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Samedi soir et dimanche matin

Saturday Night and Sunday Morning

Chronique sociale de Karel Reisz, avec Albert Finney (Arthur Seaton), Shirley Ann Field (Doreen Gretton), Rachel Roberts (Brenda), Hylda Baker (tante Ada), Norman Rossington (Bert).

  • Scénario : Alan Sillitoe, d'après son roman
  • Photographie : Freddie Francis
  • Décor : Ted Marshall
  • Musique : John Dankworth
  • Montage : Seth Holt
  • Production : Harry Saltzman, Tony Richardson (Woodfall Films)
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Date de sortie : 1960
  • Son : noir et blanc
  • Durée : 1 h 30
  • Prix : Grand Prix du festival de Mar del Plata 1961

Résumé

Au cœur du Pays noir, à Nottingham, Arthur Seaton jeune tourneur dans une usine de bicyclettes travaille avec acharnement pour se payer du bon temps, le week-end venu, et oublier la monotonie de son dur labeur. Chaque samedi soir, il se rend au pub, y retrouve sa maîtresse Brenda la femme du contremaître de l'équipe de nuit s'y saoule et termine la nuit chez elle. Le dimanche, avec son cousin, il va à la pêche au bord du canal et parle des filles, du mariage : « On se range et après on claque ». Première entorse au rituel hebdomadaire : la rencontre de la jolie Doreen. Premier ennui sérieux : la grossesse de Brenda. Avec son accord, il l'emmène chez sa tante « faiseuse d'anges » ; l'intervention échoue. Deux soldats amis du mari jaloux lui administrent une sévère correction. Désemparé, Arthur cède au charme dévoreur de Doreen et lui propose le mariage. Un jour, sur la colline surplombant la ville, ils font des projets. Parmi les habitations alignées, Doreen voit sa future maison avec salle de bains. Arthur, d'un geste rageur, lance sur ce paysage une pierre et un retentissant : « J'en jetterai d'autres encore ».

Commentaire

Un univers fermé

À l'époque où triomphent le Docteur Jivago, Lawrence d'Arabie, le Pont de la Rivière Kwai, quantité de James Bond et de films d'épouvante, la nouvelle société Woodfall Films – fondée par John Osborne et Tony Richardson – produit Samedi soir et dimanche matin – premier long métrage d'un membre actif du groupe « Free Cinema » et réalisateur inconnu du grand public. À l'étonnement général, le film est le plus grand succès commercial de l'année. Couronné par la British Film Academy Award, il reçoit le Grand Prix du festival de Mar del Plata. La critique internationale découvre l'existence du « Free Cinema ». En dehors des circuits tout-puissants de la Rank et de l'ABC, une nouvelle génération de cinéastes, reprenant à son compte la démarche de l'« école documentariste », jette sur l'Angleterre contemporaine un regard neuf, dérangeant et même irrespectueux.

Sur l'admirable scénario d'Alan Sillitoe, adapté de son propre roman, avec la complicité de l'opérateur Freddie Francis, Karel Reisz recrée l'environnement morne et lugubre des cités ouvrières des Midlands, sans pittoresque populiste et sans complaisance misérabiliste. Avec une grande tendresse pour son héros, il montre la transformation de la révolte d'un ouvrier de 23 ans en un combat solitaire : celui d'un non-aligné. Arthur Seaton flaire le piège du nouvel ordre économique et mesure l'illusoire séduction de la société de consommation : « Ne vous laissez pas broyer par ces gangsters ». À contre-courant, son refus traduit intuitivement la critique marcusienne de la « société fermée », anticipe le mouvement de 68 et le fameux slogan « métro, boulot, dodo ». Qu'est devenu, dans l'Angleterre thatchérienne, un homme de sa trempe ? Lui reste-t-il quelques pierres en réserve ?