Journal de l'année Édition 1995 1995Éd. 1995

Mise en place dès octobre 1993 et composée de trois généraux et de cinq civils, la Commission du dialogue national (CDN) a tout d'abord été chargée d'élaborer un « programme ». Celui-ci devait fixer les conditions politiques de la période de « transition », définie par le pouvoir comme le préalable à la tenue d'élections législatives et présidentielles. Mais c'est sous la direction du général Liamine Zeroual que le « dialogue sans exclusive » a pris véritablement consistance. Nommé ministre de la Défense en juillet 1993 à la place du général Khaled Nezzar, M. Zeroual avait entamé, dès sa prise de fonction, des tractations secrètes avec la direction du FIS, emprisonnée à la prison militaire de Blida (notamment Abassi Madani et Ali Benhadj) depuis la fin de juin 1991. Une ébauche de pourparlers voit finalement le jour au lendemain de la Conférence du dialogue national de janvier, au terme de laquelle le général Zeroual est promu chef de l'État. Constatant l'échec de ces pourparlers, le nouveau président reprend contact avec la direction politique du FIS. Celle-ci durcit ses prises de position à l'égard du régime, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, tout en prenant soin de laisser la porte entrouverte à d'éventuelles négociations. Mais alors qu'il s'agit encore, dans l'esprit des dirigeants du FIS, de négocier la reddition de l'état-major – au besoin en lui garantissant une relative impunité –, il s'agit pour le pouvoir de faire endosser à Abassi Madani la responsabilité d'un cessez-le-feu qui ne manquerait pas de semer la discorde dans les rangs islamistes. Diviser pour mieux régner, telle est la devise du régime algérien depuis plus de trente ans. Aussi les responsables islamistes se refusent-ils à condamner publiquement l'usage de la violence – comme il le leur est demandé par leurs interlocuteurs du pouvoir – et même à préconiser l'arrêt des combats avant qu'un quelconque accord ne soit intervenu.

Une nouvelle étape est néanmoins franchie, en mars, lorsque le général Zéroual reconnaît publiquement avoir rencontré les dirigeants emprisonnés « en vue de faire cesser la violence », puis surtout, au mois de septembre, lorsque Abassi Madani et Ali Benhadj sont libérés et placés en résidence surveillée. Passant outre sa prévention vis-à-vis de toute forme d'ingérence, le pouvoir a ainsi accepté de passer sous les fourches caudines du FMI, dont les représentants, notamment américains, ont fortement encouragé les autorités algériennes à négocier. Toutefois, les discussions achoppent une fois de plus sur l'exigence formulée par le pouvoir d'une condamnation, par le FIS, de l'usage de la violence, comme préalable à la libération complète de Madani et de Benhadj.

Initiatives

Prenant prétexte de l'échec du « dialogue », les militaires « éradicateurs » repassent à l'offensive à l'occasion de la commémoration du ln novembre. En annonçant la tenue – fort hypothétique au demeurant – d'une élection présidentielle dont il se verrait bien le principal candidat, et en affirmant sa détermination à anéantir les « mercenaires » que sont les « terroristes » islamistes, Liamine Zeroual sonne, pour un temps, le glas des espoirs de « réconciliation ». Sur le terrain, cette reprise en main se traduit par une sanglante campagne de représailles qui fait un millier de morts en l'espace de quelques jours. Le spectre d'une guerre civile généralisée conduit alors les représentants des principaux partis politiques à ébaucher de nouveau des discussions. C'est à la communauté catholique italienne Sant'Egidio que revient l'initiative de réunir pour la première fois, au grand dam du régime algérien, les 21 et 22 novembre à Rome, les leaders de l'opposition (FIS, FLN et formations démocratiques).

Si l'on ne peut encore préjuger des répercussions de cette rencontre, on peut cependant former le vœu qu'elle parvienne à assurer la promotion d'une « troisième voie » qui renverrait dos à dos les tenants de la dictature militaire et les partisans de la dictature islamiste, et qui associerait tous les secteurs d'opinion disposés à respecter un minimum de règles du jeu.

Chrono. : 15/01, 26/01, 1/02, 22/02, 8/05, 18/06, 29/06, 3/08, 26/08, 13/09, 26/09, 10/10, 31/10, 24/12.

Smaïl Goumeziane, le Mal algérien, Fayard, 1994.

Séverine Labat
Centre d'études des relations internationales (CERI)