Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Chartres (suite)

L’histoire

Selon César, le pays des Carnutes — dont Chartres était la capitale et d’où elle tire son nom — était le centre du culte druidique en Gaule. D’après la légende, on y vénérait dans une grotte « la Vierge qui devait enfanter ». Le culte de Notre-Dame Sous-Terre, lié à cette légende, daterait du iiie s., mais aucun document ne permet de l’affirmer.

Sur l’emplacement actuel de Chartres, une ville existait au ixe s. Brûlée par les Normands en 858, puis reconstruite, elle fut détruite en 963 par Richard Ier de Normandie et, de nouveau, rebâtie.

Au lendemain de l’an 1000, l’évêque Fulbert entreprend la construction d’une vaste église à la gloire de Marie. Ce disciple de Gerbert d’Aurillac (le pape Sylvestre II) fonde aussi une école épiscopale qui devient aux xie et xiie s. l’un des grands foyers intellectuels de l’Occident. Fulbert, puis Yves, Bernard et Thierry de Chartres, Gilbert de La Porrée, Guillaume de Conches, Jean de Salisbury contribuent par l’originalité de leur enseignement de la philosophie et de la littérature à lui donner un rayonnement qui s’étend jusqu’à Tolède. L’intense activité intellectuelle de l’école de Chartres explique la présence d’Aristote, Pythagore, Ptolémée, Cicéron parmi les personnages sculptés au porche de la cathédrale.

Un concile se réunit à Chartres en 1146, sous l’impulsion de saint Bernard, pour préparer la deuxième croisade. Annexée par les Bourguignons en 1417 et rendue au roi de France par Dunois en 1432, Chartres est assiégée par les huguenots, que commande le prince de Condé. Henri IV y est sacré roi de France par l’évêque Nicolas de Thou, le 27 février 1594.

En 1870-71, les Prussiens occupent Chartres pendant cinq mois. En juin 1940, Jean Moulin, préfet d’Eure-et-Loir, futur président du Conseil national de la Résistance, défend courageusement les droits de la population face aux autorités allemandes. La ville subit de violents bombardements aériens au cours de la Seconde Guerre mondiale avant d’être libérée par les troupes américaines le 16 août 1944.

P. P.

➙ Centre / Eure-et-Loir / Orléans.


Chartres et sa cathédrale

De la première église épiscopale bâtie à l’intérieur et au pied des murs d’enceinte gallo-romains, il ne subsiste rien, et pas davantage de la seconde, reconstruite après 743 et incendiée en 858. Profitant de la brèche faite dans l’enceinte romaine, l’évêque Gislebert agrandit l’église au-delà du rempart ; le terrain étant en pente rapide, il dut établir sous le chœur une crypte reproduisant les dispositions de l’étage supérieur : c’est l’actuelle chapelle de saint Lubin. Un corridor voûté mettait cette crypte en communication avec le bas-côté nord de l’église carolingienne, qui fut détruite de fond en comble par un incendie en septembre 1020. De la quatrième église, achevée à la mort de l’évêque Fulbert en 1028, il reste une immense crypte comprenant deux longues galeries parallèles, un chevet et trois chapelles rayonnantes.

Le 5 septembre 1134, un nouvel incendie anéantit toute la ville, y compris l’hôtel-Dieu, contigu à la cathédrale, mais épargna le sanctuaire. Néanmoins, le porche et la tour du xie s., qui faisaient saillie sur la façade occidentale, ayant été endommagés, on reconstruisit le clocher nord isolé, en avant de la façade, puis on érigea le clocher sud et on prolongea l’église jusqu’à la rencontre de ces deux tours, par deux bas-côtés et un narthex ; on y pénétrait par l’actuel portail Royal, achevé vers 1150.

Le 10 juin 1194, le feu détruisit la cathédrale de Fulbert à l’exception des cryptes, des clochers et de la façade du narthex. L’église actuelle fut en majeure partie édifiée entre 1194 et 1230 ; à cette date, il ne restait — non compris certaines annexes — qu’à terminer les deux façades du transept et à compléter la décoration. La flèche de bois qui surmontait la tour nord ayant brûlé en 1506, Jean Texier, dit Jean de Beauce, mit en chantier l’année suivante la grande flèche flamboyante que l’on voit aujourd’hui. Le même architecte entoura le chœur d’une clôture couronnée de groupes sculptés, qui n’ont été achevés qu’au début du xviie s. En 1763 fut démoli le jubé, achevé vers 1260 et qui menaçait ruine ; quelques années plus tard commencèrent sous la direction de Victor Louis de fâcheuses transformations du chœur.

Chartres est la première des grandes cathédrales où l’arc-boutant est rationnellement utilisé, d’où la suppression des tribunes qui paraissaient jusque-là indispensables à l’équilibre de l’édifice ; mais ce qui frappe surtout lorsque l’on pénètre dans la nef, c’est la splendeur des vitraux. Les trois verrières de la façade et l’image de la Vierge dans le collatéral sud du chœur datent du xiie s. et diffusent un bleu de lin absolument unique. Entre 1200 et 1240, on exécuta plus de 160 fenêtres représentant 2 600 mètres carrés de verre coloré. En règle générale, on trouve à l’étage supérieur des prophètes, apôtres, martyrs et confesseurs de taille gigantesque dont les contours sont fortement soulignés ; dans les bas-côtés, des scènes légendaires empruntées à la vie des saints.

La décoration sculptée est rejetée à l’extérieur. Le portail Royal témoigne d’un esprit nouveau, bien que l’iconographie et l’exécution soient encore en partie romanes. Le Christ de l’Apocalypse apparaît entre les scènes de son enfance et l’Ascension ; les trois tympans sont encadrés par les patriarches et les prophètes, l’Ancien Testament servant de prologue au Nouveau. Le programme iconographique se poursuit aux portes du transept : au nord, le Triomphe de la Vierge et l’Enfance du Christ ; au sud, le Jugement dernier, les martyrs et les confesseurs. La porte centrale du croisillon nord était terminée vers 1210, celle du sud vers 1215. On travailla ensuite aux portes latérales du côté sud (1215-1225 ; porche achevé vers 1260), puis aux portes latérales nord, qui n’avaient pas été prévues à l’origine (1220-1235).