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Émile Chartier, dit Alain

Alain
Alain

Philosophe français (Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951).

Penseur dans la plus pure tradition socratique, Alain se rattache au courant rationaliste né avec Descartes. Tant par son action de pédagogue, prolongée par d’éminents disciples, que par ses Propos, qui sont œuvre à la fois de moraliste et d’esthète, il a exercé une forte influence sur le mouvement des idées au xxe s.

Un idéaliste républicain

Fils de vétérinaire, le jeune Émile Chartier se voue à la philosophie après avoir suivi les cours de Jules Lagneau à Paris. Élève de l’École normale supérieure, il passe l’agrégation et commence en 1892 une carrière de professeur qui le mène au lycée Corneille de Rouen puis au lycée Henri-IV de Paris, où il est professeur de rhétorique supérieure de 1909 à 1934. Il y a comme élèves de futurs grands noms de la pensée, entre autres Raymond Aron, Georges Canguilhem et Simone Weil. Entre-temps, il a fait l’expérience du journalisme en collaborant à la Dépêche de Rouen et de Normandie à partir de 1903. Sous le nom d’Alain, il y lance la formule des Propos, d’abord hebdomadaires puis quotidiens, qui paraîtront ensuite dans la Nouvelle Revue française avant d’être réunis en volumes : Propos (1908-1920), Système des beaux-arts (1920 ; édition augmentée en 1926), Propos sur l’esthétique (1923), Souvenirs concernant Jules Lagneau (1925), Propos sur le bonheur (id.), Propos sur l’éducation (1932), Idées (id.), Propos sur la littérature (1934), Propos de politique (id.), les Dieux (id.), Propos d’économique (1935), Histoire de mes pensées (1936), Vigiles de l’esprit (1942).

Radical par tempérament, qui se range avec ardeur du côté des dreyfusards, Alain est aussi pacifiste par conviction. Par devoir, cependant, il prend part à la Première Guerre mondiale dans l’artillerie – alors qu’il est âgé de 46 ans lorsqu’elle éclate. C’est au cours de cette période passée sous les drapeaux qu’il se met à la rédaction de plusieurs ouvrages, dont font partie les Quatre-Vingt-Un Chapitres sur l’esprit et les passions – qui paraîtront en 1917 et seront refondus en 1941 sous le titre Éléments de philosophie –, de même que son célèbre pamphlet Mars, ou la Guerre jugée (1921), une pièce, le Roi Pot, et les Vingt et Une Scènes de comédie, dont la publication sera posthume.

Démobilisé en 1917 après une grave blessure à un pied, Alain s’installe au Vésinet. Il se consacre alors à d’autres livres importants – les Dieux étant à ses yeux le meilleur de tous – et à des commentaires de poèmes de Paul Valéry (1929 et 1936). Conscient de la menace d’une nouvelle guerre dès le début des années 1930, il anime, avec le physicien Paul Langevin et l’anthropologue Paul Rivet, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Victime d’une attaque cérébrale en 1936, il finit sa vie en fauteuil roulant.

Un fervent humaniste

Nombre de lycéens ont eu et auront encore à disserter sur les citations d’Alain, qui se prêtent au déclenchement de la réflexion philosophique. Son œuvre, abondante et variée, s’ordonne autour des deux thèmes majeurs que sont la perception et les passions. Par le premier, hérité de Jules Lagneau, Alain est le continuateur d’une tradition philosophique toujours vivante : rationaliste, il accorde une importance décisive au jugement, qui libère des apparences subjectives de la sensation ; le monde objectif est alors un ensemble de relations nécessaires conçues par l’entendement. Par le second, en revanche, il apparaît comme le représentant d’un courant critique qui refuse l’apport des sciences humaines en psychologie et qui, à ce titre, récuse l’inconscient freudien.

Dans le domaine politique, ses vues sont celles d’un homme du juste milieu qui défend la liberté de l’individu contre les séductions de la puissance et la responsabilité du citoyen contre toutes les formes de tyrannie (le Citoyen contre les pouvoirs, 1926). Son esthétique est celle d’un esprit nourri de la tradition (parmi ses contemporains, il ne reconnaît guère que Paul Claudel et Paul Valéry) et de la fidélité à quelques livres (en tête desquels la Chartreuse de Parme, qu’il prétendait avoir lu cinquante fois).

Alain apparaît comme l’un des représentants de la tradition rationaliste qui ne désespère jamais de la valeur civilisatrice de la raison.