Au demeurant, la part des crédits destinés au Travail et à l'Emploi — qui sont d'ailleurs surtout consacrés à l'indemnisation du chômage — traduit assez fidèlement ce recentrage. Elle s'accroît de 11 %, soit légèrement moins que la moyenne générale.

Économies

Plus largement, tous les départements ministériels qui ne sont pas directement insérés dans les priorités économiques voient leur train de vie baisser. Deux exceptions confirment cette règle : l'Intérieur, dont le budget s'accroît de 15 %, ce qui révèle la sensibilisation de la gauche au thème de la sécurité, et la Culture, dont le budget augmente de 17 %.

Des aspirations novatrices comme l'Environnement (– 6 %), expérimentales comme l'Économie sociale (+ 5 %), tiers-mondistes comme la Coopération telle que la concevait le premier titulaire du portefeuille (+ 7 %), ludiques comme la Jeunesse et les Sports (+ 3 %) ou dérivatives comme le Tourisme (4 %) sont sacrifiées sur l'autel de l'industrie.

L'armée elle-même n'échappe pas à ce vent de rigueur. Globalement, son budget n'augmente que de 10 %, soit légèrement moins que l'ensemble des dépenses publiques. Mais ce sont surtout ses crédits d'équipement qui sont frappés : 8,5 %, contre une moyenne de 22 % pour l'ensemble du budget.

Cette limitation des dépenses militaires fait suite à l'annulation de 13,4 milliards de F d'autorisation de programme et de 3,2 milliards de F de crédits de paiement décidés fin octobre 1982 dans l'application du budget de 1982. Cet ensemble de décisions provoque rapidement des remous assez vifs dans l'opposition et dans l'état-major.

Dilemme

Est-ce le prix à payer pour redresser la situation économique et moderniser l'outil industriel français ? Comme pour l'année 1982, l'efficacité n'est pas garantie. Dès le mois de janvier, l'INSEE met l'accent sur la faiblesse des perspectives économiques pour le premier semestre. Plusieurs conjoncturistes jugent illusoire l'objectif de 2 % de croissance du PIB et estiment que le résultat final sera sans doute inférieur à 1 % voire à 0,5 %.

Dans ces conditions, l'hypothèse d'une quasi-stagnation du chômage durant l'année 1983 (+ 0,3 %) apparaît aléatoire. Or, c'est sur cette hypothèse qu'ont été définis les comptes des budgets sociaux. L'équilibre très précaire qui les caractérise peut donc être remis en cause.

Le danger pour les pouvoirs publics est de se retrouver confrontés à un dilemme lié à son engagement de ne pas augmenter les cotisations de Sécurité sociale en 1982 : ou bien accroître l'aide de l'État, au risque de creuser le déficit budgétaire dans des proportions notablement supérieures aux 3 % du PIB ; ou bien réduire à nouveau les prestations, au risque de provoquer un courant de mécontentement très vif à l'encontre d'une majorité « qui n'a pas été élue pour cela ».

L'échappatoire suggérée dès les premiers jours de 1983 par le CNPF à propos des Caisses de retraites consiste à emprunter.

Mais ce serait creuser une dette qui, selon les dires des experts, approche sa cote d'alerte.