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Francis Vincent, dit Frank Zappa

Guitariste, auteur et compositeur de rock et de rock expérimental américain (Baltimore, Maryland, 1940-Los Angeles 1993).

« Je n'ai fait du rock que pour devenir riche et célèbre… » On a presque envie de le croire, tant ce raccourci de sa carrière sonne vrai… Et pourtant, Frank Zappa est probablement le bonhomme le plus authentique de l'histoire du rock… Issu d'une famille gréco-sicilienne, il commence à l'âge de douze ans comme batteur dans une fanfare, peu avant de rencontrer Don Van Vliet, alias Captain Beefheart (avec qui il collaborera plus tard), lequel l'incite à travailler la guitare. Dans le même élan, il apprend l'harmonie, découvre les musiques classiques et contemporaines (il fera souvent référence à Igor Stravinski et à Edgard Varèse dans des interviews) tout en baignant dans le blues et le rock and roll. À vingt ans, il signe déjà des musiques de films de série B (The World's Greatest Sinner, 1960, et Run Home Slow, 1963), ce qui lui permet de financer son propre studio d'enregistrement, le Studio Z. Après un bref séjour en prison en 1964 pour outrage à magistrat (il avait fait un photomontage impliquant un policier en position délicate aux yeux de la prude Amérique…), son studio doit fermer. Il déménage alors à Los Angeles, où il fonde les Muthers, lesquels prennent le nom de Mothers l'année suivante, pour devenir les Mothers Of Invention à la sortie, en juillet 1966, de leur premier album, Freak Out !, produit par Tom Wilson, qui avait déjà travaillé avec des artistes comme John Coltrane et Bob Dylan. Il faut se rappeler l'atmosphère du milieu des années 1960, pour mesurer pleinement l'impact de ce disque et de ceux qui suivirent sur une partie de la société américaine alors en pleine ébullition. Tout en étant fortement associé à une certaine culture « underground » (quelques-unes de ses compositions sont de véritables « happenings » musicaux), Zappa ne cessera jamais de se moquer de tout et de tous avec un terrible sens de l'humour, n'épargnant rien ni personne, y compris lui-même, comme le laisse présager, en 1967, son We're Only In It For The Money (Nous n'y sommes que pour l'argent) ….

Des happenings à Boulez. À l'instar de Picasso, dont on parle facilement des différentes périodes, l'évolution de Zappa est aisément découpable dans sa chronologie. Après les albums-happenings (jusqu'à Burnt Weeny Sandwich, 1970), vient le 200 Motels (1971), enregistré avec un orchestre symphonique qui permet à Frank de donner la mesure de sa créativité en tant que compositeur contemporain (un film éponyme suivra, avec Ringo Starr dans le rôle de Zappa). S'enchaînent une bonne dizaine d'enregistrements en cinq années, où les différentes formations utilisées par Zappa deviennent un véritable creuset (comme Magma en France) dans lequel se forgeront les carrières de George Duke (claviers), Chester Thompson (batterie), Jean-Luc Ponty (violon), Ian Underwood (sax), Ruth Underwood (claviers, xylophone et vibraphone), et bien d'autres… Entre-temps, il se remontera un studio d'enregistrement personnel, fondera aussi ses propres labels. Puis, en décembre 1976, sort Zoot Allures, qui, bien que nourri de tendances punkoïdes, comporte quelques-unes de ces grandes fresques guitaristiques — notamment dans Torture Never Stops ou Black Napkins — que Zappa glissera désormais dans la plupart de ses albums, se permettant ainsi tant sur scène que sur vinyle des « récréations » où il laisse ses doigts vagabonder au gré de ses humeurs. Et les solos de guitare qui encadrent le morceau Yo'Mamma dans le disque Sheik Yerbouti (1979) resteront probablement des monuments du genre….

L'attachement novateur que Frank portait à la guitare se manifestera d'ailleurs à travers plusieurs albums dont certains restent hélas introuvables en France : Shut Up'n'Play Yer Guitar, Shut Up'n'Play Yer Guitar Some More, The Return Of The Son Of Shut Up'n'Play Yer Guitar (respectivement : Tais-toi et joue de ta guitare, Tais-toi et joue encore plus de ta guitare, et le Retour du fils de Tais-toi et…), sans oublier une cassette « pédagogique » : The Guitar World According To Frank Zappa… Ce qui ne l'empêche pas par ailleurs de découvrir un musicien du XVIIIe s. nommé Francesco Zappa, et d'enregistrer l'œuvre de celui-ci sur un instrument électronique (Francesco Zappa, 1984, année où Frank ne sort pas moins de huit albums).

Un pape musical. Son inspiration de musicien complet intéresse Pierre Boulez, qui, en cette même année 1984, lui commande une partition qui nous est parvenue sous le titre The Perfect Stranger. Dès le milieu des années 1980, profitant de ce que son œuvre est intégralement reproduite sur CD, il propose des remixages de ses anciennes compositions tout en travaillant à de nouvelles idées, parmi lesquelles toute la série rétrospective des You Can't Do That On Stage Anymore (On ne peut plus faire cela sur scène) ainsi que Yellow Shark, une de ses dernières créations en musique contemporaine, qui fut présentée en septembre 1991 par le Modern Ensemble lors du Festival de Francfort, en Allemagne. Entre-temps, en 1990, il avait rencontré à Prague le président tchèque Vaclav Havel, qui lui avait confié une mission de liaison culturelle avec l'Occident, ce qui donna lieu à de multiples émissions T.V. et à de nombreuses conférences de presse.

En novembre 1991, ses deux enfants, Dweezil — qui poursuit lui aussi une carrière musicale — et Moon, annoncent lors d'une interview que leur père se bat contre un cancer de la prostate, lequel lui sera fatal le 4 décembre 1993 ….