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Paul Klee

Peintre allemand (Münchenbuchsee, près de Berne, 1879-Muralto, près de Locarno 1940).

« L'art ne reproduit pas le visible ; il rend visible », déclara Paul Klee. Proche de l'abstraction et du surréalisme, il se réfère volontiers à la nature dans une œuvre qui fut celle d'un « peintre-poète » – comme il aimait lui-même se définir. En la comparant à « un musée complet du rêve », l'écrivain René Crevel en souligna à son tour toute la portée symbolique.

Les influences européennes et orientales

Élevé dans le goût de la musique, Paul Klee, adolescent au demeurant perturbé, hésite entre le violon, dont il apprend à jouer à Berne, et la peinture. Il opte pour une formation artistique, qu'il va suivre à Munich (1898), puis à Rome, Naples et Florence (1901-1902). En 1908-1909, il découvre Van Gogh, auquel il préfère Cézanne. Son travail, qui consiste surtout en dessins, en gravures et en aquarelles dans la technique du « sous-verre », témoigne de son effort pour se libérer de la tradition. En 1911, Paul Klee fait une première rencontre décisive avec les artistes du Blaue Reiter et, l'année suivante, à Paris, une seconde avec les peintres cubistes (Hommage à Picasso, 1913, collection privée).

Paul Klee dira dans son Journal : « La couleur et moi, nous ne faisons qu'un. » A-t-il la révélation de la couleur lors de son voyage en Tunisie de 1914 ? Toujours est-il qu'à côté de son œuvre graphique il va se consacrer à l'aquarelle, à la peinture à l'huile et souvent au mélange des deux. Il emprunte à l'arabesque l'extension presque indéfinie de la ligne courbe, et à l'art du tissage le principe des « carrés magiques » qui emplissent son œuvre des années 1923 à 1930 (Air ancien, 1925, Bâle ; Villas florentines, 1926, MNAM, Paris). Ses paysages portent l'empreinte de l'art égyptien découvert en 1928-1929 (Hauptweg und Nebenwege [Chemin principal et chemins secondaires], Cologne) et ses natures mortes sont semblables aux mosaïques d'origine byzantine (Saint-Jean-de-Latran, Rome) ou alexandrine (Tripoli), dont il s'est fait une source d'inspiration (Ad Parnassum, 1932, Centre Paul-Klee, Berne).

La pluralité des recherches

La période qui suit la Première Guerre mondiale est, à tous égards, celle du plein épanouissement de l'artiste. À l'extrême variété des supports picturaux s'ajoute celle des styles : Paul Klee spécule tour à tour sur les effets harmoniques de la couleur, dans des toiles entièrement composées de lettres peintes à la manière des affichistes (Jadis surgi du gris de la nuit, 1918, Centre Paul-Klee, Berne), sur l'effet de « tapisserie », où perce l'abstraction lyrique (Paysage aux oiseaux jaunes, 1923, collection privée, Bâle), ou sur le portrait d'inspiration cubiste.

Professeur au Bauhaus depuis 1920, Paul Klee y déploie une activité considérable. Il y renonce en 1930 pour prendre un poste à l'académie de Düsseldorf, mais, en 1933, quittant l'Allemagne, il retourne à Berne. C'est à cette époque qu'il s'imprègne de l'influence de Joan Miró et de Max Ernst , qu'il avait lui-même d'abord influencés. Sa curiosité s'étend aux marionnettes, aux arts premiers et même aux travaux des aliénés – sans qu'il soit toujours aisé de distinguer ce qui relève chez lui de la convergence ou de l'emprunt. Il y aura encore, de 1930 à 1940, des « écritures secrètes », où l'influence des caractères arabes se mêle peut-être à la curiosité typographique, et, vers 1937, une série de toiles envahies par des « barres minces » alternant avec des « barres cernées », qui sont comme des échos affaiblis du somptueux désordre de la joaillerie orientale.

Les affres de la fin de vie

Peintre de l'humour – notamment dans plusieurs portraits de clowns –, Paul Klee devient celui de l'angoisse au moment où il constate les premiers signes d'une forme mystérieuse de maladie de la peau qui se déclarera en 1935 et où, d'autre part, il fait partie des artistes dont les œuvres figurent à l'exposition dite d'« Art dégénéré » que les nazis organisent à Munich en 1937. Dans les pastels et les toiles (de dimensions croissantes) qu'il exécute alors, des personnages schématisés, réduits parfois à des termes d'équations, ou filiformes, se croisent en tous sens sur des fonds terreux ou colorés, quand ils n'envahissent pas presque toute la surface de la toile, sous la forme d'un monstre faussement rassurant (Chant d'amour à la nouvelle lune, 1939, Centre Paul-Klee, Berne). S'il revient aussi aux « carrés magiques » et s'il renoue avec sa veine poétique (Mine grave, 1939, ibid.), l'image de la mort s'impose à lui avec de plus en plus d'insistance (Obscur Voyage en bateau, 1940, ibid.).

Paul Klee, dont la célébrité sera un fait acquis à l'échelle mondiale dès 1946, laisse un captivant Journal (1898-1918) de même que d'importants écrits théoriques et pratiques.

L'art de la fausse candeur

C'est au début des années 1920 qu'apparurent les premiers motifs linéaires dans l'œuvre de Paul Klee. Quelle que fût l'économie plastique dont ce dernier ait fait preuve – sa « technique « enfantine » », selon le mot de Marcel Duchamp qui l'admirait tellement –, il est loin d'offrir l'exemple de l'artiste qui se fie à son instinct. Au Bauhaus, il commençait ses cours par des considérations d'ordre scientifique et, dans ses écrits, il s'est toujours montré à l'affût de principes analogiques visant, notamment, à rapprocher l'activité artistique des processus cosmiques et biologiques.

Sur un autre plan, Paul Klee avait gardé de sa jeunesse une vraie passion de la musique. Ainsi, il comparait le dessin au tracé des portées sur la partition. Il disait aussi que la couleur « fredonne plus qu'elle ne chante », faisant par là allusion aux teintes matériellement fragiles pour lesquelles il avait une prédilection.

Principaux écrits de Klee

– Tagebücher von Paul Klee, 1898-1918 (Cologne, 1957). Traduction française : Paul Klee. Journal (Grasset, 1959).– « Schöpferische Konfession », dans Tribüne der Kunst und Zeit (Berlin, 1920). Traduction française : « Confession créatrice » dans l'Entremonde (Delpire, 1957).– Über die moderne Kunst (Berne, 1945).Traduction. française dans : Paul Klee par lui-même et par son fils Félix Klee (les Libraires associés, 1963).– Das bildnerische Denken, texte des cours donnés au Bauhaus en 1921-1922 (Bâle, 1956). Traduction française : la Pensée créatrice (Dessain et Tolra, 1973).– Pädagogisches Skizzenbuch (Munich, 1925). Traduction française (extraits) dans le recueil : Paul Klee, théorie de l'art moderne (Gonthier, 1964).