Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

érosion (suite)

Les systèmes morphogénétiques étant définis par une combinaison de processus sous la dépendance du milieu bioclimatique, on ne s’étonnera pas de les voir se répartir par zones à la surface du globe et s’étager en altitude dans les régions montagneuses. Schématiquement, les divers systèmes morphogénétiques peuvent être regroupés en deux grandes catégories quant à leurs conséquences sur les paysages géomorphologiques.

• Les systèmes à dominante physique correspondent aux régions à couverture végétale rare ou discontinue (régions froides et arides). Ce sont les milieux rhexistasiques de Henri Erhart. L’écran végétal y est si maigre que le climat agit directement sur les roches. Le froid, d’un côté, le manque d’eau, de l’autre, limitent au maximum les processus chimiques et biologiques ; aussi, les sols ne s’élaborent-ils que lentement et demeurent-ils squelettiques, d’autant que l’érosion tend à les décaper au fur et à mesure de leur formation. Il y a donc une très nette prépondérance des processus mécaniques sur les processus chimiques et biochimiques.

• Les systèmes à dominante biologique et pédologique sont au contraire ceux qui sont réalisés dans les régions à couverture végétale dense et à sols évolués. Ce sont les milieux biostasiques de H. Erhart. Les agents météoriques n’atteignent pas directe ment la roche : sols et végétation constituent un écran puissant à l’abri duquel les processus chimiques sont favorisés, alors que les processus physiques sont entravés. C’est sous la forêt équatoriale que s’observe le plus parfait exemple de ces systèmes dominante chimique. Là, presque toute l’usure se fait par action chimique des eaux, qui entraînent et solution plus de matière que les rivières ne charrient d’alluvions. Dans nos régions, ces caractères sont moins évidents, car l’homme a totalement bouleversé les conditions naturelles ; mais il est certain que, sous nos forêts, l’action chimique joue un rôle essentiel.

R. L.

 H. Erhart, la Genèse des sols en tant que phénomène géologique. Esquisse d’une théorie géologique et géochimique, biostasie et rhexistasie (Masson, 1956 ; 2e éd., 1967). / J. Bourcart, l’Érosion des continents (A. Colin, 1957). / M. Derruau, Précis de géomorphologie (Masson, 1958 ; 5e éd., 1967). / P. Birot, le Cycle d’érosion sous les différents climats (Rio de Janeiro, 1960). / J. Tricart et A. Cailleux, Traité de géomorphologie, t. I : Introduction à la géomorphologie climatique (S. E. D. E. S., 1966).

érotisme

Description et exaltation de l’amour sensuel, de la sexualité.


Érotisme et littérature


Il n’y a pas de « genres » littéraires

L’histoire de la littérature érotique est aussi ancienne que celle de la littérature tout court. Platon, dans Phèdre et le Banquet, distingue entre le dieu qui conduit à l’amour divin, Éros ailé, et le dieu sans lequel la race humaine s’éteindrait, Éros-pteros, qui donne des ailes. Sous de tels auspices, l’érotisme en littérature ne pouvait que se développer ; son histoire est jalonnée de chefs-d’œuvre, du Cantique des cantiques et du Kāma-sūtra aux Liaisons dangereuses de Laclos et à l’Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence, en passant par l’Art d’aimer d’Ovide, les écrits de Crébillon fils et de Restif de La Bretonne et les Mémoires de Casanova. Tous ces écrits sont d’abord de la littérature, avant d’être de l’érotisme. L’artifice de la séparation des genres, dont l’adage bien connu selon lequel « le livre érotique est un moyen dont la sensation est la fin » est ici le porte-parole, est une invention de la critique traditionnelle du xixe s.


Une relation incestueuse

L’érotisme diffère la réalisation du désir pour en prolonger l’intensité ; la fin que poursuit l’érotisme, c’est non pas la perfection de l’acte, mais la pérennité du désir. Il y a donc érotisme dès qu’il y a décalage, détour, duplicité. Comment, dès lors, l’écrit ne serait-il pas, lui qui est déjà détour, déjà sublimation, la médiation par excellence par où vienne s’engouffrer et se fixer le désir dans sa pureté originelle, puisque aussi bien la parole blesse la pudeur plus que le regard, qui la blesse plus que le toucher ? Dans le silence de l’écrit se répercute l’écho du silence de l’érotisme ; un rapport nécessaire s’engage, un vertige de complicité. C’est que l’écrit laisse libre cours à l’imagination, cette vierge folle du monde de l’érotisme. Il n’est donc point d’érotisme qui ne soit intellectuel : c’est quand l’idée du désir devient plus excitante que son objet que l’érotisme commence.

La volonté de grandissement du désir impose une contrainte acceptée aux sens, le passage par l’épuration de la réflexivité. Mais l’érotisme n’est jamais si fort que lorsque vient s’adjoindre à cette contrainte interne voulue l’aiguillon d’une contrainte externe, d’un interdit sexuel, motivation puissante du désir. Le détour par le péché est essentiel à l’épanouissement de l’érotisme : là où il n’y a pas de gêne, il n’y a pas vraiment de plaisir. C’est que l’érotisme est perversité, au sens étymologique du terme : il tourne le vice en vertu, devinant que ce qui était défendu est en fait délicieux. Et plus le tabou est ressenti comme pesant, plus sa transgression sera délicieuse ; Sade, Sacher-Masoch et Bataille, eux, sont « passés outre ».



Georges Bataille

(Billom 1897 - Paris 1962). Il fut gravement malade pendant sa jeunesse ; durant son âge mûr, il occupa les fonctions de bibliothécaire, notamment à Orléans, où il vécut avec sa femme une vie retirée et silencieuse. Entre les deux guerres, il fut fondateur et rédacteur des revues Documents (1928-1930), Critique sociale (1932-1936) et Acéphale (1936-1939) ; en 1946, il créa avec Jean Paulhan la revue Critique. Longtemps contraint de se cacher sous le pseudonyme de « Pierre Angélique », il fut à tous les sens du terme un écrivain maudit : livres interdits, manuscrits qui attendent trente ans leur publication, succès imperceptible au moment des parutions. Si l’on excepte les deux textes sur l’art parus en 1955, Lascaux ou la Naissance de l’art et Manet, il ne paraît pas exagéré de dire que la totalité des écrits de Bataille ont l’érotisme pour centre, y compris la plupart des études d’exégèse littéraire.