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hippocampe

Hippocampe
Hippocampe

L'hippocampe est l'un des hôtes les plus curieux de la nature. Nageant à la verticale, ce poisson à l'anatomie excentrique évoque le profil du cheval auquel il fut maintes fois comparé et à qui il doit son nom. Si on ignore encore ses origines, il émerveille les scientifiques par ses comportements remarquables et ses particularités anatomiques.

Introduction

L'hippocampe ne peut manquer d'étonner quiconque l'observe. Son anatomie bigarrée combine une tête et un cou ressemblant à ceux du cheval, un corps enfermé dans une cuirasse comme celui des insectes, une queue préhensile telle celle d'un singe, des yeux orientables comme ceux du caméléon et, enfin, une poche sur le ventre ressemblant à la poche marsupiale de la femelle du kangourou.

L'origine de ces poissons est encore un mystère. Leur extrême spécialisation rend difficile la recherche d'un ancêtre commun avec un autre groupe. En dépit de toutes leurs particularités morphologiques et comportementales, les hippocampes partagent avec les autres poissons des caractéristiques fondamentales : ils respirent par des branchies, possèdent des nageoires et un squelette interne. La paléontologie nous apprend que certaines de ces formes de poissons sont présentes dans les gisements fossilifères de l'éocène, il y a 70 millions d'années, mais ces fossiles n'apportent aucune lumière sur la formation et l'évolution du groupe.

Du point de vue zoologique, les hippocampes sont associés aux syngnathes dans la famille des syngnathidés, définie par l'ensemble des caractères suivants : un corps allongé, protégé par des plaques dermiques formant des anneaux ; une bouche minuscule à l'extrémité d'un museau tubulaire plus ou moins allongé ; l'absence de dents sur les mâchoires et de nageoires pelviennes ; des branchies en houppes dans une chambre branchiale qui s'ouvre à l'extérieur par un orifice réduit en forme de pore.

Les hippocampes forment un groupe homogène d'une trentaine d'espèces réunies dans le seul genre Hippocampus. Les syngnathes présentent une plus grande diversification, avec environ 200 espèces réparties dans 54 genres.

Les syngnathidés sont classés dans le grand groupe des poissons gastérostéiformes, qui comprend d'autres poissons aux formes non moins étranges comme les bécasses de mer (macrorhamphosidés), les poissons-trompettes (aulostomatidés), les fistulaires (fistulariidés), les poissons-rasoirs (centriscidés) et les pégases (pégasidés).

L'hippocampe à museau court, Hippocampus hippocampus, est la plus ancienne espèce décrite dans le genre. Le naturaliste suédois Carl von Linné lui a donné son nom en 1758.

La vie des hippocampes

Des contorsions en toute occasion

Qu'ils nagent, se propulsent par ondulations ou se reposent, les hippocampes se tiennent toujours verticalement. Leur mode de locomotion habituel est la reptation. La nage n'est utilisée qu'en l'absence de support, car elle les épuise très rapidement.

Une allure majestueuse

La queue annelée des hippocampes peut se dérouler et s'enrouler à volonté, permettant à l'animal de s'accrocher aux supports variés des fonds marins : algues, gorgones, coraux, etc. Lors de la reptation, l'ensemble du corps se meut. Ainsi, le « menton » est utilisé comme point d'appui pendant que la queue cherche un point d'ancrage. Occasionnellement, l'hippocampe rampe sur le fond au moyen de légères ondulations du corps et de la queue.

Il arrive parfois aussi que plusieurs hippocampes s'entraident en utilisant les corps de leurs congénères comme supports ; têtes et queues s'entremêlent alors, formant parfois de véritables « nœuds » d'hippocampes.

Une petite bouche pour un gros appétit

Le régime alimentaire des hippocampes est très spécifique. En effet, leur museau, en forme de pipette, se termine par une petite bouche édentée qui ne leur permet d'aspirer que des animalcules et autres minuscules nutriments. Leur régime est constitué principalement de petits crustacés qui pullulent sur les algues et dans les anfractuosités des coraux. Les hippocampes s'avèrent particulièrement méticuleux lors de cette opération de « pipetage ». De fait, pour mener à bien cette chasse à vue, ils doivent faire preuve de précision et d'une grande attention.

La recherche de nourriture occupe une place importante dans la vie des hippocampes. La petitesse des proies qu'ils absorbent et la simplicité de leur tube digestif, notamment la quasi-absence d'estomac, les obligent à s'alimenter fréquemment. D'autant plus que l'absence de dents rend difficile la digestion des proies, de fait ingérées tout entières. En l'état des connaissances, on ne sait si leur comportement relève d'une adaptation à un mode de vie très spécialisé ou bien d'une condition primitive. Interrogation qui vient s'ajouter à d'autres, très nombreuses, soulevées par ces mystérieux petits poissons !

La nage

La nage



Comme tout poisson, l'hippocampe possède des nageoires, même si celles-ci sont réduites. Certaines manquent, comme la caudale et les pelviennes. Les nageoires fonctionnelles sont la dorsale, sur le milieu du tronc, et les pectorales, situées près de la tête, tout en haut du « cou ». Presque transparentes, ces nageoires sont difficilement observables. En dépit de leurs rapides vibrations, elles n'assurent qu'une nage « au ralenti », qui permet cependant à l'hippocampe de se déplacer en pleine eau, d'un point d'ancrage à un autre, lorsque aucun support n'est disponible pour se propulser par reptation.

Des pères porteurs de centaines d'œufs

Tandis que la plupart des poissons ignorent la parade et l'accouplement, les hippocampes sont maîtres dans l'une comme dans l'autre. Mais l'aspect le plus extraordinaire de leur reproduction est le transfert des responsabilités de la femelle au mâle.

Une reproduction mystérieuse

La période des parades varie en fonction de la température de l'eau : d'avril à octobre en Méditerranée et de mai à septembre dans l'Atlantique et dans la Manche. Mais, quelle que soit l'époque, les approches obéissent toujours à un même protocole. Bien des arcanes restent à comprendre pour l'homme, qui depuis longtemps tente de faire se reproduire les hippocampes en captivité.

Des chorégraphes distingués

La parade nuptiale chez les hippocampes ressemble à une danse aux mouvements gracieux, exécutée avec une extrême lenteur, un véritable ballet aquatique en couple. En prélude à l'accouplement, les hippocampes montent et descendent dans l'eau, puis s'arrêtent, repartent, tournent sur eux-mêmes, s'inclinent comme pour saluer, et se redressent enfin. Dans cette valse lente et élégante, mâle et femelle sont, l'un et l'autre, acteurs : la femelle prend parfois l'initiative et choisit in fine son partenaire ! Il arrive qu'un troisième larron, une autre femelle, se joigne au couple. Loin d'être rejetée, sa présence est appréciée, à l'occasion. En effet, si la ponte d'une seule femelle est insuffisante, le mâle cherchera une autre partenaire pour remplir sa poche ; inversement, si le nombre d'œufs d'une femelle est trop important, celle-ci s'accouplera avec plusieurs mâles.

Joue contre joue...

Au terme des parades, mâle et femelle s'enlacent. Dressés l'un contre l'autre, ils se font face, joue contre joue ; leurs queues se nouent l'une à l'autre, animées de petits balancements rythmés.

Dans l'étreinte, la femelle presse son ventre, gonflé par les ovaires arrivés à maturité, contre celui du mâle, où s'écoulent les premières gouttes de laitance. L'un des partenaires commence alors à frissonner de tout son corps, depuis l'extrémité de la queue jusqu'à la crête du sommet du crâne, communiquant son frisson à l'autre. Cette excitation fugace est suivie d'une posture figée. Les phases d'excitation et de repos alternent et se répètent plusieurs fois. La phase de repos peut durer de 20 à 30 minutes ; le mâle entrouvre alors sa poche incubatrice, et la femelle y introduit son tube de ponte (ou ovipositeur) pour déposer les œufs, qui sont fécondés au passage. Une fois les œufs pondus, la femelle s'éclipse pour se reposer. Elle est alors libérée de ses devoirs familiaux jusqu'à la prochaine période de reproduction. C'est le mâle seul qui est chargé d'assurer la survie de la progéniture.

La poche incubatrice

La poche incubatrice



Les hippocampes mâles ont une poche incubatrice située sur la partie ventrale de la queue. Lors de l'accouplement, la femelle y dépose ses œufs ; une membrane ferme alors la poche, en ne laissant subsister qu'une très petite ouverture. Au moment où il reçoit les œufs, le mâle les fertilise. Les parois de la poche s'épaississent et se vascularisent, formant une sorte de « placenta » qui apportera l'oxygène et sécrétera un liquide nutritif nécessaire au développement des embryons.

Des petits de cinq millimètres !

Après l'accouplement, le mâle « couve » les œufs et les conserve dans sa poche incubatrice jusqu'à leur éclosion. Le nombre d'œufs qu'un mâle peut porter est très variable : de quelques dizaines chez l'hippocampe à museau court, Hippocampus hippocampus, à 650 chez l'hippocampe moucheté (Hippocampus erectus), qui possède une poche gigantesque.

Des œufs colorés

La taille des œufs variede 0,5 à 3 mm de diamètre ; leur noyau, qui flotte dans une sphère liquide translucide, peut être rose saumon ou rouge corail.

Les œufs s'accrochent dans une muqueuse spongieuse – qui joue le rôle d'un placenta – irriguée par de multiples vaisseaux sanguins. Les œufs qui ne trouvent pas place dans cette paroi douillette dégénèrent.

Des expulsions groupées

L'éclosion des œufs a lieu au sein de la poche incubatrice, et les embryons y restent afin de poursuivre leur développement jusqu'à la naissance. Au terme de cette gestation, qui peut durer de quelques jours à environ deux mois, les jeunes hippocampes sont expulsés.

Couché sur le fond, prenant appui sur un support, le mâle les fait sortir par petits groupes – rarement de manière isolée. Après l'expulsion de tous les jeunes, les contractions durent jusqu'à résorption de la poche. Cette mise-bas est très épuisante. Il faudra attendre quelque temps pour que le mâle retrouve sa condition physique.

Sauve qui peut !

À leur naissance, les jeunes hippocampes mesurent environ 5 mm de long. Aussitôt sortis, ils partent dans toutes les directions, nageant et s'accrochant bon gré mal gré à tout ce qui peut leur servir de support, y compris leurs frères et sœurs. C'est ainsi qu'ils forment parfois de véritables « pelotes », qui peuvent s'avérer fatales s'ils ne parviennent pas à se libérer.

Débute alors la longue recherche de nourriture pour calmer un insatiable appétit. Mais, incapables de nager efficacement, dotés d'une bouche de la dimension d'un point sur un « i », ils sont contraints de saisir tout ce qui, de la bonne taille, passe à leur portée.

Lors des expériences d'élevage, c'est à ce stade de leur développement que la mortalité est particulièrement importante ; en effet, il est difficile de trouver une alimentation adaptée à de si jeunes hippocampes.

Une croissance rapide

Quelques jours après leur naissance, les jeunes hippocampes apprennent à se tenir convenablement, c'est-à-dire verticalement.

Leur corps est encore totalement transparent, mais, très rapidement, il se couvre de points pigmentés et acquiert la coloration des adultes. Leur croissance est très rapide. En effet, les petits hippocampes passent en un mois de 5 mm à environ 4 cm ; à deux mois, ils mesureront 5 cm, puis 7 cm à trois mois.

Ils atteignent leur maturité sexuelle entre le cinquième et le huitième mois. Le cycle biologique peut alors commencer.

Les champions du camouflage

La seule défense que la nature ait donnée aux hippocampes et à leurs cousins les syngnathes est le camouflage. Incapables d'affronter directement leurs prédateurs (poissons-grenouilles, raies, requins, etc.) ou de les fuir, les hippocampes se fondent dans les paysages sous-marins.

La technique la plus communément adoptée par les hippocampes est le mimétisme. À la manière du caméléon, ils peuvent reproduire la couleur du fond ou du support sur lequel ils se trouvent. Leur livrée prend la teinte dominante environnante, et des taches, bandes, points ou marbrures viennent compléter leur panoplie pour faire disparaître leur forme aux yeux d'un prédateur éventuel. Les lambeaux cutanés qui ornent leur corps et surtout leur tête permettent également d'estomper leur contour si caractéristique.

Cette stratégie de camouflage n'exclut pas pour autant l'adoption de couleurs chatoyantes et vives comme en exhibent certaines espèces tropicales des récifs coralliens, capables de changer de couleur à la moindre alerte.

La lenteur des mouvements est sans doute à mettre au compte de cette stratégie. Le camouflage est d'autant plus efficace que le milieu dans lequel se trouvent les hippocampes est mouvant. C'est sans doute pourquoi ceux-ci fréquentent de préférence les prairies sous-marines et les champs d'algues qui ondulent sous l'action des courants.

Pour tout savoir sur les hippocampes

Hippocampe à museau court (Hippocampus hippocampus)

L'hippocampe à museau court est une espèce commune, sans pour autant être abondante. C'est un petit hippocampe, qui ne dépasse pas 15 cm de long.

Les caractéristiques qui permettent de différencier ce petit animal de ses congénères sont les suivantes : le tronc est composé de 11 ou 12 anneaux ; la queue en possède de 34 à 38 ; sa nageoire dorsale et ses pectorales sont soutenues par des rayons, de 16 à 19 pour l'une, de 13 à 15 pour les autres. Son museau, comme son nom l'indique, est relativement court. Il ne porte pas, ou presque pas, de lambeaux cutanés sur le corps et la tête. Enfin, sa coloration varie du brun au noir ; son corps est parfois parsemé de petites taches claires.

À l'instar de tous les vertébrés, le corps est soutenu par la colonne vertébrale. Mais il est aussi protégé par un squelette externe, formé de plaques dermiques disposées en séries sur le tronc et la queue, ce qui lui confère un aspect annelé. Les hippocampes sont dépourvus de côtes, rendues inutiles par l'existence de ce squelette externe.

Les hippocampes respirent par des branchies, qui n'ont cependant pas la forme habituelle de peignes, mais se présentent comme des houppes. Le rein – les hippocampes n'ont qu'un seul rein, situé du côté droit de la cavité abdominale – présente la particularité de ne pas contenir de glomérules (petits pelotons vasculaires au niveau desquels s'effectue la filtration de l'eau du sang). Il est constitué de tubules urinifères, qui forment une gaine autour de la veine cardinale. L'estomac est remplacé par un léger renflement du canal intestinal. L'intestin lui-même présente une organisation peu complexe : il est court, droit ou légèrement sinueux.

Pour communiquer, les hippocampes sont capables d'émettre des sons. Ces derniers, qui ressemblent à des claquements de doigts, résulteraient du frottement d'une partie du crâne sur la partie du squelette externe formant la crête au-dessus de la tête. Pour produire ce claquement, l'animal relève la tête le plus haut possible, comme s'il voulait étirer son cou, effectuant le mouvement plusieurs fois de suite ; le claquement est émis lorsque le crâne passe en force sous la crête, ou bien quand il revient à sa position normale. La production de sons semble être un moyen d'alerter ses congénères ou d'appeler un ou une partenaire.

Les sens des hippocampes sont plutôt bien développés. Les oreilles internes sont localisées dans les capsules optiques de la boîte crânienne. Elles sont composées de canaux et de granules calcifiés, les otolithes. Outre leur fonction auditive, les oreilles internes permettent aux hippocampes de se situer dans leur milieu. Les vibrations sonores se transmettant mieux dans l'eau que dans l'air, les poissons ont, en général, l'ouïe fine. Les hippocampes possèdent également une bonne sensibilité olfactive. En avant de chaque œil se trouve une fossette olfactive qui communique avec l'extérieur par deux narines, antérieure et postérieure. Le courant d'eau qui circule dans cette fossette est analysé par des cellules ciliées qui tapissent l'épithélium sensoriel. Les lobes olfactifs sont de dimensions moyennes, ce qui permet de supposer que l'odorat des hippocampes est plutôt bon.

La vision est sans conteste leur sens le plus performant. Les yeux sont complètement indépendants l'un de l'autre dans leurs mouvements. Ainsi, l'un des yeux peut scruter la fronde d'une algue à la recherche de minuscules proies, tandis que l'autre surveille les alentours pour y détecter un danger potentiel. Chez les poissons, l'iris est généralement de couleur différente de celle du corps ; chez de nombreux hippocampes, en revanche, il est souvent en harmonie de ton avec le corps.

HIPPOCAMPE À MUSEAU COURT

Nom (genre, espèce) :

Hippocampus hippocampus

Famille :

Syngnathidés

Ordre :

Gastérostéiformes

Classe :

Poissons osseux

Identification :

Brun ou noir, souvent parsemé de points blancs ou gris foncé, démuni de lambeaux cutanés sur la tête

Taille :

15 cm de long, au maximum

Poids :

De 10 à 15 grammes

Répartition :

Méditerranée et côtes atlantiques de la péninsule Ibérique et de l'Afrique du Nord

Habitat :

Champs d'algues littoraux et herbiers de posidonies

Régime alimentaire :

Petits crustacés

Structure sociale :

Plutôt grégaire

Maturité sexuelle :

Entre 5 et 8 mois

Saison de reproduction :

D'avril à octobre

Durée d'incubation :

Inconnue, probablement de l'ordre de quelques semaines

Taille des œufs :

De 0,5 à 3 mm

Nombre de petits par portée :

Quelques dizaines

Longévité :

Entre 3 et 4 ans

Effectifs, tendances :

Effectifs inconnus ; déclin probable

Statut, protection :

Espèce à protéger en raison de sa vulnérabilité et de la destruction de son habitat, inscrite en Annexe II de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction)

 

Signes particuliers

Le squelette

Le squelette interne ne diffère pas notablement de celui observé chez les autres poissons. Cependant, il présente quelques particularités comme l'absence d'appendices costaux et une ankylose des premières vertèbres. En effet, les trois premières vertèbres fusionnent pour former une sorte de manchon comprimé latéralement, qui limite les mouvements du cou, donnant ainsi à l'hippocampe son port de tête particulier. Le corps est protégé par un squelette externe constitué de plaques dermiques, réparties sur le tronc et la queue. À la jonction des plaques dermiques se forment parfois des bourrelets, des tubercules, dont l'alignement constitue des carènes longitudinales. En section transversale, le corps est polygonal, le nombre de plaques déterminant le nombre de côtés du polygone. Les anneaux de la queue sont généralement quadrangulaires (formés de quatre plaques) alors que ceux du tronc peuvent avoir de six à huit plaques dermiques.

La tête

Unique dans le monde des poissons, la tête de l'hippocampe forme un angle plus ou moins droit avec le corps. La région occipitale est relevée et porte souvent des tubercules pointus formant une sorte de couronne au sommet du crâne. C'est aussi sur la tête que les épines et les prolongements cutanés foliacés sont les plus développés. La tête se termine par un museau tubulaire à l'extrémité duquel s'ouvre une bouche minuscule sans aucune dent.

Les yeux

Relativement grands par rapport à la taille du corps ; la structure se rapproche de celle des yeux des vertébrés dits supérieurs : le cristallin est sphérique et volumineux ; la rétine, épaisse, est formée de plusieurs couches de cellules visuelles et notamment des cellules en cône qui permettent une bonne vision des couleurs. Au niveau de l'encéphale, le grand développement des lobes optiques témoigne de l'importance de la fonction visuelle.

Les autres hippocampes

Regroupés dans la famille des syngnathidés, hippocampes et syngnathes se différencient surtout par leur forme : la queue, pourvue d'une nageoire caudale, et la tête sont dans l'axe du tronc chez les syngnathes.

La trentaine d'espèces d'hippocampes décrites à ce jour sont regroupées dans l'unique genre Hippocampus. Les espèces les plus communes sont : l'hippocampe à museau court, Hippocampus hippocampus ; l'hippocampe moucheté, Hippocampus ramulosus ; l'hippocampe nain, Hippocampus zosterae ; l'hippocampe à long museau, Hippocampus reidi ; l'hippocampe rayé, Hippocampus erectus.

En dépit d'une diversité spécifique moindre par rapport à leurs cousins les syngnathes, certains hippocampes montrent des variations morphologiques et de coloration relativement importantes à l'intérieur d'une même espèce. Leurs proches parents, les syngnathes comptent, en revanche, plus de 200 espèces, réparties dans une cinquantaine de genres.

Les hippocampes

Hippocampe géant (Hippocampus ingens)

Identification : un des plus grands hippocampes connus. 35 cm de long. Son allure élancée et sa livrée richement ornée lui donnent une majesté digne de sa grandeur !

Répartition : côtes pacifiques américaines (du golfe de Californie au Pérou). C'est la seule espèce d'hippocampe dans cette région où elle est surnommée à juste titre the giant seahorse (« l'hippocampe géant »).

Statut : vulnérable, effectifs en baisse.

Hippocampe jaune (Hippocampus kuda)

Identification : environ 33 cm de longueur.

Répartition : dans tout l'Indo-Pacifique (Japon, Philippines, Indonésie, Australie, Polynésie) et en mer Rouge.

Statut : vulnérable, effectifs en baisse.

Hippocampe nain (Hippocampus zosterae)

Identification : 4 cm de long au maximum.

Répartition : fréquente les rochers couverts d'algues du golfe du Mexique.

Hippocampe de Bargibant (Hippocampus bargibanti)

Identification : sa taille maximale réelle n'est pas connue, mais semble ne pas dépasser les 4 cm. Cet hippocampe lilliputien est magnifiquement coloré : son corps bleu violacé est orné de gros tubercules rouge vif mimant à la perfection les polypes verruqueux des gorgones.

Répartition : l'espèce, baptisée par un ichtyologiste australien mort sans en avoir donné une description précise, a été observée sur des gorgones des fonds coralliens de Nouvelle-Calédonie. Sa rareté est probablement un effet de son « invisibilité » due à sa taille.

Hippocampe rayé (Hippocampus erectus)

Identification : espèce si variée qu'elle a engendré la description de sous-espèces, voire d'espèces nouvelles, qui sont toutes synonymes de Hippocampus erectus. Ces variations affectent principalement la coloration et le développement des lambeaux cutanés, crêtes et tubercules.

Répartition : côtes atlantiques américaines.

Statut : vulnérable, effectifs en baisse.

Les syngnathes

Syngnathe à bandes (Doryrhamphus dactyliophorus)

Identification : se distingue par une série de bandes verticales, alternativement claires et sombres, zébrant le corps et la tête.

Répartition : large répartition indopacifique.

Dragon de mer phylloptère (Phyllopteryx taeniolatus)

Identification : les lambeaux cutanés qui agrémentent les fortes épines céphaliques et dorsales, son long corps (45 cm environ) raide comme un accent circonflexe, sa tête comme inachevée d'hippocampe donnent à cet étrange animal une allure fantasmagorique.

Répartition : côtes méridionales d'Australie.

Statut : quasi menacé.

Dragon de mer feuillu (Phycodurus eques)

Identification : doit son nom à l'extrême développement des lambeaux cutanés qui foisonnent sur son corps comme autant de frondes d'algues, mimant parfaitement les laminaires auxquelles il est étroitement associé. Cet animal extraordinaire atteint environ 30 cm de long.

Répartition : sud de l'Australie.

Statut : quasi menacé.

Les gastérostéiformes

Dans la classification scientifique, la famille des syngnathidés (hippocampes et syngnathes) appartient au vaste ordre des gastérostéiformes. Celui-ci est composé de poissons au corps plus ou moins complètement cuirassé de plaques osseuses, à la bouche s'ouvrant à l'extrémité d'un museau tabulaire et à l'appareil branchial réduit. Ce groupe comprend : les épinoches (gastérostéidés), qui n'ont qu'une rangée de plaques sur les flancs et chez lesquelles le mâle construit un nid au moment du frai pour y « couver » les œufs de sa (ou ses) femelle(s), et dont les formes les plus communes comportent 2, 3 ou 4 épines ; les poissons-trompettes (aulostomidés), avec leur bouche tubiforme caractéristique formée par les maxillaires, qui sont soudés et allongés ; les fistulaires (fistulariidés), dont les rayons médians de la nageoire caudale se prolongent en un long filament ; les bécasses de mer (macrorhamphosidés), avec leur museau en forme de bec d'oiseau et leur épine dorsale hypertrophiée ; les poissons-rasoirs (centriscidés), dont la forme mince du corps évoque la lame tranchante d'un couteau à pain et qui nagent avec agilité, la tête en bas, entre les branches de corail ou les longs piquants des oursins ; enfin les solénostomes (solénostomidés), que l'on appelle également poissons fantômes, dont les femelles portent « étrangement » leurs œufs dans une poche ventrale, et qui sont considérés parfois comme des formes intermédiaires entre les hippocampes et les syngnathes.

Milieu naturel et écologie

Présents dans les différents océans du globe, les hippocampes ont une très large distribution : la plupart des espèces sont réparties dans une ceinture autour du globe comprise entre 40° de latitude nord et sud.

Cependant, ils fréquentent de préférence les prairies sous-marines littorales des mers tempérées et tropicales, et semblent être plus abondants sur les côtes est des continents que sur leurs côtes ouest, c'est-à-dire dans les zones de courants marins plutôt chauds. En effet, si quelques hippocampes supportent bien les assez grandes variations thermiques de la zone de balancement des marées dans les mers tempérées, la plupart d'entre eux préfèrent tout de même les eaux chaudes des mers tropicales.

Des cousins d'eau douce

Tous marins, les hippocampes ne se rencontrent pas en eau douce – certains ont bien été signalés, mais l'information n'a jamais été confirmée. Par ailleurs, les nombreux essais d'acclimatation d'espèces marines dans des eaux de plus en plus douces ont tous été voués à l'échec : au-dessous d'une certaine salinité, les animaux meurent. Cependant, plusieurs espèces des proches parents des hippocampes, les syngnathes, vivent en eau douce, tel Enneacampus ansorgii d'Afrique de l'Ouest.

Un hôte des herbiers de zostères et de posidonies

Dans les mers tempérées, juste en dessous du niveau inférieur des plages, se développe un type de végétation marine : les herbiers de zostères. Ce ne sont pas des algues, mais des plantes supérieures (genre Zostera) qui produisent de minuscules fleurs. Leurs racines sont des rhizomes qui s'ancrent dans les sédiments meubles et sur lesquels se fixent de nombreuses algues vertes, rouges et brunes. Les grandes feuilles vertes rubanées permettent l'installation de toute une faune fixée (bryozoaires, hydraires, ascidies, éponges, vers tubiformes, etc.) ou mobile (amphipodes, copépodes, crabes, mollusques, etc.). L'ensemble forme une véritable prairie sous-marine appelée herbier, qui héberge une multitude de formes vivantes. Ces structures ne se forment que sur les fonds sableux, dans des endroits protégés des fortes houles et des courants violents par des barrières rocheuses.

L'herbier constitue à la fois un refuge idéal et un garde-manger bien fourni pour de nombreux poissons, et notamment les hippocampes et les syngnathes, qui s'y dissimulent aisément et y trouvent une nourriture tout à fait adaptée à leur goût.

Une espèce d'hippocampe porte d'ailleurs le nom de ce protecteur providentiel : Hippocampus zosterae, l'hippocampe nain du golfe du Mexique. Les longues feuilles en ruban des zostères ondulent au gré des courants dans un balancement lent, repris à l'unisson par les hippocampes qui s'y sont accrochés.

En Méditerranée on rencontre surtout un autre type de prairie sous-marine : l'herbier de posidonies (genre Posidonia). L'aspect est le même que celui des herbiers de zostères : de longs rubans verts qui s'inclinent gracieusement sous l'influence des courants côtiers et qui accueillent de la même façon l'hippocampe à museau court et l'hippocampe moucheté.

Perdus au milieu des champs d'algues

Les champs d'algues des zones rocheuses constituent également un lieu d'accueil privilégié pour les hippocampes : cela peut être des goémons jaunes ou de grandes algues en lanières (himanthales et laminaires). Les premiers se situent dans la zone de balancement des marées, les secondes juste en dessous, dans la zone qui ne se découvre qu'exceptionnellement ou jamais, les laminaires pouvant former de véritables forêts sous-marines jusqu'à 30 m de profondeur.

Les frondes, les tiges et les crampons de ces grandes algues brunes sont autant de supports sur lesquels les hippocampes peuvent se maintenir et assouvir leur insatiable appétit.

Des voyages à dos d'algues

Des paquets d'algues littorales sont parfois arrachés à la côte par les tempêtes et dérivent au large, entraînant leurs hôtes dans de véritables croisières océaniques ! Ainsi, des hippocampes sont quelquefois observés loin de leur habitat traditionnel.

Ce mode de transport permet la dispersion des espèces, et c'est sans doute de cette façon que l'hippocampe nain du golfe du Mexique, Hippocampus zosterae, a colonisé l'archipel des Bermudes, dérivant avec les célèbres sargasses dans le Gulf Stream.

Les récifs coralliens : un milieu idéal

Dans les mers chaudes et tropicales, les madréporaires constructeurs de récifs coralliens forment une multitude de niches écologiques favorisant le foisonnement de la vie. Les hippocampes y trouvent des conditions de vie idéales, propices à la reproduction des espèces. Ainsi, par exemple, les grands récifs australiens semblent avoir permis une certaine diversification des hippocampes puisqu'un tiers des espèces connues y sont présentes.

Les branches des colonies coralliennes, les ramifications des gorgones et des alcyonaires, les excroissances des éponges digitiformes sont des décors dans lesquels se fondent les hippocampes de ces milieux.

Convoité par de nombreux prédateurs

Si les hippocampes sont passés maîtres en camouflage, c'est parce que leurs ennemis sont légion ! Le mimétisme étant leur unique moyen de défense, ils ont adopté des tenues et des stratégies particulièrement efficaces.

Les poissons-crapauds (antennariidés), qui, pour le malheur des hippocampes, partagent les mêmes habitats, comptent parmi leurs plus féroces ennemis. Des raies, des petits requins côtiers, certains sars, des rémoras, des rascasses et sans doute d'autres carnassiers inscrivent parfois des hippocampes à leur menu. Mais le plus redoutable de tous les prédateurs pour les hippocampes, comme pour beaucoup d'autres animaux, est sans conteste l'homme.

Les hippocampes et l'homme

De fascinants poissons en situation critique

Capturés par milliers chaque année pour être conservés en aquarium ou transformés en « poudre de perlimpinpin » aux prétendues vertus aphrodisiaques, les hippocampes tendent également à disparaître de leur espace vital à cause des nombreuses pollutions dont la mer est victime.

Le marché de l'aquariophilie

L'originalité des hippocampes, leur fragilité et leur rareté fascinent les amateurs de poissons d'aquarium. Les demandes sans cesse croissantes des particuliers et des aquariums, privés et publics, ont engendré la création de vastes réseaux internationaux qui échappent pratiquement à tout contrôle. Pour un poisson arrivé vivant chez le client, dix au moins ont été capturés. La survie en aquarium varie de quelques mois à trois ou quatre ans – durée qui correspond approximativement à leur longévité naturelle. Plus que l'aquariophilie proprement dite, c'est le manque total de contrôle qui règne sur ce marché, motivé par le profit, qui est en cause.

Porte-clefs et aphrodisiaques

De grandes quantités d'hippocampes desséchés sont utilisées comme éléments décoratifs pour la fabrication de porte-clefs, de cendriers, bijoux fantaisie, etc.

Des quantités non moins estimables viennent approvisionner les marchés asiatiques, très friands de produits aphrodisiaques en tout genre. Sur tous les continents, des collecteurs s'ingénient à satisfaire cette demande lucrative d'un bout à l'autre de la chaîne. Les hippocampes sont recherchés pour leurs yeux, supposés renfermer une substance excitante. Aussi, ce sont des animaux aux yeux intacts que les collecteurs doivent monnayer. Pour motiver les pêcheurs, les intermédiaires proposent des prix avoisinant 150 euros le kilogramme d'hippocampes secs, ce qui représente une centaine d'animaux.

Remède et poison

L'utilisation des hippocampes comme remède n'est pas nouvelle : dans son Histoire naturelle (77 après J.-C.), le naturaliste romain Pline l'Ancien recommande les cendres de cheval marin mélangées à de la graisse et du vinaigre pour prévenir la calvitie.

Siècle après siècle, des recettes, potions et baumes divers à base d'hippocampes, ont été élaborés en vertu des nombreux pouvoirs magiques qu'on attribuait à ceux-ci.

Ainsi, en décoction dans du vin, c'était un poison violent ; si la victime en réchappait, elle ressentait ensuite un besoin fréquent de se plonger dans l'eau. Les cendres étaient aussi utilisées comme tonique en pratique vétérinaire, pour le traitement des chevaux, bien sûr !

Si dans l'Antiquité le cheval marin était connu, de nombreux auteurs en parlaient sans en avoir jamais vu eux-mêmes. Méconnaissance à l'origine d'assertions pour le moins cocasses. On a pu, par exemple, leur attribuer une taille aussi grande que celle de leurs homonymes terrestres !

Curieusement, Aristote, un des premiers esprits scientifiques, ne mentionne pas le cheval de mer dans son Histoire des animaux ; peut-être parce qu'il s'agissait alors davantage d'une créature mythique que d'une réelle entité zoologique !

La représentation symbolique de l'hippocampe a connu une riche destinée et s'est perpétuée dans les légendes de presque tous les pays du monde. Les Grecs ont frappé des pièces de monnaie à l'effigie de l'hippocampe. Plus tard, l'Amirauté britannique l'utilisera comme symbole de sa puissance maritime. De nos jours, sa silhouette orne de nombreux timbres-poste. Les arts s'empareront aussi de ce symbole qui illustre les poteries étrusques, les gravures moyenâgeuses, aussi bien que les logotypes d'entreprises du xxe siècle.