L'un des grands partis britanniques.
À la fin du XVIIIe s., les « tories » prennent la tête du combat contre le jacobinisme et contre la France révolutionnaire. Ils sont au pouvoir de 1815 à 1832. Le terme « conservateur » fut officiellement substitué à celui de « tory » (qui demeure d'un usage courant) après la réforme électorale de 1832, réalisée contre ce parti et qui donne le pouvoir aux whigs.
Entre 1832 et 1914, le parti conservateur alternera au pouvoir avec le parti libéral.
Sir Robert Peel, premier leader des conservateurs, veut rajeunir autant que continuer le vieux torysme, en adjoignant à un parti dominé par l'aristocratie une aile urbaine et bourgeoise. Le libéralisme économique lui apparaît inévitable, sinon nécessaire ; il s'y convertit, tandis que la plupart des conservateurs restent fidèles au protectionnisme. D'où une scission entre les peelistes, qui finiront par rejoindre les libéraux, et la majorité du parti (George Bentinck, lord Derby).
À partir de 1845, Benjamin Disraeli et son groupe « jeune-Angleterre » entreprennent un patient travail de reconstruction du parti, atteint de sclérose. Attaquant le capitalisme égoïste des classes moyennes et cherchant à réconcilier la monarchie et l'Église avec le peuple, ils associent la défense de la classe ouvrière à celle des intérêts agricoles au nom de l'équilibre économique et social de la nation ; ils préconisent des réformes politiques et sociales hardies. Aussi prend forme ce « torysme progressiste » qui, dès lors, ne cessera plus de secouer les tendances « immobilistes » du parti. Enfin Disraeli redonne à l'Empire une place éminente dans le programme conservateur. L'attention se trouve d'ailleurs attirée vers les problèmes impériaux par l'apparition d'une menace intérieure, le nationalisme irlandais, et d'une menace extérieure, l'impérialisme des autres puissances. L'attachement à l'Empire, disloquant le parti rival, forme autour du parti conservateur la coalition unioniste, fortement influencée par la grande personnalité « radicale », Joseph Chamberlain. Celui-ci intéresse les conservateurs à son grand projet d'organisation économique impériale, d'ailleurs conforme à la tradition de leur parti. L'attachement de la population britannique au libre-échange entraîne pour l'unionisme la débâcle électorale de 1906. Le sens tactique de David Lloyd George porte bientôt un nouveau coup à la puissance conservatrice. La crise constitutionnelle savamment provoquée par le chef libéral, aboutit en 1911 au Parliament Act, qui brise la puissance politique des lords, traditionnelle citadelle tory.
La Première Guerre mondiale, par la réaction nationale qu'elle suscite et par l'exaltation qui suit la victoire, contribue à ramener au pouvoir le parti conservateur. Mais celui-ci, confronté à de redoutables problèmes internationaux et économiques, retourne à une attitude surtout défensive. Cependant, lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, il trouve en Winston Churchill une personnalité exceptionnellement forte et dont la succession sera assurée après la guerre par Antony Eden et Harold Macmillan.
Le Royaume-Uni sort du second conflit très éprouvé, et les souvenirs du marasme économique de l'entre-deux-guerres sont toujours vivaces ; aussi le besoin d'une reconstruction économique et sociale favorise-t-il les travaillistes qui reviennent au pouvoir en 1945. Cette défaite stimule le parti conservateur, où le « torysme progressiste », reprenant la direction du mouvement, entreprend d'organiser une « opposition constructive » capable de ranimer l'attachement des classes moyennes. L'hostilité de celles-ci envers une étatisation croissante, les peurs nées de la guerre froide favorisent aussi la renaissance conservatrice, qui s'affirme par les victoires électorales de 1951 et de 1959. La défaite de 1964 ne laisse qu'une marge de manœuvre réduite aux travaillistes.
Dirigé à partir de 1965 par Edward Heath, qui remplace Alexander Douglas-Home, le parti conservateur remporte les élections de 1970 : E. Heath succède à Harold Wilson comme Premier ministre. Mais son impuissance à enrayer la dégradation de la situation économique et sociale permet aux travaillistes de reprendre le pouvoir (1974-1979), tandis qu'il est supplanté à la tête du parti par le leader de l'aile « dure » du parti, Margaret Thatcher (1975). La défaite électorale des travaillistes (mai 1979) permet à celle-ci, devenue Premier ministre, de mettre en application avec beaucoup de fermeté le programme que son courant associe désormais aux tories : remise en cause de l'intervention de l'État (dénationalisations, coup d'arrêt au développement du Welfare State), attaque du « pouvoir syndical », politique de rigueur financière, opposition marquée à certains aspects du Marché commun, intransigeance à l'égard des revendications des prisonniers irlandais, membres de l'IRA. Lors des élections de juin 1983, organisées après la victoire des Falkland, les conservateurs obtiennent la majorité absolue. Ils la conservent aux élections de juin 1987. Cependant, le mécontentement suscité par la menace pesant sur les acquis du Welfare State, la politique européenne et surtout l'instauration de la poll tax sont à l'origine des sérieux revers subis par le parti aux élections européennes de 1989, où il est distancé par le parti travailliste. En outre, ces tensions aggravent la contestation, interne au sein de la formation.
Mise en ballottage au premier tour des élections à la présidence du parti en novembre 1990, M. Thatcher se retire. John Major, plus modéré, devient leader du parti et la remplace au poste de Premier ministre. Sous sa conduite, les conservateurs remportent une large victoire aux élections législatives d'avril 1992, obtenant pour la quatrième fois consécutive la majorité absolue au Parlement. Mais ce succès laisse rapidement la place à une impopularité croissante du gouvernement, liée aux difficultés économiques, aux divergences sur le dossier européen mais aussi à la persistance des dissensions au sein du parti et à une certaine crise morale (série de scandales touchant les personnalités tories). Aux élections européennes de 1994, les conservateurs connaissent une défaite cuisante face aux travaillistes. Après un nouvel échec aux élections locales de mai 1995, J. Major décide, pour neutraliser une fronde grandissante, de remettre en jeu devant les députés tories sa position à la tête du parti conservateur et du gouvernement ; sa large victoire, face à John Redwood, en juillet 1995 lui permet – au moins temporairement – de restabiliser le parti conservateur autour d'une ligne centriste. Désavoué par la population aux élections générales de 1997, le parti conservateur quitte le pouvoir qu'il occupait depuis dix-huit ans. J. Major démissionne.
Désormais dans l'opposition, les conservateurs élisent à leur tête William Hague, qui est chargé de redonner au parti unité, idées et popularité. Mais les travaillistes au pouvoir adoptent et réinterprètent une partie de l'héritage thatchérien en même temps qu'ils exercent leur emprise sur l'électorat du centre. Traumatisés par leur défaite, divisés entre modérés et radicaux, eurosceptiques et europhiles, et malmenés par les sondages, les conservateurs ne parviennent par à retrouver un nouvel élan. Ils échouent à reprendre les commandes du pays aux élections générales de 2001. W. Hague quitte alors à son tour la direction du parti.
Pour la première fois de son histoire, les militants élisent leur leader, en l'occurrence Iain Duncan Smith. Mais, la formation n'en finit pas de s'étioler : les divisions perdurent, la moyenne d'âge de ses membres s'élève dangereusement (près de 66 ans) ; de plus en plus replié sur ses bastions ruraux, le parti se coupe des réalités du terrain. Les conservateurs sont talonnés par les libéraux-démocrates, qui ne sont pas loin de leur contester le statut de principale formation d'opposition. En novembre 2003, à la suite de la démission de I. D. Smith, les tories se trouvent un nouveau leader plus charismatique en la personne de Michael Howard, grand orateur, ancien avocat, et ancien ministre sous M. Thatcher et J. Major. Mais les divisions internes et les intentions de vote des Britanniques malgré la baisse de popularité de Tony Blair ne laissent guère augurer d'une reconstruction et d'un regain de crédibilité rapides. Les consultations européennes et locales de juin 2004, où les conservateurs arrivent en tête, ne constituent en définitive qu'une demi-victoire : le succès (26,7 % des voix et 27 députés au Parlement de Strasbourg, et 38 % des voix, soit 51 sièges de conseillers) n'a rien d'écrasant ; empiété par la concurrence des libéraux démocrates au centre, et de l'indépendantiste anti-européen United Kingdom Independence Party (UKIP) à l'extrême droite, il équivaut davantage à une motion de défiance adressée au New Labour par les électeurs qu'à leur adhésion aux programmes et candidats tories.
Certes, lors des élections générales de 2005, le parti conservateur fait un score honorable avec 33,3 % des voix, soit presque autant que son concurrent travailliste, mais il n'obtient que 197 sièges (31 de plus qu'en 2001) et reste largement distancé par ce dernier aux Communes. Assumant l'échec, M. Howard annonce sa démission de la présidence. À la fin de l'année, les quelque 250 000 militants se choisissent un nouveau leader en la personne d'un député du centre droit de 38 ans, David Cameron, préféré au vétéran Malcolm Rifkind, à l'europhile Kenneth Clarke et au représentant de la droite traditionnelle David Davis. Ce quatrième changement à la tête du parti en huit ans fait le pari de la jeunesse, de l'image et, conséquemment, d'un prochain retour au pouvoir d'une formation considérée au XXe s. comme celle des « gouvernants naturels de la Grande-Bretagne ». Le nouveau leader rompt alors avec le discours néo-thatchérien (baisse des impôts et réduction drastique des services publics) toujours en vogue dans l'appareil, pour prôner une social-démocratie plus efficace. Cette opération de recentrage politique est payante : les multiples victoires des tories aux élections locales de mai 2005 et les sondages, qui les donnent désormais régulièrement gagnants lors de la prochaine consultation générale, attestent la popularité retrouvée du parti.
La démission de T. Blair et son remplacement à la tête du gouvernement par G. Brown en juin 2007 ne changent guère la donne : après une lune de miel de trois mois entre le nouveau Premier ministre et la population, les conservateurs reprennent l'avantage sur les travaillistes, et, profitant des maladresses de style comme des erreurs politiques du chef du gouvernement, engrangent les fruits électoraux de leur popularité : aux élections locales de mai 2008, avec 44 % des voix et le gain de plus de 250 sièges, dont ceux de la très symbolique capitale, ils infligent au Labour une cinglante défaite qui leur laisse entrevoir un prochain retour au pouvoir. Le regain de popularité que vaut au Premier ministre son action initiale contre la crise financière puis la sévère récession dans laquelle s'enfonce le pays à l'automne 2008 ne semble pas être de nature à menacer l'avance que les tories conservent dans les sondages. Certes, face à la tourmente bancaire, un temps inaudibles, ils donnent une troublante impression de désarroi et d'indécision ; mais au début de 2009, profitant de l'inquiétude générale et d'un mécontentement grandissant, ils reconquièrent leur capital de sympathie et consolident leur avance dans les enquêtes d'opinion en appelant à un nécessaire changement et en renouant avec certains des principes du thatchérisme (fiscalité allégée, limitation de la dépense publique, nationalisme).
Vainqueurs des élections européennes du 7 juin 2009, les conservateurs recueillent 27,5 % des suffrages, soit un total de 26 sièges (avec les apparentés) au Parlement de Strasbourg, cependant que les consultations locales qui se tiennent au même moment leur donnent également l'avantage, avec 35 % des voix et un gain net de 244 conseillers. Mais ces scores, en-deçà des précédents, montrent que les tories peinent toujours à convaincre le gros de l'opinion et en outre, malgré la prompte réaction de leur leader à sanctionner les coupables, ils s'avèrent eux aussi affectés par le scandale des notes de frais des parlementaires, qui discrédite alors l'ensemble de la classe politique britannique. La sortie d'affaires fiscales éclaboussant de grands pontes du parti à partir de la fin 2009 réduit sensiblement l'avance de la formation dans les sondages d'opinion, ouvrant par cela même les jeux pour les élections générales de mai 2010. De fait, celles-ci ne permettent pas aux conservateurs de disposer à eux seuls d'une majorité suffisante pour gouverner : avec 36,1 % des voix et 306 députés, ils arrivent certes largement en tête, mais ils doivent composer de façon inédite avec les libéraux-démocrates pour former un gouvernement de coalition, élaboré le 11 mai autour du tandem D. Cameron (Premier ministre) – Nick Clegg (vice-Premier ministre).
La situation catastrophique des finances publiques oblige le Premier ministre à engager une série de plans de rigueur drastique, prévoyant à la fois une réduction draconienne sur 5 ans des dépenses (allocations, programmes de redistribution, équipement, baisse des effectifs des fonctionnaires et des retraites) tout en cherchant à augmenter les recettes, dont la TVA, même si les entreprises privées demeurent épargnées – à l'exception des banques, soumises à contribution. Il accède toutefois à la demande des libéraux-démocrates de relever le seuil d'imposition, exonérant près d'un million de foyers, et de ne pas revenir sur l'augmentation de la tranche supérieure de 40 à 50 % prévue par G. Brown. Dans le même temps, il s'emploie à définir une « Big Society » destinée à limiter la portée de l'État-providence et remplacer les administrations publiques jugées défaillantes par des institutions mises en œuvre et gérées par les usagers. Cette politique, qui entend promouvoir une « austérité juste » parce que partagée et les concessions supplémentaires faites aux partenaires de la coalition à propos de l'UE (D. Cameron revient sur sa promesse de demander à Bruxelles le rapatriement des compétences communautaires déléguées, s'engage à tenir un référendum sur une révision du système électoral pour y instiller une dose de proportionnelle tout en faisant savoir qu'il s'y opposera comme son parti, et soutient un projet de mariage homosexuel) irritent l'aile droite de sa formation, mais permettent aux conservateurs de bénéficier d'une relative bonne image auprès de la population – et d'obtenir une sorte de blanc-seing lors des consultations locales de mai 2011, avec 35 % des voix, à peine moins que les opposition travailliste (37 %), quelques gains de conseillers territoriaux, et l'enterrement du projet de réforme du mode de scrutin. En définitive, les tories sortent de ce test renforcés, certes mollement, mais échappant à la vindicte populaire, qui s'est abattue sur leurs alliés libéraux.
Pour en savoir plus, voir l'article Grande-Bretagne.