Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chine (suite)

Grâce à la propagande des activistes communistes ou aux organisations syndicales, qui ont préparé le terrain et organisé des soulèvements avant même l’arrivée des troupes sudistes, toute la Chine du Sud est bientôt aux mains de Jiang. Celui-ci, laissant systématiquement le soin aux troupes qu’il met en garnison dans les villes conquises de fusiller les syndicalistes et les éléments de gauche, progresse rapidement vers Shanghai (Chang-hai), porté par le mouvement révolutionnaire, tout en éliminant ceux qui l’ont fait avancer. Cette efficace politique culmine lors de l’insurrection de Shanghai en mars 1927. Les syndicats, dès que les troupes sudistes sont en vue, déclenchent les combats. Jiang, qui a ses émissaires dans la concession française et la concession internationale, fait savoir qu’il laissera les nordistes écraser l’insurrection avant de les forcer à se retirer. Pour mieux convaincre ses interlocuteurs de sa bonne volonté, il prend soin, en entrant dans la ville, de fusiller tous les syndicalistes encore vivants (12 avr. 1927).

Entre-temps, le gouvernement de Canton s’est installé à Wuhan (Wou-han). Jiang Jieshi (Tsiang Kiai-che), ayant convaincu les capitalistes chinois et étrangers de Shanghai, proclame son propre gouvernement à Nankin (17 avr.), auquel se rallie bientôt le gouvernement de Wuhan, où siégeaient encore trois communistes aux côtés de Wang Jingwei (Wang Tsing-wei) et de Song Qingling (Song K’ing-ling), la veuve de Sun Yat-sen. Le parti communiste, malgré toute sa bonne volonté, voit ses rescapés rejetés dans l’illégalité. Mais il n’a plus la confiance des masses, qui n’interviendront pas lorsque Moscou ordonne le putsch connu sous le nom de « commune de Canton » (déc. 1927) et qui est réprimé avec violence par Jiang Jieshi (Tsiang Kiai-che) ; ayant perdu toutes ses bases urbaines, le parti communiste n’a d’autres ressources que de se réfugier à la campagne et de remettre en valeur les thèses sur la paysannerie de Peng Pai (P’eng P’ai). Plusieurs études sur le sujet avaient été préparées par les cadres de seconde zone du parti, et, parmi celles-ci, le rapport de Mao Zedong (Mao Tsö-tong) sur la question paysanne dans le Hunan (Hou-nan), qui deviendra célèbre, lorsque, après 1935, son auteur sera le chef incontesté du parti communiste.

Les débris de l’armée rouge, fondée en août 1927 à Nanchang (Nan-tch’ang) par Ye ting (Ye T’ing) et He Long (Ho Long), qui se révoltent contre leur chef Zhang Fakui (Tchang Fa-k’ouei), ne peuvent tenir longtemps dans les bases paysannes de Hailufeng (Hai-lou-feng), près de Canton. C’est le regroupement dans les montagnes du Hunan (Hou-nan) puis du Jiangxi (Kiang-si) de tous les rescapés de l’aventure communiste qui sera le plus durable et qui aboutira à la constitution d’une république chinoise soviétique dans cette province. Mao Zedong (Mao Tsö-tong) parviendra, non sans difficulté, à éliminer les cadres, restés dans les villes ou formés à Moscou, que le parti veut lui imposer. Encerclés, entre 1932 et 1934, par les forces militaires écrasantes de Jiang Jieshi (Tsiang Kiai-che), encadrées par des officiers allemands, les défenseurs de la République soviétique du Jiangxi (Kiang-si) doivent chercher leur salut à l’ouest et entament une épuisante « Longue Marche » qui les amènera, en passant par le sud-ouest de la Chine, à se fixer au nord-ouest du pays.


La politique du front uni, la guerre sino-japonaise et l’effondrement du régime nationaliste

En septembre 1931, les Japonais installent des troupes en Mandchourie. Il y aura quelques incidents sino-japonais à Shanghai (Chang-hai), et, en mars 1932, le Japon met en scène l’indépendance du Mandchoukouo (pays des Mandchous) en installant sur le trône l’empereur Puyi (P’ou-yi), celui-là même qui avait abdiqué à l’âge de six ans en 1912 et qui resservira encore, puisque la République populaire aura recours à lui pour être député.

Jiang Jieshi (Tsiang Kiai-che) est plus préoccupé de combattre les communistes que de lutter contre les Japonais ; mais il est fait prisonnier à Xi’an (Si-ngan) par son subordonné, le « jeune maréchal » Zhang Xueliang (Tchang Hiue-leang), qui veut le fusiller (12 déc. 1936). Sauvé par l’intervention directe de Zhou Enlai (Tcheou Ngen-lai ou, usuellement, Chou En-lai), il accepte le front commun contre le Japon.

L’armée japonaise avance très rapidement et s’empare des grandes villes et des voies de communication dans toute la Chine à l’est de la ligne Pékin-Canton. Cette stratégie, nécessaire dans l’immense Chine, favorise la guérilla, qui est une vieille spécialité des rébellions chinoises et que les Chinois eux-mêmes ont dû affronter chaque fois qu’ils ont voulu envahir le Viêt-nam.

Les communistes, assumant presque seuls le devoir national, obtiennent rapidement l’adhésion de la paysannerie ; on a pu comparer ce phénomène à celui qui a permis à Tito, en Yougoslavie, de projeter le sentiment national dans l’organisation communiste. D’autre part, les réformes agraires mises en œuvre sont très modestes et consistent surtout à limiter l’usure et les loyers. C’est sans doute ce réformisme prudent et l’enrôlement de paysans sans terre dans les troupes communistes qui feront le plus pour la conquête des masses paysannes par le parti.

Au cours de la Longue Marche, Mao Zedong (Mao Tsö-tong) a repris le dessus sur les cadres urbains du parti, qui l’avaient démis de ses fonctions au Jiangxi (Kiang-si) en 1932. Après la conférence de Zunyi (Tsouen-yi), en janvier 1935, il redevient le chef incontesté. C’est de cette époque que date la formation d’un appareil bureaucratique sur les masses rurales, après une épopée militaire, ce qui n’est pas sans importance pour comprendre comment, dans la Chine d’après 1949, a pu se reconstituer le pouvoir de nouveaux seigneurs de guerre (les chefs des six « grandes régions » politiques et militaires), qui ne laisseront à Mao que le rôle du nécessaire idéologue en chef et, accessoirement, celui de poète, pendant que deux pyramides distinctes de bureaucrates vont s’affronter à tous les niveaux de l’organisation étatique ou locale : les cadres de l’industrie ou de la production, à la tête desquels se trouve Zhou Enlai (Tcheou Ngen-lai), et les cadres supérieurs du parti, qui laissent insensiblement s’opérer le clivage entre l’armée et le parti, alors que ces deux castes avaient au départ les mêmes origines, la même formation et constituaient ensemble la nouvelle classe dirigeante.