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Guillaume d'Occam ou Guillaume d'Ockham

en anglais William of Ockham

Théologien et philosophe anglais (Ockham, Surrey, vers 1285-Munich vers 1349).

Disciple du théologien écossais John Duns Scot, Guillaume d’Occam rompit ensuite avec son maître et devint une des grandes figures du nominalisme (dont le terme n’apparut toutefois qu’au xve s.). Il peut aussi être considéré comme le penseur qui annonce l’empirisme en philosophie et la Réforme protestante en religion.

Un moine en rupture de ban avec la papauté

Étudiant puis professeur à Oxford, Guillaume d’Occam est sommé, en 1324, de se rendre en Avignon, où siège alors la papauté, pour se justifier de positions jugées hérétiques. Au cours de son séjour, il s’oppose de nouveau au pape Jean XXII (1316-1334), d’abord dans le cadre du conflit qui surgit entre ce dernier et l’ordre des Franciscains auquel il appartient, puis dans le cadre de l’élection à la tête du Saint Empire, qui se fait au profit du roi Louis IV de Bavière contre le candidat officiel du pape. Excommunié en 1330, Occam s’installe à la cour de Bavière, où il se consacre entièrement à ses écrits.

Dans ses Huit Questions à propos de l'autorité pontificale (1339-1342), Occam reste sur des positions doctrinales rebelles. Il ne reconnaît au pape qu’une fonction spirituelle et lui refuse la plenitudo potestatis en vertu de laquelle il a tout pouvoir dans l’administration de l’Église. Il regarde l'Église elle-même comme une fédération d'Églises nationales et distingue radicalement le pouvoir religieux du pouvoir séculier. Il récuse l'infaillibilité du Concile général et affirme que c'est à l'Université qu'il appartient de trancher les questions importantes, y compris en matière de foi.

Le nominalisme avant la lettre

La principale œuvre philosophique de Guillaume d'Occam, le Commentaire sur les sentences de Pierre Lombard (1318-1320), est l'exposé le plus célèbre de la doctrine qui sera appelée « nominaliste » et selon laquelle les mots ne désignent que nos représentations. Occam y conteste en effet les « universaux » (concepts universels et abstraits tels que l’« humanité »), qui, selon lui, n'ont d'existence que dans l'esprit, mais pas dans la réalité. Seul l'individuel concret existe. Dès lors, la science ne saurait prétendre à aucune prise sur le réel ; elle n'est qu’assemblage de concepts, de mots (nomina), qui sont de pures conventions. La connaissance ne résulte pas, comme dans la philosophie scolastique, d'un jugement de séparation ou d'abstraction du réel, aboutissant à reconnaître des degrés d'être, mais d'une intuition qui n'est fondée sur rien d'autre que sur la position autonome de l'esprit.

La pensée d’Occam s'accompagne du risque d'un extrême agnosticisme : elle revient à nier les preuves classiques de l'existence de Dieu et le bien-fondé de la distinction entre l'essence de Dieu et les attributs de Dieu. En termes de théologie, Occam est « fidéiste », c'est-à- dire qu'il suspend toute chose, bien plus radicalement encore que Duns Scot, à la volonté divine. Puisque les universaux n'offrent aucune prise sur le réel, seule la révélation permet de connaître l'ordre de la création. De même dépendent de Dieu seul la prédestination et la foi des individus.

La postérité intellectuelle d’Occam

Un des principes de l'école nominaliste s'exprime ainsi : Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem (« Les êtres [les choses essentielles] ne sont pas multipliables sans nécessité »). Ce principe, dit « de parcimonie » ou « d’économie » parce qu’il exclut la multiplication des démonstrations à l’intérieur d’une construction logique, est aussi connu sous le nom de « rasoir d'Occam ». Il est un de ceux qui président à la logique moderne et sera repris en 1912 par Bertrand Russell en ces termes : « Il ne faut pas multiplier les essences sauf nécessité. »

Les théories d'Occam ne furent jamais censurées par la papauté, mais elles le furent par l’Université de Paris. C'est là, cependant, que le nominalisme se développa et que son précurseur trouva ses plus célèbres disciples : Jean Buridan, Pierre d'Ailly, Jean de Gerson. Par Gabriel Biel (vers 1418-1495), qui distingue rigoureusement la foi et la raison, et qui fut le maître à penser de Luther, le nominalisme d'Occam a préparé la voie à la doctrine luthérienne de la justification par la foi seule.