Fils d'un homme d'affaires de Karachi, il épouse la coprésidente du parti du Peuple pakistanais (PPP), Benazir Bhutto en 1987, un an avant que celle-ci n'accède au poste de Premier ministre du Pakistan, à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1988. Embrassant la carrière politique, A. Zardari devient membre de l'Assemblée nationale (1990-1996), sénateur (1997-1999) et occupe les postes de ministre de l'Environnement (1993-1996) et de l'Investissement (1995-1996) dans le second gouvernement de son épouse. Accusé de corruption, complicité de meurtre et extorsion au Pakistan et à l'étranger, il passe 11 ans en prison avant de rejoindre en 2004 sa famille en exil à Londres puis à Dubaï.
De retour dans son pays en octobre 2007, il est élu, au lendemain de l'assassinat de B. Bhutto alors en campagne pour les élections législatives (décembre 2007), à la co-présidence du PPP.(cédant la présidence à son fils Bilawal Bhutto-Zardari). Personnalité controversée, y compris au sein du PPP, A. Zardari mène ce dernier à la victoire lors des élections législatives de février 2008. Il confie le poste de Premier ministre à un proche, Yousaf Raza Gilani, qu'il place à la tête d'un cabinet de coalition le 24 mars, et prépare avec son allié et rival Nawaz Sharif, du PML-N, la destitution du président Pervez Mucharraf. Blanchi au même moment des accusations de corruption qui le suivaient, il peut dès lors prétendre à de hautes responsabilités publiques. Désireux de mener la procédure parlementaire d'« impeachment » jusqu'à son terme, il contraint P. Mucharraf à démissionner en août et, contre l'engagement pris auprès des leaders de la PML-N, annonce peu après sa candidature à la magistrature suprême, ce qui précipite l'éclatement de la coalition au pouvoir. Il n'en est pas moins facilement élu chef de l'État le 6 septembre par les grands électeurs (membres des différentes assemblées), obtenant 481 suffrages, contre 153 au magistrat Saïd-uz-Zaman Siddiqui de la PML-N et 44 pour Mushahid Hussain, un proche de l'ancien président.
Les défis, nombreux, peuvent apparaître à bon droit insurmontables : aggravation rapide et dramatique de la situation économique ; intensification dès l'automne de la menace islamiste, notamment à la frontière avec l'Afghanistan, mais aussi à partir du printemps 2009, aux portes d'Islamabad, avec l'avancée des talibans dans la vallée de Swat ; multiplication des attentats, souvent spectaculaires et toujours sanglants ; hostilité de l'armée dont les services secrets, démantelés en novembre 2008, sont impliqués dans la préparation des attentats de Bombay (26-29 novembre) ; contentieux consécutif avec le grand voisin indien et escalade de la tension au tournant 2009 ; enfin crise politique en février-mars.
À la tête d'un pouvoir très affaibli et d'un pays proche du chaos, et malgré une évidente habileté tacticienne, il semble ne devoir son maintien qu'au soutien des Américains pour lesquels l'intégrité d'un Pakistan, base arrière de la lutte contre les talibans en Afghanistan, est une priorité majeure. Son leadership ne cesse de s'amenuiser : en décembre 2009, la Cour suprême invalide l'amnistie décrétée par l'ancien président Mucharraf et qui, entre autres, le concernait. Puis en avril, l'assemblée adopte une réforme constitutionnelle qui restore les droits et prérogatives du Parlement, amoindris à l'issue du coup d'État de 1999. Le régime présidentiel appartient dès lors au passé, et c'est le Premier ministre Gilani, respecté pour son intégrité et son attitude consensuelle, qui fait figure d'homme fort du pays. Enfin, son absence aux tout premiers temps des dramatiques inondations de la mousson 2010 puis son rejet de la proposition d'union sacrée lancée par N. Sharif en vue de créer une commission indépendante chargée de collecter les fonds destinés à secourir les victimes et financer la reconstruction, enfin l'incurie des services de l'État lors de cette catastrophe humanitaire majeure, la pire qu'ait connue le Pakistan, achèvent de le discréditer auprès d'une population exaspérée, de sorte que la question de son maintien au pouvoir se pose plus que jamais.
Pour en savoir plus, voir l'article Pakistan.