En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Maximilien de Béthune, baron, puis marquis (1601) de Rosny, duc de Sully

Sully
Sully

Homme d'État français (Rosny-sur-Seine 1559-Villebon, Eure-et-Loir, 1641).

Introduction

Sully naquit de François de Béthune et de Charlotte Dauvet. Son père l'éleva avec ses autres fils dans la religion protestante et, sa famille étant peu fortunée, il fut placé de bonne heure auprès d'Henri de Navarre, de sept ans son aîné (1571).

Au moment de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), il se trouvait à Paris et faisait ses études au collège de Bourgogne. Cet enfant de douze ans fit preuve d'une remarquable présence d'esprit : pour échapper aux exécuteurs, il se munit d'un gros livre de prières catholique, mit sa robe d'écolier et, à travers un Paris livré aux égorgeurs, il se rendit à son collège, où le principal le cacha pendant quelques jours.

Lorsque le roi de Navarre s'échappa de la cour de France en février 1576, Rosny l'accompagna et se distingua à ses côtés dans maintes rencontres.

En 1584, de retour en France, il épousa une riche héritière, Anne de Courtenay. Dès cette époque, il prit soin de bien gérer sa fortune et parut toujours préoccupé de s'enrichir sans se montrer trop scrupuleux sur les moyens.

Valeureux capitaine, il dirigea l'artillerie à la bataille de Coutras (20 octobre 1587), remportée par Henri de Navarre contre les troupes royales du duc de Joyeuse (1561-1587). Son maître étant devenu roi de France, il continua de se battre à ses côtés et fut grièvement blessé à la bataille d'Ivry (14 mars 1590), ce qui lui valut d'être salué par Henri IV du titre de « brave soldat, vrai et franc chevalier ». Sans renier pour sa part sa religion d'enfance, il conseilla vivement au roi de se convertir au catholicisme pour pacifier le royaume.

Dès 1596, Henri IV lui confia la direction de ses finances. Aussitôt, Rosny entreprit de parcourir les provinces françaises et d'y faire rendre gorge aux receveurs indélicats. Nommé en 1598 surintendant des finances, il ajouta à ce titre de nombreuses autres charges : grand maître de l'artillerie et superintendant des fortifications et bâtiments, grand voyer de France en 1599, gouverneur de la Bastille en 1602, gouverneur du Poitou et capitaine héréditaire des canaux et rivières en 1604. En 1606 fut créé pour lui le duché-pairie de Sully.

L'œuvre financière

Elle consiste essentiellement en une politique d'économie et de remise en ordre. La guerre civile avait ruiné le trésor royal ; l'agriculture et le commerce étaient fortement atteints. Pour redonner confiance au peuple dans le pouvoir royal, Sully fit remise de 20 millions d'arriérés sur les tailles, qu'il fit ensuite diminuer de 5 millions.

Des domaines royaux usurpés ou abandonnés furent recouvrés, et des charges inutiles supprimées. Les dépenses de l'État furent sévèrement contrôlées, Sully allant jusqu'à s'opposer aux libéralités du roi envers ses maîtresses ; aussi, chaque année un important excédent de recettes fut-il déposé à la Bastille, où en 1610 on trouva près de 42 millions, fruit des sages économies du ministre. Cependant, si Sully réussit à tirer le meilleur parti possible du mauvais système fiscal existant, les impôts restèrent mal répartis et la monarchie ne parvint ni à se passer des expédients financiers, ni à supprimer la vénalité des charges, qui ne fit que s'aggraver de l'hérédité complète.

« Labourage et pâturage… »

Sully ne prit pas moins de soin de l'économie. On connaît sa devise célèbre au sujet de l'agriculture. Pour la favoriser, il avait réduit la taille et remis l'arriéré des impôts ; à ces mesures, il ajouta le rachat des prés communaux aliénés à vil prix par les paroisses, l'insaisissabilité du bétail et des instruments de culture par les créanciers, la liberté pour les exportations de blé ou de vin, l'abolition des péages, la construction de routes, de ponts, de canaux (canal de Briare).

Il créa un conseiller agricole dans chaque province, chargé d'aider les exploitants. La mise en service de coches publics avec relais, de prises d'eau facilita la circulation et la reprise des affaires. Sully soutint aussi les efforts d'Olivier de Serres, l'auteur du Théâtre d'agriculture (1600), pour l'élevage des vers à soie, et ceux d'un Hollandais de Bergen op Zoom, Humphrey Bradley, qu'il nomma maître des Digues (1599). Grâce à l'établissement d'ouvriers hollandais en France, de grands travaux d'assèchement furent réalisés en Aunis, en Limagne, dans le Poitou et dans l'estuaire de la Seine.

Sully conserva durant toute sa vie du goût pour les affaires militaires et, en tant que grand maître de l'artillerie et superintendant des fortifications, il participa, d'une manière positive, à la prise de Charbonnières et de Montmélian au cours de la campagne contre le duc de Savoie.

Sully et Henri IV

Jusqu'au bout, Sully sut garder la confiance de son maître, s'il ne fut pas l'inspirateur de tous les grands actes du règne, comme il s'est plu à l'écrire dans des Mémoires embellis. Henri IV apprécia toujours ses qualités d'ordre, d'économie et d'honnêteté, et surtout la franchise de ses avis. Sully n'hésita jamais à s'opposer aux folies amoureuses du roi et déchira la promesse écrite de mariage faite à Henriette d'Entragues.

S'il fut un ministre des Finances honnête, il ne fut pas désintéressé et amassa une énorme fortune. Richelieu l'absout pourtant dans ces termes : « On peut assurer avec vérité, écrit-il, que les premières années de ses services furent excellentes ; et, si quelqu'un ajoute que les dernières furent moins austères, il ne saurait soutenir qu'elles lui aient été utiles sans l'être beaucoup à l'État. »

Les dernières années

Henri IV fut assassiné alors qu'il allait rendre visite à Sully dans sa demeure de l'Arsenal. À l'annonce de cette mort, le ministre prit peur, refusa d'aller au Louvre, où la reine Marie de Médicis le demandait, et s'enferma dans la Bastille, dont il était gouverneur. Par la suite, il se retira dans ses terres avec sa deuxième femme, Rachel de Cochefilet.

Résidant au château de Villebon, dans la Beauce, ou à Sully, il y mena un train de vie princier et s'y employa à vendre ses charges de surintendant des finances et de gouverneur de la Bastille. Il rédigea des mémoires auxquels il donna le titre de Mémoires des sages et royalles œconomies d'Estat domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand ; les deux premiers volumes parurent en 1638 et les deux derniers après sa mort, en 1662. Elles sont l'œuvre d'un esprit amer et critique. Sully y attribue à Henri IV un « grand dessein » politique visant à unifier l'Europe sous son sceptre ; mais la réalité du projet de cette république chrétienne a été dénoncée par certains historiens qui, ne trouvant pas trace d'un tel projet dans les archives des puissances européennes, pensent que Sully a, par son imagination ou sa duplicité, suppléé aux documents, n'hésitant pas à en fabriquer de toutes pièces.

En 1634, Louis XIII donna à Sully le titre de maréchal de France, le récompensant de son zèle à prêcher la soumission au roi à ses coreligionnaires révoltés. Sully mourut quelques années après, au château de Villebon.