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Cracovie

en polonais Kraków

Cracovie
Cracovie

Ville de Pologne, sur la haute Vistule, au S. de Varsovie, chef-lieu de voïévodie.

  • Population : 757 611 hab. (recensement de 2011)

Métropole culturelle et commerciale du sud de la Pologne, nœud routier et ferroviaire, centre touristique et industriel (constructions mécaniques et électriques, alimentation, chimie ; sidérurgie à Nowa Huta).

L'HISTOIRE DE CRACOVIE

Bien située sur le cours supérieur de la Vistule, à un endroit où viennent se nouer entre les Carpates et le plateau de Petite Pologne la voie, N.-O.-S.-E., unissant la mer du Nord à la mer Noire et la voie, N.-E.-S.-O., joignant la mer Baltique à l'Europe centrale, Cracovie (du nom d'un héros légendaire Krakus) aurait peut-être été fondée dès le viie s. par la tribu slave des Vislanes, dont les chefs auraient édifié une première citadelle sur la colline du Wawel, enserrée par les bras de la Vistule, dont elle contrôle le passage. Profitant de ces conditions naturelles, la ville devient dès le xe s. « le plus grand marché commercial en terre slave », selon le marchand Ibrahim ibn Yaqub.

Résidence temporaire du premier ancêtre connu des Piast, le prince polane Mieszko Ier (vers 960-992), Cracovie devient vers 1000 le siège d'un évêché que le premier roi de Pologne, Boleslas Ier le Vaillant (992-1025), dote d'un château fort et d'une cathédrale édifiés sur le Wawel. La ville est saccagée en 1038 par le duc de Bohême Bř ;etislav. Elle devient la capitale de l'État polonais sous le règne de Casimir Ier le Rénovateur (vers 1034-1058), dont le fils aîné, Boleslas II le Hardi (1058-1079), s'y fait couronner en 1076. Au temps des duchés nationaux (1139-1305), elle est un important centre de vie religieuse. Bénédictins et cisterciens, dominicains et franciscains y édifient de nombreux couvents de pierre, seuls bâtiments demeurés debout, avec les églises romanes, au lendemain des raids mongols dévastateurs de 1241 (Batu Khan), de 1259 et de 1287, auxquels ne survivent pas les maisons de bois de la vieille ville.

Un moment freiné par ces destructions, l'essor commercial de Cracovie reprend rapidement avec l'aide de colons allemands, puis italiens et juifs, qui contribuent à la reconstruction de la ville, selon un plan en damier ordonné autour de la grand-place du Marché : le Rynek Główny.

La construction en son centre, dès le xiiie s., de vastes halles en bois, réédifiées en brique (106 m de longueur) à la fin du xive s., et encore remaniées au xvie s., l'érection en son angle sud-ouest de l'hôtel de ville, symbole des libertés municipales qui lui sont accordées en 1257 selon le droit de Magdebourg, témoignent de sa prospérité. Protégée depuis la fin du xiiie s. par une imposante enceinte fortifiée, Cracovie redevient la capitale de la monarchie restaurée par Ladislas Ier Lokietek (1306-1333), qui s'y fait couronner en 1320, inaugurant une tradition respectée par ses successeurs. Mais, pour parvenir à un tel résultat, le souverain a dû briser au préalable la révolte des villes polonaises dirigée en 1311-1312 par Albert, le bourgmestre allemand de Cracovie.

Cet échec politique n'entraîne pas un ralentissement de l'essor économique de la capitale, par où transitent les métaux de l'Europe centrale, les blés polonais, les laines et les draps d'Angleterre et des Pays-Bas. Aussi, la ville, qui compte peut-être alors 30 000 habitants, englobe-t-elle rapidement deux bourgades commerciales, Kazimierz et Kleparz, sous le règne de Casimir III le Grand (1333-1370), qui contribue à en faire un foyer intellectuel en la dotant en 1364 d'une université bientôt célèbre et en 1365 d'une Cour de justice suprême.

Au milieu du xve s., Cracovie paraît même destinée à devenir la capitale d'un vaste État catholique, adversaire naturel du germanisme, de l'orthodoxie et de l'islam en Europe centrale et orientale, quand Zbigniew Oleśnicki (1389-1455), évêque de Cracovie en 1423, est investi de la tutelle de Ladislas III (1434-1444), qui, aux couronnes de Lituanie et de Pologne, ajoute celle de la Hongrie en 1440. Mais la renonciation de Casimir IV (1445-1492) à l'expansion vers le sud-est et la recherche d'une fenêtre vers la Baltique entraînent un déplacement du centre de gravité de la Pologne vers le nord et, par suite, le transfert de sa capitale à Varsovie en 1596.

Décapitalisée, victime des invasions suédoises de 1655 à 1657 et de 1702-1709, réduite à l'état de ville frontière par le premier partage de la Pologne en 1772, Cracovie est, le 24 mars 1794, le point de départ de l'insurrection polonaise de Tadeusz Kościuszko. Autrichienne en 1795, varsovienne en 1809, elle est érigée en 1815 en république « libre », indépendante et neutre. Occupée temporairement par les Russes en 1831, annexée par l'Autriche en 1846, dotée de l'autonomie municipale en 1860, elle redevient polonaise en octobre 1918.

Occupée par les nazis le 6 septembre 1939, elle est alors le siège du gouvernement général de Pologne, dirigé par le gauleiter Hans Frank. Libérée, sans avoir été détruite, par l'armée soviétique le 19 janvier 1945, elle est aujourd'hui l'un des principaux centres intellectuels et économiques de la Pologne.

CRACOVIE, VILLE D'ART

À l'intérieur de ses remparts gothiques et de la ceinture verte de ses boulevards, entre des collines riantes qui dominent la Vistule, Cracovie conserve quelque cinquante églises, de nombreux palais et des musées sur lesquels veille la citadelle du Wawel, demeure et nécropole royale d'où la Renaissance italienne a rayonné très tôt sur la Pologne.

Deux étapes essentielles définissent la physionomie monumentale de la ville : le xive s. avec les Piast et Casimir III le Grand ; la fin du xve et le premier tiers du xvie s. avec Casimir IV Jagellon et Sigismond Ier, son fils.

Cracovie a gardé son plan médiéval, l'échiquier de ses rues délimitant le Rynek Główny (grand-place du Marché), place carrée de 4 ha où se groupent le beffroi (xive-xviie) s., les halles aux draps, reconstruites au début du xvie s., et surtout la Panna Maria, église Notre-Dame, du milieu du xive s., dont les puissants clochers et la haute nef font un des plus majestueux exemples de ce gothique de brique, robuste et nu, qui eut un si grand succès en Allemagne du Nord et dans les pays de la Vistule. Cette église abrite un chef-d'œuvre de sculpture qui atteste les multiples contacts internationaux de la Pologne des Jagellons : le grand retable de bois exécuté ici (1477) par le Nurembergeois Wit Stwosz (en allemand Veit Stoss), auteur également du tombeau du roi Casimir IV au Wawel. Les scènes de la Vie de la Vierge, qui encadrent une Dormition pathétique, sont une des plus saisissantes expressions du génie gothique en son dernier âge. D'autres monuments s'élèvent au voisinage du Rynek Główny : églises des dominicains et des franciscains, université fondée en 1364, dont le collegium Maius – illustré par le grand Copernic et par Jan Kochanowski, poète ami de Ronsard – est demeuré jusqu'à notre époque le cœur spirituel de la Pologne ; il conserve sa cour gothique à arcades du xve s.

Pour l'histoire générale de l'art européen, cependant, le Wawel offre une importance encore supérieure. Il reflète un courant d'humanisme renaissant brillant et précoce, parallèle à celui que connut la Hongrie, mais dont les traces se sont mieux conservées. C'est au roi Sigismond Ier Jagellon qu'est due la transformation du vieux château en palais à l'italienne. Dès 1507, il fit appel à l'architecte Francesco Fiorentino (?-1516), qui se trouvait à la cour de Budapest. Celui-ci régularisa le château et lui donna comme centre un grand « cortile » à trois étages, doté d'un riche décor de balustrades et de médaillons : c'est la première manifestation importante de l'architecture florentine au nord des Alpes. Vinrent ensuite, entre 1520 et 1535, les décors intérieurs de l'« étage noble », avec la salle de la Diète et son plafond à caissons aux 194 têtes (il n'en reste que 30) d'un expressionnisme saisissant, véritable galerie de portraits mythologiques ou contemporains. Pour le décor des murs, 136 pièces de tapisserie furent commandées à Bruxelles sur les cartons du maniériste Michiel Coxcie.

En même temps, l'architecte Bartolomeo Berecci (ou Berrecci, †1537), assisté du sculpteur Giovanni Maria Padovano, construisait au flanc de la cathédrale gothique la chapelle funéraire des rois, dite « chapelle Sigismond », à plan centré surmonté d'une coupole octogonale. Synthèse de la pureté florentine et romaine et de l'opulence décorative de l'Italie du Nord, la chapelle associe les frises mythologiques aux statues des saints patrons de la Pologne pour abriter les mausolées royaux. Cet ensemble eut une influence rapide à partir de 1540, et Padovano, qui dirigea jusqu'à sa mort, en 1574, un atelier très actif à Cracovie, répandit dans toute la Pologne les formes architecturales et les motifs décoratifs de la Renaissance.

Le baroque italien est également présent à Cracovie (église des Saints-Pierre-et-Paul), comme le classicisme du xviiie s. Le xixe s. voit le plus grand peintre d'histoire polonais, Jan Matejko (1838-1893), grouper autour de lui toute une pléiade d'artistes à l'école des Beaux-Arts.