Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Afrique du Sud (république d’) (suite)

Le « Grand Trek »

En 1834, des colonnes de Boers, provenant surtout de l’extrême est du pays, quittent la colonie du Cap ; ce mouvement, qui entraînera l’immigration de 7 000 hommes, va durer jusqu’en 1852. Les Boers donnent à ce départ une coloration mystique ; pénétrés de la Bible, ils croient revivre l’Exode et la marche vers la Terre promise. Au cours de cette migration, qui les sépare des Anglais et les fait se heurter aux Noirs, ils renforcent leur conception d’une mission chrétienne dont ils seraient porteurs ; leur sentiment de supériorité envers les Noirs s’amplifie.

Le Grand Trek (trek signifie « migration ») conduit les Boers jusqu’aux plateaux de l’Orange, aux rives du Limpopo et vers le Natal. De durs combats les opposent aux Xhosas, aux Tswanas et aux Swazis. La lutte contre les Zoulous, qui s’achève par la bataille de Bloedrivier (ou Bloodriver), au cours de laquelle les Noirs perdent 3 000 hommes, ouvre aux Boers la route du Natal (1838).

La colonie du Cap*, momentanément affaiblie par le départ d’une partie de la population, demeure directement sous administration anglaise. En 1853, elle est dotée d’une Constitution.

Un État boer, celui du Natal*, aura une existence très brève, puisque les Anglais l’attaquent en 1842, le déclarent en 1844 possession britannique et en font une colonie de la Couronne en 1856.

Les Anglais créent une ceinture d’États tampons — en fait des protectorats anglais — autour de la colonie du Cap. Toutefois, comme ils rencontrent de graves difficultés avec plusieurs tribus, ils décident de reconnaître l’indépendance des États boers, espérant s’en faire des alliés contre les Noirs.

L’indépendance du Transvaal* est acquise en 1852, et celle de l’Orange* en 1854. Les républiques boers se maintiendront jusqu’en 1899, après de multiples péripéties : annexions, puis reconnaissance d’indépendance par la Grande-Bretagne. Elles disparaîtront en tant qu’États souverains après les deux guerres avec la Grande-Bretagne.


La guerre des boers

En 1867, on trouve des diamants dans la région de Kimberley et, vers 1885, de l’or au Transvaal. La Grande-Bretagne porte alors un intérêt accru aux républiques boers. Un premier conflit oppose les Anglais aux Afrikaners, conflit qui se traduit par l’occupation du Transvaal, dont l’annexion est proclamée en 1877 ; mais le pays se soulève : après une intervention militaire britannique, au cours de laquelle les troupes anglaises subissent un grave revers à la bataille de Majuba Hill (27-28 févr. 1881), une médiation a lieu par l’entremise de l’État libre d’Orange. Des négociations entre Boers et Anglais aboutissent à la Convention de Londres (1884) : cet accord reconnaît l’autonomie de l’Orange* et du Transvaal*, qui acceptent toutefois la suzeraineté de la Grande-Bretagne : les républiques doivent consulter le Royaume-Uni pour les questions importantes de politique extérieure.

Cette situation de coexistence ne dure guère. Les Anglais, et en particulier Cecil Rhodes*, liés étroitement aux sociétés minières, se mettent en devoir de réaliser le grand rêve impérial, que l’on traduit par la formule demeurée célèbre du Cap au Caire. De laborieuses négociations entre Anglais et Boers ayant échoué, la guerre éclate en 1899. Les Boers, bien que très inférieurs en nombre, luttent avec obstination : l’âme de leur action est le président du Transvaal, Paul Kruger*. Les Anglais viennent péniblement à bout de cette résistance ; une répression parfois très dure est exercée contre les populations civiles. En 1902 est conclue la paix de Vereeniging.

La guerre des Boers (1899-1902)

La guerre a comme origine lointaine l’antagonisme anglo-boer, comme origine immédiate le refus des Anglais de renoncer à leur poussée vers le nord, malgré la demande du président du Transvaal, Paul Kruger*. Commandés par Petrus Joubert (1834-1900), puis par Louis Botha (1862-1919), les Boers du Transvaal et de l’Orange envahissent le Natal (11 oct. 1899). À l’est, ils bloquent White dans Ladysmith ; à l’ouest, ils investissent Mafeking, Vryburg et Kimberley.

Soutenus par l’opinion mondiale, ils font échouer la contre-offensive du général Buller, qui essuie de graves échecs, durant la « semaine noire » (9-16 déc. 1899), à Magersfontein, à Stormberg et à Colenso, puis, au début de l’année 1900, à Spionkop et à Vaalkranz.

Le 10 janvier 1900, lord Roberts, nommé commandant en chef des troupes anglaises, arrive au Cap : Kitchener est son chef d’état-major, et French commande sa cavalerie. En février, les Anglais battent les Boers, à Paardeberg ; le 13 mars, ils entrent à Bloemfontein. Le 5 juin, Roberts entre à Pretoria.

Désormais, la guerre des Boers n’est plus qu’une atroce guerre de partisans menée par Botha, De Wet, Reitz, Smuts, que sont venus rejoindre des Afrikaanders du Cap et du Natal, ainsi que 2 500 volontaires européens (Villebois-Mareuil). Mais Kitchener, qui dispose de 200 000 hommes, a le dessus. Les chefs boers demandent la paix, qui est signée à Pretoria (paix dite de Vereeniging, le 31 mai 1902). Le conflit aura coûté aux Anglais 22 000 morts.


L’union sud-africaine

Après la guerre, le problème essentiel est de reconstruire le pays, qui a été dévasté ; les Boers font de la résistance passive devant l’occupant. Certains envisagent même de recommencer l’aventure du Trek ; quelques groupes partent pour le Sud-Ouest, et d’autres au Tanganyika.

Cependant, dans un cadre fédéral qui s’avère viable, les Boers renaissent rapidement à la vie politique et culturelle. Ils créent un enseignement privé, des sociétés culturelles, qui permettent l’avènement d’une nouvelle langue, l’afrikaans, différente du hollandais. En 1906, les partis boers, Het Volk et Oranje Unie, remportent des succès importants aux consultations électorales au Transvaal et en Orange.

En 1910 entre en vigueur le « South African Act », Constitution commune aux quatre colonies. Ainsi est fondé un nouvel État : l’Union sud-africaine.