], tissage à main, fabrication de briques et tuiles, poterie, etc. Le Kerala dispose cependant de sources d’énergie avec l’hydro-électricité des Ghāts (cinq centrales). Il exploite d’importantes mines d’ilménite et de monazite dans les sables des plages du Sud, d’où l’on extrait de l’uranium. Il y a, dans les couches miocènes, des lignites inexploités. Les industries modernes, stimulées par les investissements de l’État, sont des industries de consommation : tissage de coton (Kozhikode, Cochin, Trivandrum), outillage agricole (Trichūr), ciment, produits chimiques, caoutchouc, papier, porcelaine, contre-plaqué, etc.

Les voies de communication posent des problèmes particuliers. En effet, la circulation dans la plaine littorale est interrompue par une quarantaine de rivières et par des lagunes, qui ont rendu difficile l’établissement des routes et d’une voie ferrée. En revanche, les rivières et plusieurs lagunes constituent de bonnes voies pour les transports. Relativement isolé par son réseau hydrographique et par ses montagnes, le Kerala entretient des relations maritimes à travers l’océan Indien depuis l’Antiquité. Ses estuaires constituent des abris suffisants pour la navigation à voile traditionnelle, et la lagune de Cochin convient à la navigation moderne.

Ces conditions, avec les aptitudes particulières du climat, donnent au Kerala une physionomie originale dans l’ensemble indien : un pays dont l’économie est orientée vers l’exportation et où les conséquences dramatiques du surpeuplement et les effets de la scolarisation ont favorisé les progrès du parti communiste, que les élections ont ramené plusieurs fois au pouvoir depuis 1957.

J. D.


L’histoire du Kerala

On pense qu’au ier s. de notre ère l’ensemble de l’actuel Kerala et des régions voisines passa sous la domination Cera. Le pays était déjà une puissance maritime dotée, comme le reste de l’Inde d’ailleurs, d’une balance commerciale très favorable. Nations occidentales et orientales venaient s’y approvisionner en épices, ivoire, perles, poivre... qu’elles payaient en or. À cette époque, les principaux ports étaient : Cranganore, Kozhikode (Calicut) et Cannanore. Au ixe s., selon une tradition, le dernier souverain cera du Kerala, s’étant fait musulman, se rendit en pèlerinage à La Mecque après avoir partagé son royaume entre parents et grands féodaux.

Les six siècles suivants furent marqués par d’incessants conflits entre souverains voisins.

En 1498, l’arrivée à Calicut de Vasco de Gama entraîna l’établissement au Malabār de comptoirs commerciaux portugais. Puis, très vite, les pays formant l’actuel Kerala devinrent l’enjeu économico-politique des rivalités entre Danois, Français et Britanniques. Toutefois toutes les régions n’évoluèrent pas de la même manière.

La partie septentrionale, correspondant à peu près au Malabār et au taluk de Kasaragod, devait, après la chute de Tīpū Sāhib en 1792, être rattachée à la présidence de Madras. Le Sud (Travancore-Cochin) resta théoriquement indépendant. Une administration aussi efficace qu’éclairée conduite par les rājā locaux conféra même à ces native states une appréciable réputation.

On doit dès cette époque souligner l’originalité religieuse du Kerala : l’État rassemble hindous, musulmans et chrétiens. L’aspect égalitaire de l’islām semble avoir particulièrement attiré les paysans pauvres. On en trouve trace encore aujourd’hui avec les Moplah, ou Māppillei, véritable prolétariat rural dont la révolte en 1921, pour des causes en partie économiques, eut un caractère d’extrême gravité. Il ne faut pas non plus oublier une communauté juive correspondant à deux phases de la Diaspora : les « Juifs noirs », qui avaient fui au ive s. de Babylone, et les « Juifs blancs », souvent appelés Sefardi, qui étaient venus d’Espagne au xve s.

Connu dès la plus haute antiquité pour sa production d’épices et d’aromates divers, le Kerala n’en avait pas pour autant abandonné les cultures vivrières. Cela lui donnait une économie agraire à peu près équilibrée. Les Britanniques, en introduisant une économie de plantation, modifièrent profondément la situation. Le développement de la culture du café (surtout à partir de 1830), du thé et de l’hévéa (fin du xixe s.) obligea à réduire sensiblement les superficies consacrées aux cultures vivrières. En cas de mauvaise récolte, le pays se trouvait fatalement dans une situation alimentaire difficile. Les structures sociales furent par ailleurs caractérisées par l’importance toujours croissante des ouvriers agricoles des plantations (les ezhava), aux conditions de vie misérables et qui devaient pour une bonne part orienter à gauche la vie politique du pays.

Recréé en 1956, le Kerala devait vite apparaître comme une sorte de phénomène parmi les États de l’Union indienne : nombre de chrétiens et de musulmans largement supérieur à la moyenne indienne ; taux d’alphabétisation élevé ; très forte densité de population ; importance du chômage et de l’électorat communiste ; existence d’une aristocratie de fortune ou de fonction, les naïr ou nayar, grands féodaux au sens occidental du terme, « reconvertis » en grands propriétaires fonciers ou en fonctionnaires.

Depuis 1956, l’histoire politique du Kerala est marquée par une succession de gouvernements à majorité communiste (1957-1959 ; 1967-1969), interrompue par des gouvernements, de coalition (1960-1964) ou par l’administration directe du pays en vertu du President’s Rule (1959, 1964-1967, 1970). Fait unique dans les annales de l’histoire politique de l’Inde indépendante, c’est le gouvernement démissionnaire qui, en 1970, demanda lui-même au pouvoir central de prendre en main l’administration de l’État.