L'installation sur le fond de la mer de stations d'entretien de sous-marins s'impose, comme s'impose la construction de silos sous-marins, d'où seraient lancées des fusées. Mais tout cela suppose la mise au point de nombreuses techniques.

Produits minéraux

Tous les corps simples, ou à peu près, existent dans l'eau de mer. Mais cela ne veut pas dire — et de loin — que leur production à partir des océans soit rentable, étant donné les réserves continentales de minéraux connues ou l'état actuel des techniques. De même, les richesses éventuelles répandues sur les fonds des océans ou contenues dans le sous-sol marin semblent pour le moment difficilement exploitables à des tarifs intéressants, l'exception majeure étant le pétrole, dont une proportion importante (15 % en 1966 dans l'ensemble du monde occidental) est pompée des puits off shore forés dans le plateau continental. Il faut également mentionner le minerai d'étain, que l'on commence à exploiter sur les hauts-fonds voisins des côtes indonésiennes, et les diamants récoltés au large de l'Afrique du Sud. Mais on est encore loin de pouvoir exploiter à des prix compétitifs les énormes quantités de nodules de manganèse dont on connaît l'existence.

Agence internationale

Cependant, sans même savoir s'il y a quelque chose à en tirer, la question de la propriété du fond des mers a déjà été soulevée. Le 17 août 1967, Malte proposait aux pays membres de l'ONU qu'un traité réserve le fond des océans à des utilisations strictement pacifiques, qu'une agence internationale ait juridiction sur l'ensemble des fonds marins (à l'exception du plateau continental) et que les revenus provenant de l'exploitation des ressources des fonds soient employés pour aider les pays pauvres.

Cette proposition de Malte a soulevé des réactions fort différentes chez les industriels américains, au State Department et au Congrès. Et sans attendre que l'ONU se soit prononcée, une société de San Francisco a demandé aux Nations unies que lui soit attribuée l'exclusivité de l'exploitation des poches d'eau très salée et très chaude qui ont été trouvées depuis trois ans dans des fosses de la mer Rouge.

Toute cette agitation semble prématurée. Avant d'exploiter les océans et leur sous-sol, il est nécessaire de savoir exactement ce qu'ils recèlent, et pour y parvenir les études océanographiques sont indispensables. C'est à quoi s'emploient les grands pays, spécialement les États-Unis et l'URSS.

Connaître la mer

Pour le moment, les océans sont encore très mal connus. On l'a bien vu en janvier 1968 lorsque les Américains ont perdu leurs bombes thermonucléaires au Groenland, et surtout lors des catastrophes des trois sous-marins Dakar, Minerve et Scorpion, disparus corps et biens.

Les États-Unis disposent d'une bonne trentaine de petits sous-marins de recherche. Depuis la catastrophe du Thresher, ils ont mis sur pied le très important projet Deep Submergence System Project, dans le cadre duquel sont étudiés divers engins de secours capables les uns de localiser les sous-marins en perdition, les autres d'en remonter les équipages.

Hors des États-Unis, on ne compte que quelques petits engins sous-marins. Toutefois, la France possède le bathyscaphe Archimède, le seul engin au monde capable actuellement de plonger dans les fosses océaniques les plus profondes : pendant l'été 1967, l'Archimède a été utilisé au large du Japon.

En plus de tous ces sous-marins habités, on a mis au point quelques engins télécommandés, munis d'une télévision et d'un bras : le Télénaute, de l'Institut français du pétrole, utilisé en août 1967 dans l'exploration de la fontaine de Vaucluse, a participé à la recherche du Minerve ; après le CURV, qui peut descendre à 750 m, les Américains ont construit le CURV II, dont la limite est — 2 100 m. Les Russes auraient, eux aussi, un robot qui pourrait plonger jusqu'à 4 000 m.

Pour les navires océanographiques de surface, l'URSS possède les plus gros bateaux de recherche. Son Académicien-Kourtchatov, par exemple, est, avec ses 6 800 t, le plus grand navire construit spécialement pour l'étude des océans. Et pendant la seule année 1967, l'Académie des sciences soviétique a augmenté de 7 bateaux sa flotte océanique. Les États-Unis ont, eux aussi, lancé, durant les derniers mois, plusieurs navires de recherche importants : le Fairweather, le Ranier et le Gulfrex.

Bouées et satellites

Quant à la France, elle n'a toujours qu'un seul grand bateau océanique, le Jean-Charcot, qui devait passer l'été 1968 dans le golfe de Guinée.