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Marguerite Donnadieu, dite Marguerite Duras

Marguerite Duras
Marguerite Duras

Femme de lettres et cinéaste française (Gia Dinh, Viêt Nam, 1914-Paris 1996).

Figure majeure de la littérature du xxe siècle, Marguerite Duras cultiva dans son œuvre romanesque et théâtrale une esthétique du mystère. Elle s'illustra également dans le cinéma, qu'elle considérait comme le « lieu idéal de la parole ».

De l'Indochine à la rue Saint-Benoît

Née en Cochinchine française, Marguerite Donnadieu a pour père un professeur de mathématiques, qui meurt très jeune, et pour mère une institutrice. En 1928, cette dernière achète une petite concession en Indochine, mais elle est trompée par l'administration coloniale : la terre se révèle incultivable, ce qui cause la ruine de la famille. Cette expérience, ainsi que les rapports passionnés que la jeune fille entretient avec sa mère (l'essentiel de l'affection maternelle allant aux deux frères plus âgés), seront déterminants dans son œuvre à venir.

À 18 ans, Marguerite Donnadieu quitte l'Indochine et s'installe à Paris pour y finir ses études de droit et de sciences politiques. Elle rencontre l'écrivain Robert Antelme avec qui elle se marie en 1939. C'est pendant la Seconde Guerre mondiale que, sous le pseudonyme de Duras (du nom du village où se trouve la maison paternelle dans le Lot-et-Garonne), elle publie ses premiers romans (les Impudents, 1943 ; la Vie tranquille, 1944). Durant ces années, son activité clandestine de résistante l'amène à se rapprocher du Parti communiste français. Parallèlement, elle noue des relations avec plusieurs intellectuels, parmi lesquels Bataille, Blanchot et Dionys Mascolo (1916-1997), qui devient son compagnon après son divorce en 1947. Son appartement de la rue Saint-Benoît devient le lieu privilégié de ces rencontres.

En 1950, Duras publie Un barrage contre le Pacifique (films de René Clément en 1958 et de Rithy Panh en 2009) et, en 1952, le Marin de Gibraltar (les Cahiers de la guerre et autres textes publiés en 2006 témoignent de cette période d'écriture). Un an plus tard, Duras s'oriente vers une esthétique plus novatrice avec les Petits Chevaux de Tarquinia, roman dans lequel une syntaxe disloquée et une ponctuation inhabituelle privilégient un récit discontinu, au détriment de la progression de l'intrigue et du recours à la psychologie.

L'écriture de l'ellipse

Dès 1955, avec le Square, Duras se lance également dans le théâtre. Les Viaducs de la Seine-et-Oise (1959), Des journées entières dans les arbres (1965), l'Amante anglaise (1968) et Savannah Bay (1982), plus particulièrement, confirmeront son attrait pour le genre. Toutefois, c'est le récit Moderato cantabile en 1958 (film de Peter Brook en 1960 [voir Moderato cantabile]) qui marque le tournant de l'œuvre de Duras. La narration se renouvelle : les événements se raréfient et les dialogues, inspirés par le plus banal des quotidiens, accèdent au premier plan. L'écriture s'oriente vers une prose elliptique, épurée, entrecoupée de gestes ébauchés et d'échanges muets. Avec ce « roman de l'échec du roman », Duras connaît la notoriété. C'est l'époque où Robbe-Grillet la convie à se joindre au mouvement du nouveau roman.

Au cours des années suivantes, Duras fait paraître plusieurs livres majeurs, dont le Ravissement de Lol V. Stein (1964) et le Vice-consul (1965), où perce sa fascination pour les milieux diplomatiques. Focalisée sur l'absence et la vacuité, son œuvre fait alors émerger des êtres fantomatiques hantés par l'abandon et la folie.

Le langage des images

En 1959, Alain Resnais lui ayant commandé un scénario, Duras avait écrit les dialogues d'Hiroshima mon amour. Le film avait été la révélation du Festival de Cannes en 1960. Après l'expérience réussie avec Resnais, parallèlement à son œuvre romanesque et théâtrale, Duras se tournera également vers le cinéma. Scénariste d'Une aussi longue absence (Henri Colpi [1921-2006], 1961), elle réalise notamment la Musica (1966), Détruire, dit-elle (1969), Nathalie Granger (1972), la Femme du Gange (1973), India Song (1975), Son nom de Venise dans Calcutta désert (1976) et le Camion (1977). Duras cinéaste s'efforce aussi de faire disparaître la frontière entre les genres : Jaune le soleil (1971) est la version filmée du roman Abahn, Sabana, David (1970) ; avant d'être porté à l'écran, le Navire Night (1978) avait existé à l'état de nouvelle ; Agatha est d'abord un roman, qui devient un film (Agatha et les lectures illimitées, 1981). Dans toutes ces œuvres, la force incantatoire des voix se mêle à la lenteur ritualisée des images, aboutissant à un style fascinant qui entretient une atmosphère de mort et de beauté.

Au début des années 1980, dépendante de l'alcool, Duras alterne cures de désintoxication, périodes d'abstinence et rechutes. Elle prend pour compagnon Yann Lemée (né en 1952) – à qui elle donne le nom de Yann Andréa, confirmant ainsi son goût pour les patronymes à consonance évocatrice. Faute de maîtriser sa main tremblante, elle lui dicte la Maladie de la mort (1982).

L'océan destructeur, le cataclysme atomique, auxquels s'ajoutent les ruines des souvenirs autobiographiques – l'Amant (1984 ; adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud en 1991 [voir l'Amant]) qui connaît un succès mondial ; l'Amant de la Chine du Nord (1991) –, finissent de faire de l'œuvre de Duras le miroir d'un chaos fondamental. Cette dernière s'éteint dans son appartement de la rue Saint-Benoît, à près de 82 ans.

L'épreuve de la Libération

En 1943, Marguerite Duras – en compagnie de son mari Robert Antelme et de Dionys Mascolo – rejoignit le réseau de la Résistance dirigé par François Mitterrand (connu sous le nom de guerre de Jacques Morland). Le 1er juin 1944, son groupe tomba dans une embuscade. Secourue par Mitterrand, Duras parvint à s'échapper. Mais son mari, arrêté par la Gestapo, fut déporté au camp de concentration de Buchenwald, puis à celui de Dachau.

Marguerite Duras dut attendre la Libération avant de revoir Robert Antelme. Mascolo et Mitterrand, partis chercher leur compagnon en Allemagne, organisèrent son retour en France. C'est un homme moribond, amaigri par des mois de détention et malade du typhus que son épouse accueillit à la gare d'Orsay à Paris. Duras fit de ces heures sombres un récit poignant dans la Douleur (1985).