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Charles Trenet

Auteur-compositeur et chanteur français (Narbonne 1913-Créteil 2001).

Acrobate des mots tout autant que poète lyrique, Charles Trenet fut l’artiste de variétés par excellence. Son répertoire, aux nombreux airs et couplets immortels, demeure l’un des plus riches de l’histoire de la chanson française.

L'amoureux de jazz

Fils cadet d'une famille dont le père, notaire, est un mélomane averti, le jeune Charles entre au pensionnat de Béziers, puis au collège de Perpignan, où il se révèle aussi réfractaire à toute forme de discipline qu’ouvert à la littérature de Jean Cocteau et de Max Jacob. En 1928, il rejoint sa mère, partie vivre à Berlin, et suit des cours de dessin. Il découvre aussi la musique de George Gershwin, de Fats Waller et de Kurt Weill. C’est donc un adolescent « transformé » qui revient en France et qui, en 1930, « monte » à Paris, où il réussit à se faire engager comme accessoiriste aux studios Pathé de Joinville-le-Pont.

Un monde nouveau s’offre à lui : Charles Trenet fait la connaissance d’Antonin Artaud, qui tourne sous la direction d’Abel Gance, et se familiarise avec d’autres représentants de l’avant-garde littéraire (Léon-Paul Fargue, Philippe Soupault), dont il conservera le goût des trouvailles langagières. En 1932, il rencontre le jeune pianiste Johnny Hess (1915-1983), tout aussi passionné de jazz que lui. Charles et Johnny écrivent leurs premières chansons (Quand les beaux jours seront là, Sur le Yang-tsé-kiang) et, en 1934, ils décident de chanter en duo. Grâce à la firme Pathé, ils enregistrent sous leur nom (les Jolies Demoiselles, Sous le lit de Lily) et, grâce à Mistinguett, ils font leurs débuts sur scène. Ils composent aussi pour la grande vedette qu’est alors Jean Sablon (1906-1994) Vous qui passez sans me voir (1937) et Rendez-vous sous la pluie (1939).

Le « Fou chantant »

C’est au retour de l’armée, en 1937, année des mythiques Y a de la joie (créé par Maurice Chevalier) et Je chante, que Charles Trenet se lance dans sa carrière solo. Lui qui n’a pas son pareil pour faire swinguer les mots et les notes sera surnommé le « Fou chantant » et, pour la scène, il s’inventera une image en portant un chapeau rond rabattu sur la nuque et un œillet rouge à la boutonnière de son complet. Dès lors, il accumule les succès : Boum ! (1938), le Soleil et la Lune (1939), Que reste-t-il de nos amours ? (1942), la Romance de Paris (id.), Douce France (1943), la Mer (1945), ces dernières mélodies donnant droit de cité à un lyrisme délicieux.

De 1945 à 1947, Trenet vit aux États-Unis, où la Mer – devenue Beyond the Sea – est plébiscitée. Du pays de Charlie Chaplin, avec lequel il se lie d’amitié, il dira : « On y a toujours l’impression de ne pas perdre son temps, même quand on flâne. » Dès son retour en France, il ira de triomphe en triomphe sur la scène des music-halls parisiens, enrichissant son répertoire de titres tels que Dans les rues de Québec (1950), l’Âme des poètes (1951), la Jolie Sardane (1952), Route nationale 7 [hommage aux congés payés] (1955), la Java du diable (id.), Moi j’aime le music-hall (id.), le Jardin extraordinaire (1957).

Les dernières confessions

Dans les années 1960, Charles Trenet, assistant à l’envol du rock, prend un peu de recul, qu’il met à profit pour se consacrer à la peinture et à l’écriture d’un roman (Un noir éblouissant, 1965). En 1969, cependant, il fait son retour sur scène, puis enregistre de nouvelles chansons, qui, à l’instar de Fidèle (1971), ravissent son public. Symboliquement, il donne à son album de 1973 le titre de Chansons en liberté.

Après avoir perdu sa mère tant aimée en 1979, Trenet aurait pu être tenté de faire ses adieux définitifs au music-hall. Honoré de la croix de commandeur des Arts et des Lettres, il se ressaisit et enregistre l’album Florilège (1985), puis, pour l’année de son jubilé, en 1987, il se produit au Printemps de Bourges et au théâtre des Champs-Élysées, à Paris. Il publie encore deux albums, Mon cœur s’envole (1992) et Les poètes descendent dans la rue (1999), avant qu’un accident cardio-vasculaire ne mette fin à sa carrière et bientôt à sa vie – cette carrière et cette vie si bien résumées par le titre d’une chanson de 1946, En écoutant mon cœur chanter…

Un répertoire universel

« Longtemps, longtemps, longtemps/Après que les poètes ont disparu/Leurs chansons courent encore dans les rues », prophétise Charles Trenet dans l’Âme des poètes. Tout le monde, en effet, a chanté ou chantera Trenet. La chanson Douce France – jugée d’esprit pétainiste à la Libération ! – donne une idée de la pérennité de son répertoire. En 1986, elle fut reprise par le groupe beur Carte de Séjour, dont les membres, accompagnés de Jack Lang, distribuèrent le disque dans les couloirs de l’Assemblée nationale lors du débat sur le Code de la nationalité.

Autre exemple : la Mer. Composée en 1939, mais enregistrée seulement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette chanson a donné lieu à plus de 4 000 versions dans un nombre incalculable de langues. Elle a fait une carrière inouïe au Japon et, à elle seule, elle explique que le décès de Charles Trenet ait été considéré comme un événement dans de nombreux pays du monde.