Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
D

Dowland (John)

Compositeur britannique (1563 - Londres 1626).


Étrange génie et étrange destin que ceux de cet Irlandais d’origine, l’un des maîtres de la musique anglaise, qui fut plus célèbre de son vivant sur le continent que dans son île ; admirable luthiste, sans doute le plus grand de tous ses pairs, il est mieux connu par sa musique vocale que par les pièces destinées à son instrument seul. Dans ses Ayres accompagnés au luth et ses Lachrymae pour luth et violes, il fait entendre, un siècle avant Purcell, des accents profondément élégiaques ou bien drus et alertes, alliance qu’on ne retrouvera aussi marquée que chez son grand successeur.

Jamais apprécié à sa juste valeur par ses compatriotes, il a séjourné d’abord à Paris (1580-1584), puis en Italie, où il connut le madrigaliste Luca Marenzio. De 1598 à 1606, il est luthiste du roi de Danemark ; enfin, il regagne son pays, et, en 1612, Jacques Ier lui donne un poste à sa cour ; mais cette tardive satisfaction n’est rien auprès des succès qu’il avait connus sur le continent.

À côté de ses pièces pour luth, son œuvre essentielle tient en quatre livres d’Ayres, publiés en 1597, 1600, 1603 et 1612 ; ce sont des chants à voix seule accompagnée au luth, mais certains peuvent aussi être donnés à quatre voix a cappella. Les plus étonnantes de ces pages sont des déplorations aux chromatismes étranges, mais laissant place aussi à la délicatesse humoristique.

L’un de ces poèmes déchirants, « Flow My Tears », est à l’origine du recueil des Lachrymae (1604). Le thème de l’ayre est repris en « sept pavanes passionnées » figurant sept larmes, comme le dit l’auteur lui-même. Ces danses lentes, écrites pour luth et quintette de violes (ou violons), par leur intensité douloureuse, l’art de la variation et celui du contrepoint intimement mêlés, tendent la main aux futures fantaisies pour violes de Purcell, et, plus avant, à certaines sarabandes de Bach. D’autres danses (pavanes, gaillardes et allemandes) complètent le recueil par un nécessaire souci du contraste. Néanmoins, l’une d’entre elles, une pavane, prend pour titre ce qui fut, dit-on, la devise du musicien, bien qu’elle n’illustre qu’un aspect de son art, même si c’est le plus original : Semper Dowland, semper dolens.

R. S.

drague

Engin flottant muni d’appareils permettant la création, l’approfondissement ou l’entretien des plans d’eau portuaires, de leurs chenaux d’accès, des voies de navigation intérieure, des réservoirs formés par les barrages, etc.


La drague permet également l’extraction de matériaux directement utilisés pour des remblais ou destinés à être traités en vue d’une utilisation ultérieure (matériaux de construction, minerais).


Dragues à benne preneuse

Il s’agit de pontons ou de bateaux automoteurs sur lesquels sont montées une ou plusieurs grues, le plus souvent électriques, qui, munies de bennes articulées, ne diffèrent guère de celles utilisées sur des chantiers terrestres. Les puits de l’engin reçoivent les produits du dragage et se vident par ouverture de clapets. Les déblais peuvent, aussi, être déversés dans des chalands porteurs placés en couple de la drague. Le rendement est médiocre, et l’utilisation de ce type de drague est limitée à certains travaux particuliers tels que l’entretien des profondeurs au pied des ouvrages d’accostage ou dans les écluses et les pertuis. La profondeur de fouille n’excède pas une dizaine de mètres.


Dragues à cuiller

Des pelles mécaniques sont fixées sur un ponton qui travaille amarré sur pieux. Les pelles déversent les déblais dans des chalands ou directement à terre. Peu répandu en Europe, ce type d’engin est utilisé surtout par les entreprises américaines pour le dragage de terrains durs et la reprise des produits de déroctage.


Dragues à godets

Sur une coque semblable à celle d’un navire ou d’un bateau de rivière est montée une chaîne sans fin à godets qui, mue par la machine de l’engin, automoteur le plus souvent, attaque le sol à creuser. Les godets se déplacent le long d’un bras articulé, l’« élinde ». Celle-ci, dont la longueur est réglable selon la profondeur de fouille, qui peut atteindre une quinzaine de mètres, porte à son extrémité un tambour autour duquel tourne la chaîne. Les déblais élevés dans les godets sont déversés latéralement par des couloirs dans des engins d’évacuation ou directement sur la rive si celle-ci est assez proche. En dehors de l’Amérique du Nord, c’est le type de drague le plus employé, sauf dans les fonds mous, où les dragues aspiratrices obtiennent de meilleurs résultats.


Dragues aspiratrices

L’organe d’aspiration est constitué par un tuyau immergé jusqu’au sol et qui, comme le bras articulé de la drague à godets, porte le nom d’élinde. Parfois, le tuyau d’aspiration est pourvu d’un appareil qui fouille la vase (désagrégateur). La vase ou le sable à draguer sont mis en suspension dans un courant d’eau provoqué par la dépression qui est créée par pompage dans le bec d’aspiration terminant l’élinde. La mixture des produits de dragage, qui se trouve en suspension dans l’eau, est ainsi élevée dans l’élinde et, après avoir traversé la pompe d’aspiration, se trouve refoulée pour décantation soit dans un puits de la drague si elle est autoporteuse, soit dans des chalands, ou enfin directement à terre. Les dragues aspiratrices peuvent travailler en position fixe ou en marche : dans ce dernier cas, il s’agit d’engins automoteurs et autoporteurs. C’est ce genre de drague qui a bénéficié, ces derniers temps, des progrès techniques les plus marqués et se trouve de plus en plus utilisé pour le travail sur vastes plans d’eau, en mer, dans les avant-ports, les estuaires et les grandes voies fluviales. Ces engins, dont les dimensions et la puissance augmentent sans cesse, peuvent être de véritables navires de mer, parfois capables d’effectuer, en autonomie, des traversées transocéaniques.

Les dragues sont, en France, le plus souvent acquises et utilisées par les organismes responsables des travaux et de l’entretien des ports et des voies d’eau (services des ponts et chaussées, ports autonomes, etc.). Il existe, par ailleurs, des entreprises spécialisées avec lesquelles des contrats de dragage peuvent être passés, notamment aux Pays-Bas, où l’industrie navale s’est d’ailleurs spécialisée dans la construction de dragues de forte puissance et de haute productivité.

H. C.

➙ Canalisation / Port.

 G. de Joly, C. Laroche, A. de Rouville et P. H. Watier, Travaux maritimes (Dunod, 1951). / J. Larras, Cours d’hydraulique maritime et des travaux maritimes (Dunod, 1961) ; l’Aménagement des cours d’eau (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1965). / J. Chapon, Dragage (Techniques de l’ingénieur, 1966).