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Science qui a pour objet la description et l'explication de l'aspect actuel, naturel et humain, de la surface de la Terre. (Abréviation familière : géo.)
Géographie culturelle, prise en compte par la géographie des faits de culture.
Géographie historique, étude géographique de sociétés révolues.
Géographie humaine, étude géographique des sociétés.
Géographie physique, ensemble de la géographie qui étudie le milieu naturel (géomorphologie, climatologie, hydrologie, biogéographie [végétale], avec parfois la pédologie) dans l'espace des sociétés.
Géographie politique, étude des relations entre le politique et l'espace géographique.
Géographie régionale, étude de géographie physique, humaine et économique d'un espace (région) bien délimité.
Géographie rurale, étude géographique des campagnes.
Géographie de la santé, étude géographique des disparités spatiales de la santé des populations et de leurs dynamiques.
Géographie sociale, étude géographique des sociétés sous un angle sociologique.
Géographie ou analyse spatiale, partie de la géographie qui vise à formaliser les configurations et les propriétés de l'espace des sociétés, conçu comme l'ensemble des interactions horizontales entre les lieux.
Géographie du tourisme, étude géographique des pratiques, les acteurs et les espaces qui participent aux déplacements des personnes hors de leurs territoires quotidiens pour leur seul agrément.
Géographie urbaine, étude géographique des villes et, plus précisément, étude de la dimension géographique de l'urbain.

Toutes les sociétés ont construit une pensée de leur situation dans le monde et présentent une cosmogonie qui est en même temps un grand récit des origines. La tradition occidentale distingue nettement l'espace et le temps et l'exprime sous forme de géographie et d'histoire. En fait, toutes les sociétés tiennent sur elles-mêmes un discours qui inclut une description de ce qu'elles pensent être le monde, l'ici et l'ailleurs, donc une « géographie ». Il y a alors quelque aveuglement à réduire la genèse de la science géographique contemporaine à ses seules racines grecques. Certes, le terme même, signifiant littéralement « écriture de la Terre » ou « description de la Terre », est grec, mais le discours sur le vaste monde et le souci de penser l'espace pratiqué se retrouvent chez tous les autres peuples, à commencer par ceux dont les Grecs sont les héritiers directs, les Mésopotamiens et les Égyptiens.
Les Polynésiens ont navigué dans l'océan Pacifique et ont produit une pensée de cet immense espace. On conserve des cartes faites de tiges de bois et de coquillages qu'ils ont dressées pour organiser leurs déplacements. L'empire Inca, le Tahuantinsuyu, le « pays des quatre quartiers », en quechua, a organisé son territoire, tressé de routes de montagnes, soigneusement entretenues et ponctuées de forts et de greniers, et il a produit une image mentale et graphique de cette organisation. On pourrait multiplier les exemples, ne serait-ce que celui de la Chine dont la tradition cartographique remonte au premier millénaire avant J.-C. Toutes les sociétés, mais nous ne le savons que dans la mesure où nous en avons gardé des traces, ont transformé en « territoire » une portion plus ou moins étendue de la surface terrestre, l'ont aménagé et pensé. Bien souvent, cette pratique géographique était transcrite non seulement par des mots, mais également sous des formes graphiques que l'on peut nommer cartes, même si leur conception nous déroute parfois aujourd'hui. On peut considérer ainsi que le plus vieux document connu d'aménagement du territoire est le « cadastre de Bedolina » (une gravure néolithique dans une haute vallée des Alpes italiennes montrant la partition d'une petite plaine en champs).
Le discours géographique incarne simultanément ces deux pratiques sociales : la description du vaste monde, de l'au-delà de l'horizon, et l'action sur le territoire, sa gestion et sa représentation. Ces soucis de l'ailleurs et de l'ici se présentent souvent déconnectés l'un de l'autre, dans la cosmogonie et le mythe, d'une part, dans les règles du jeu social, le droit, la pratique économique et les formes de la parenté, d'autre part. On peut considérer qu'il y a élaboration d'un savoir géographique autonome quand les deux se rejoignent. C'est ce qui s'est produit aux XVe et XVIe s., au début de l'expansion européenne. Alors, les outils nécessaires de la pensée des itinéraires, en particulier celle des routes maritimes, exprimées sous forme de guides pratiques et les portulans, se sont conjugués avec la géographie astronomique pour fonder la cartographie et la description moderne du Monde, la géographie telle que nous la connaissons.
Pour cela, effectivement, les Européens ont utilisé le patrimoine de la pensée grecque, que les géographes arabes avaient conservé et fait fructifier. Le principal ancêtre est alors Claude Ptolémée dont la Géographie permet de concevoir la Terre comme un globe et d'en tenter la mesure et la représentation. Ce grand savant du IIe s., qu'on peut qualifier de mathématicien ou d'astronome tout autant que de géographe, a synthétisé des siècles de travaux sur la mesure de la Terre et l'estimation de sa forme, en particulier ceux d'Ératosthène, qui fut le premier à évaluer sérieusement la longueur de la circonférence terrestre au début du IIe s. avant J.-C.
Parmi les textes de l'Antiquité où les géographes se sont trouvé des racines, il y a aussi les récits de voyages, les descriptions d'autres peuples et d'autres contrées. Hérodote (Ve s. avant J.-C.), qui peut tout aussi bien être revendiqué par les anthropologues et les historiens, a fourni une description du monde connu (des Grecs) qui a représenté longtemps, jusqu'au XVIIIe s., le modèle et la source de la pensée des autres. D'autres voyageurs de l'Antiquité, Strabon en particulier, puis des voyageurs arabes (Ibn Khaldun, Ibn Battuta) ont enrichi ce patrimoine que les Européens prolongeront avec les Grandes Découvertes. Inventaire cartographique du Monde et description explicative des terres lointaines évoluent plutôt séparément, mais concourent pour permettre aux Européens de coloniser le monde. Les planisphères, dont les choix conventionnels sont devenus familiers, donnent à voir de façon de plus en plus précise le Monde ; les acteurs clefs en sont les cartographes anversois de la seconde moitié du XVIe s., Ortelius et Mercator (à qui nous devons le terme d'atlas) en tout premier lieu.
Si la géographie apparaît ainsi consubstantielle à l'expansion européenne, elle ne peut faire oublier le développement d'une autre pratique, tout aussi géographique, dans la lignée de la gestion de son propre territoire, qui est liée à l'émergence dans l'Europe même de l'État-nation. De la cartographie essentiellement maritime des Flamands qui pensent à l'échelle du monde, se distingue le travail à plus grande échelle (au sens technique du terme, c'est-à-dire la cartographie de plus petits espaces) dont la France fut le laboratoire à partir de Louis XIV. L'État français fut en effet, même s'il n'était pas unique, le prototype d'une forme nouvelle de territoire : l'État-nation. Tracer une frontière linéaire et la corseter de fortifications (Vauban), gérer le plus précisément possible les terres et les hommes, contrôler le local pour le soumettre au national, suppose de disposer d'un instrument cartographique précis et général. À cette levée systématique du territoire national, durant tout le XVIIIe s., reste attaché le nom des Cassini. Le Service Géographique de l'Armée, en charge de la carte d'état-major, puis l'Institut Géographique National ont poursuivi la même œuvre. Dans un tout autre parcours historique, mais dans un même contexte de société structurée par un État fort, la Chine dispose d'une très ancienne tradition géographique nationale.
La préoccupation de la maîtrise de son propre domaine s'était d'abord traduite, en Europe, par l'effort de représentation de l'ensemble du pays, par la volonté d'en dresser le portrait. Les premières cartes nationales, dont les cartes de France, ont été réalisées au XVIe s. et sont devenues un instrument indispensable de la formation des élites à partir du XVIIe s. ; la peinture du Siècle d'or hollandais, celle de Vermeer en particulier, présente de nombreuses mises en scène de cartes des Pays-Bas. Ces cartes sont devenues familières dans de plus larges couches de la société à partir de la fin du XVIIIe s., moment où s'instituent les cartes murales pour les écoles. L'effort est cependant différencié selon l'importance que prend l'image du territoire dans la production du lien national : modeste en Angleterre, centrale en France. Il s'ensuit, au cours du XIXe s., une institutionnalisation de la géographie par le système éducatif qui prend des formes variables selon les pays, mais débouche généralement sur l'invention d'une discipline géographique, qui écrit sa propre histoire et utilise, dans les héritages qui viennent d'être évoqués, ceux qui lui permettent de s'ancrer dans la très longue durée.
Cette création institutionnelle s'inscrit dans le vaste mouvement de construction des sciences dans l'Europe des XVIIIe et XIXe s., caractérisée par l'effort de rationalisation encyclopédique du savoir sur le monde que les nations européennes sont justement en train de coloniser. C'est l'époque des grands voyages d'exploration systématique pour combler tous les blancs du planisphère. Progressivement le voyageur encyclopédiste, dont Humboldt est le plus fameux, se transforme en scientifique universitaire professionnel et spécialisé. Les sociétés de géographie qui représentent la période des amateurs éclairés deviennent à la fin du XIXe s. des institutions marginales ou se transforment en maisons d'édition (la National Geographic Society a été fondée aux États-Unis en 1888). Mais la grande popularité de la géographie au moment de la saisie du monde par l'Europe (que représente en France Élisée Reclus), lui permet d'entrer à l'école et de devenir une discipline universitaire. De ce changement de statut social, découle l'invention d'un discours nouveau, sans rupture radicale avec le récit de voyage antérieur, mais qui lui permet de se distinguer des disciplines proches (économie, histoire, sociologie, géologie…). Des « pères fondateurs », comme Ratzel pour la géographie allemande et Vidal de la Blache en France, représentent ainsi l'origine d'écoles géographiques nationales dont les identités sont restées nettes jusqu'à la seconde moitié du XXe s. La caractéristique générale qui a permis aux géographes universitaires d'affirmer leur spécificité fut leur positionnement à la charnière des sciences de la nature et de celles des sociétés. L'école française, centrée sur la notion de région, connut, durant la première moitié du XXe s., un grand prestige international et eut de l'influence sur d'autres disciplines, l'histoire en particulier, avec le courant des Annales (la géohistoire de Braudel).
Cette démarche qui découle de l'effort de connaissance encyclopédique des lieux du monde (dont Pierre Larousse représente une grande figure au XIXe s.), passé au filtre de la nécessité de donner corps aux identités nationales, est mise en porte à faux au milieu du XXe s. par les évolutions des sociétés. La logique centrale de cette géographie, maintenant appelée « classique », a consisté à prendre comme des ensembles cohérents, des espaces identifiés, des États, des régions, des petits « pays », dans leurs dimensions à la fois naturelles et humaines. On qualifie ainsi rétrospectivement cette géographie d'organiciste : la géographie régionale étudie des êtres vivants et les géographies générales, humaine et physique, ne sont que les étapes préalables à cette synthèse. Une telle conception de la géographie, en phase avec l'Europe des nations d'avant 1914, est devenue progressivement obsolète dans le contexte d'ouverture internationale, de décolonisation, puis de mondialisation de la seconde moitié du XXe s. D'autant plus que les études régionales classiques décrivaient plus les identités géographiques dans un espace rural pétri de contraintes naturelles que dans les zones vouées à l'industrie ou dans les villes. La place donnée à la géographie physique (de Martonne), à la fois par son importance et par sa prééminence dans les démarches, s'inscrivait dans une telle logique.
Inversement, la géographie de la seconde moitié du XXe s. a mis en avant les études urbaines, les logiques de réseaux et, plus généralement, la régularité, la banalité, plutôt que la spécificité, l'identité. L'espace (géographique) devient le concept clef. C'est dans les nations dont l'identité avait le moins une dimension territoriale, là où l'urbanisation et l'industrialisation étaient les plus anciennes et les plus profondes, que cette transformation de la géographie s'est d'abord produite. En France au contraire, haut lieu de la géographie « classique », l'évolution a été plus tardive. En Allemagne d'abord, avec Christaller (1893-1969) et Lösch (1906-1945), puis aux États-Unis (Gilbert White, Peter Gould, Brian Berry), au Royaume-Uni (Peter Haggett, David Harvey), en Suède (Torsen Hägerstrand), s'est développée une géographie soucieuse de modélisation, de régularité, de formalisation statistique. Elle ne s'est imposée en France que dans les années 1970 (Roger Brunet, Paul Claval). Cette démarche rapproche la géographie de l'économie spatiale, dont Von Thünen (1783-1850) fait figure de grand ancêtre, et influence également l'archéologie.
Cependant, cette évolution a été parfois critiquée comme « scientiste », parce qu'elle laisse de côté le caractère unique des lieux terrestres pour mettre l'accent sur les logiques de leur situation et de leur production. Si elle n'était pas contradictoire avec l'ambition encyclopédique fondatrice et si elle représentait une contribution notable à la connaissance des sociétés, elle tournait le dos à la compréhension de l'identité propre de chaque territoire et à sa transmission. Se sont donc presque simultanément développés des courants de géographie concernés par l'espace vécu (Armand Frémont), les représentations sociales, les racines historiques, les manières de vivre dans les différentes cultures (Yi Fu Tuan), selon les sexes et les genres (Doreen Massey) ou les positions sociales, etc. Cette géographie est souvent qualifiée d'humaniste ou de sociale, voire de postmoderne.
La géographie développée depuis la fin des années 1970, en réaction contre l'effort de rationalisation de l'analyse spatiale, se comprend dans la prise de conscience de la mondialisation qui affecte l'ensemble des sociétés vers 1980 (chocs pétroliers, émergence économiques des pays de l'Asie-Pacifique, effacement de l'opposition Est/Ouest et, dans le domaine des sciences sociales, fin des grandes perspectives englobantes comme le marxisme et le structuralisme). L'évidence du changement rapide du monde, de sa présence visible dans la vie quotidienne de chacun, donne une nouvelle jeunesse aux réflexions internationales : on retrouve le terme de « géopolitique » débarrassé de sa sulfureuse connotation de science national-socialiste. La nouvelle géopolitique, particulièrement dynamique en France (Yves Lacoste), s'articule avec un renouveau de la géographie culturelle et de la géographie historique. Le maître mot de l'ensemble de ces démarches est « territoire », en opposition avec le terme « espace », concept clef de la géographie modélisatrice.
Il ne faudrait pas, cependant, percevoir l'évolution de la science géographique comme une succession de périodes où chaque nouvelle perspective éliminerait les précédentes : la géographie des territoires enterrant l'analyse spatiale qui avait précédemment renvoyé au passé l'étude des régions comme milieux des sociétés. Il subsiste une géographie descriptive portée par une demande croissante d'information factuelle sur les lieux du monde. Perdure également une géographie destinée à faire connaître le territoire dans lequel on vit. En corollaire, se maintient une analyse de l'espace dynamique, qui ne cesse de se renouveler sous l'effet des évolutions technologiques : explosion des systèmes d'information géographique (les S.I.G. qui gèrent et combinent de grosses bases de données cartographiques) et des systèmes multi-agents (qui permettent des simulations complexes des comportements géographiques), de la télédétection, ainsi que plus à la portée de tous, des GPS, des cartes et images satellites disponibles sur Internet.
Au début du XXIe s., il n'est plus possible d'opposer systématiques les deux façons de faire de la géographie de la fin du siècle précédent : l'approche modélisatrice, quantitativiste, centrée sur la régularité, et l'approche humaniste, sociale, centrée sur la spécificité. Même si beaucoup de géographes contemporains peuvent être rattachés à l'une ou à l'autre démarche, les interrelations se sont multipliées, suscitant plutôt des fécondations croisées que des querelles théoriques. D'autant plus que les métiers du géographe ont profondément changé. Le souci de l'aménagement territorial, largement étatique après la seconde Guerre Mondiale, relève beaucoup plus désormais des collectivités locales, créant ainsi de nouveaux débouchés. L'évolution rapide des outillages, le développement des systèmes d'information géographique (S.I.G.) et de la télédétection en particulier, accompagnent la croissance de cette demande sociale. Enfin, la montée des inquiétudes environnementales a profondément transformé la géographie physique, qui s'est éloignée de sa fonction de description des contraintes naturelles dans le cadre d'entités régionales, dopée par les demandes de prise en compte de la dimension environnementale des aménagements locaux. Le développement durable est devenu un horizon pour une géographie du milieu naturel de moins en moins qualifiée de « physique » et de plus en plus « d'environnementale ».
La géographie n'est plus la description du monde par des explorateurs, acteurs d'une Europe conquérante ; elle n'est plus guère non plus celle des enseignants magnifiant les territoires nationaux et régionaux. Mais elle contribue beaucoup plus à rendre habitable la Terre, la maison de l'humanité.

L'étude des faits culturels (lieux de production et de manifestation artistique, musées, variation spatiale des pratiques…) est relativement récente dans la géographie. Inversement, l'étude des pratiques culturelles au sens anthropologique (formes de parenté, de mœurs…) est plus ancienne, en particulier dans les années 1930, par l'école de Berkeley (Carl O. Sauer). La fin du XXe s. voit un intérêt croissant des géographes pour la dimension immatérielle des sociétés : on parle alors de géographie humaniste aux États-Unis (Yi Fu Tuan), de géographie sociale en France ; ces courants rapprochent la géographie des études phénoménologiques, de l'ethnologie et de la sociologie des représentations, se distinguant ainsi des approches environnementaliste et spatialiste.

Bien qu'en France l'association scolaire avec l'histoire tende à un partage des tâches entre études du passé et du présent, les méthodes de la géographie sont pertinentes pour analyser des sociétés disparues ou des états révolus de sociétés actuelles, ce que donnent à voir les atlas historiques. Aujourd'hui, en croisant les réflexions sur les temporalités et sur les espaces des sociétés, on tente de comprendre les permanences et les dynamiques sociales en interaction avec leur géographie. Cet effort est appelé, selon le mot de Fernand Braudel, la géohistoire.

L'expression « géographie humaine » peut être à bon droit considérée aujourd'hui comme un pléonasme. Ce sous-ensemble traditionnel de la géographie pouvait naguère être compris comme l'ensemble de la discipline en dehors de la géographie physique. Depuis la seconde moitié du XXe s., la géographie s'est nettement ancrée dans le champ des sciences sociales, y compris par sa composante environnementale.

Il rassemble sous une même étiquette, complémentaire de « géographie humaine », la géomorphologie, la climatologie, la biogéographie et l'hydrologie. On y ajoute parfois la pédologie. Aujourd'hui, plus que de « géographie physique », on parle de « géographie environnementale ». Cette évolution traduit un double mouvement : d'une part les différentes composantes (géomorphologique, biogéographique, etc.) sont de plus en plus considérées comme formant un même système, d'autre part l'étude du milieu ne se comprend qu'en interaction avec la société qui l'occupe et le produit (d'où l'accent mis sur les notions de risque, de contrainte écologique, de développement durable, etc.).

Il faut aujourd'hui entendre le politique au sens large (ensemble de la régulation collective d'une société), alors que longtemps la géographie politique a désigné la seule étude des comportements et des organisations politiques, en particulier des résultats électoraux (André Siegfried) et la géopolitique l'analyse des relations inter-sociétales (internationales dans le monde contemporain). Dans ce contexte traditionnel, une « carte politique » désigne la représentation des limites administratives, à commencer par les frontières d'État. Aujourd'hui, dans le contexte de mondialisation, géographie politique et géopolitique tendent de plus en plus à se confondre.

La géographie régionale regroupe les études qui s'intéressent à tous les aspects d'une portion délimitée de l'espace humain. Elle représente le complément de la géographie générale qui, elle, ne s'intéresse qu'à un aspect géographique particulier mais au niveau de l'ensemble du monde (on parle plutôt aujourd'hui de « géographie thématique »). L'approche régionale s'intéresse à des entités géographiques singulières (nations, communautés, « pays », aires culturelles, etc.) et représente donc l'approche du singulier, du spécifique, de l'unique en géographie. Il existe néanmoins un effort scientifique pour construire une géographie générale des régions permettant de comprendre la genèse, le fonctionnement et la transformation de ces réalités géographiques particulières.

Il existe, en particulier dans la géographie française, une ancienne tradition d'étude des structures agraires et des morphologies des campagnes, sans que celles-ci aient été réduites à l'agriculture. Aujourd'hui, dans les pays riches, la notion même de campagne est largement vidée de son sens, la plupart des habitants des zones de faibles densités étant (ou ayant été) des actifs sans liens directs avec l'agriculture. On parle ainsi de péri-urbanisation et de rurbanisation. Dans ce cas, la géographie rurale a largement perdu de sa spécificité. En revanche, pour la géographie des pays pauvres où l'agriculture est encore essentielle, donc pour une très grande part de la population du monde, l'étude du rural reste encore largement pertinente.

Dans son sens le plus large, la géographie de la santé est celle des indicateurs sanitaires des différents lieux. Elle contribue ainsi aux indices de développement. Les modèles géographiques sont également efficaces pour comprendre la diffusion des maladies et des soins et les inégalités de leurs répartitions. Historiquement, la géographie et la médecine sont liées par les voyages de découvertes et leurs conséquences. Récemment, la géographie de la santé est devenue un secteur important de la recherche, à la fois comme analyse des facteurs environnementaux de l'état sanitaire et comme étude des inégalités spatiales des systèmes de santé.

Littéralement toute la géographe s'intéresse, directement ou indirectement, au social ; mais ce dernier terme prend souvent un sens restreint pour désigner ce qui n'est pas d'abord économique, voire politique, dans les relations entre les hommes. La plus ancienne utilisation connue de « géographie sociale » concernait l'œuvre d'Élisée Reclus et cette préoccupation reste présente dans toute la géographie française (Jean Brunhes). Mais c'est seulement dans les années 1980-1990 que s'autonomise un courant nommé « géographie sociale ». Dans le contexte de la fin des Trente Glorieuses, il s'intéresse à la géographie des « questions sociales » (chômage, logement, école, migrants, genres…). Marqué à l'origine par un héritage marxiste, il s'intéresse rapidement aux acteurs individuels et aux représentations collectives. Il se distinguait simultanément de la géographie classique et de l'analyse spatiale considérées toutes deux comme trop désocialisées. Aujourd'hui ces préoccupations se sont largement diffusées et il est devenu difficile de parler d'une géographie sociale autonome.

La volonté de mettre en forme le plus rigoureusement possible les structures et les systèmes géographiques se traduit par un effort systématique de modélisation. La rigueur pousse à quantifier autant que faire se peut les relations géographiques ; c'est pourquoi l'analyse spatiale est d'abord apparue sous la forme de « géographie quantitative ». Mais c'est la construction d'explications formalisées, de méthodes hypothético-déductives, de modèles qui est au cœur de ce versant de la géographie, le distinguant des approches plus compréhensives (géographies culturelle, sociale, historique). L'analyse spatiale recherche ainsi plus les récurrences que les irréductibles particularités.

Le tourisme suppose donc d'habiter, ne serait-ce qu'une nuit, hors de sa (ou de ses) résidence(s) habituelle(s), ce qui le distingue du loisir et fait sa définition officielle. Mais tous les déplacements ne sont pas touristiques (ils peuvent être d'affaire, de pèlerinage, médicaux…). Par la nécessité du déplacement dans sa logique même, le tourisme est une activité éminemment géographique ; son expansion dans le monde contemporain, liée à l'augmentation des niveaux de vie et de la durée de l'existence dans les pays riches, en fait un objet de plus en plus important de la géographie, qui tend parfois à le considérer comme le domaine expérimental des manières de vivre géographiques de demain (mobilité, multi-localisation, métissage des identités).

La vie urbaine contemporaine se présente de moins en moins sous la forme de la ville traditionnelle, habitat groupé de population majoritairement non agricole, mais par l'étalement et la dissolution de la limite avec la campagne. La géographie distingue nettement les études inter-urbaines, qui s'intéressent aux relations entre agglomérations (position relative des villes les unes par rapports aux autres, hiérarchie urbaine, spécialisations, etc.), et les études intra-urbaines, qui analysent la morphologie interne des villes (centralités, variations de densités internes, du bâti, des activités, divisions en quartiers, etc.). La géographie urbaine a été le domaine privilégié de l'analyse spatiale. Aujourd'hui, on s'intéresse de plus en plus aux images de la ville, aux représentations et aux pratiques qu'en ont les habitants.