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Lucrèce

en latin Titus Lucretius Carus

Lucrèce
Lucrèce

Poète et philosophe latin (Rome ? vers 98-55 avant J.-C.).

Auteur de l’un des ouvrages les plus connus des latinistes, le poème didactique De natura rerum (« De la nature des choses » ou « De la nature »), Lucrèce fut à Rome le continuateur de l’épicurisme et de l’atomisme. Il aborda une diversité de sujets touchant notamment à la biologie, à la physique, à la cosmologie, à la psychologie, à l’histoire de l’homme et de la culture.

Une vie restée énigmatique

Lucrèce, sans doute né à Rome, appartient à l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres. Il a une connaissance de la poésie ainsi que de la philosophie grecque et latine qui trahit d’ailleurs une éducation soignée. D’après les additions de saint Jérôme à l'Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée, c’est victime d’un philtre d’amour qu’il aurait composé le De natura rerum, pendant les intervalles de lucidité que lui auraient laissés ses crises de folie, puis il se serait suicidé. Au demeurant, sa vie est pratiquement inconnue. On ne sait pas davantage si Cicéron fut son réviseur et son éditeur.

Esprit scientifique de premier ordre, Lucrèce est en tout cas celui qui transmet et analyse les théories déjà énoncées par Démocrite, Empédocle et Épicure, et c’est grâce au De natura rerum que nous connaissons leur conception du système atomique. La rigueur de sa démonstration est telle que sa conception du plaisir – le bien suprême – découle tout naturellement de sa physique. Pourtant, il ne traite jamais directement de la morale épicurienne, se contentant de montrer que les passions et les craintes qu’éprouvent les hommes les écartent du bonheur.

Lucrèce se révèle aussi un grand poète sachant traduire les idées philosophiques en tableaux brillants, où alternent l’enthousiasme, la critique et l’interrogation. Son œuvre exercera une grande influence sur la poésie latine, fournissant à Virgile et Ovide un modèle de composition.

Une œuvre majeure de la pensée antique

Dédié à Caius Memmius Gemellus, gouverneur de la province de Bithynie en 57 avant J.-C., le De natura rerum tente d’introduire dans le monde romain la pensée épicurienne en faisant de la physique le fondement d’une éthique libératrice pour l’esprit humain.

Un exposé en six livres

Le livre I, qui s’ouvre par une fameuse invocation à Vénus, dénonce les méfaits de la religion – qui ont conduit au sacrifice d’Iphigénie –, mais surtout enseigne que le monde est composé d’atomes indestructibles et indivisibles, et que rien ne se crée ni ne se perd. Le livre II traite du mouvement des atomes, entraînés dans le vide par une chute éternelle et amenés à se grouper pour former les corps sans intervention divine. Le livre III caractérise l’identité du principe vital (anima) et du principe pensant (animus), composés d’atomes plus subtils que le corps ; l’âme périt avec ce dernier, et une vie future n’est donc pas à redouter. Le livre IV explique le mécanisme de la connaissance par la théorie des sensations : celles-ci ne nous trompent pas si nous les interprétons sans illusions ni passions. Le livre V relate l’histoire du monde et de l’homme : le monde est constitué par des éléments périssables qui résultent de la rencontre fortuite des atomes ; l’évolution de l’humanité est solidaire du progrès. Le livre VI a pour objet les phénomènes susceptibles d’effrayer l’homme : ceux-ci n’ont pas pour cause la colère des dieux, mais ils s’expliquent d’eux-mêmes – comme l’épidémie de peste d’Athènes.

Une pédagogie pour l'humanité

Poignante interrogation sur le destin de l’homme et de l’Univers, le poème de Lucrèce tend à démontrer que celui qui comprend la physique (entendons la nature dans son ensemble) se conduit aussi selon la morale (entendons la voie vers la sagesse). Il contient certes d’admirables intuitions scientifiques qui se voudraient optimistes, mais il peut aussi se lire, à travers ses interrogations mêmes, comme un traité du désespoir. Qu’est l’être humain sinon un corps jeté malgré lui dans le monde, dénué de tout dès l’enfance et contraint à vivre une vie qu’il n’a pas réclamée ? Cette étrangeté de l’existence humaine suscite un sentiment d’insécurité : angoisse de l’infini, vertige métaphysique, mais aussi conscience de la contradiction fondamentale que présente la nature, tantôt apaisée et rayonnante (livres I et II), tantôt hostile ou indifférente à la souffrance humaine (livres I, II, V et VI).

Quelle issue avons-nous ? Vers quelle transcendance pouvons-nous nous tourner ? Si une puissance divine existe, force est de constater qu’elle se révèle « incapable de reculer les limites du destin, de lutter contre les lois de la nature » (livre V, 309-310), et donc d’infléchir notre humaine condition. En fin de compte, la mort qui nous attend n’est pas terrifiante mais salvatrice. Elle nous libère de notre angoisse existentielle. Avant cela, l’homme devenu sage est celui qui s’est défait aussi bien de la crainte des dieux que de celle de la mort. Celui qui connaît alors le plaisir.