Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Macédoine (campagnes de) [1915-1918] (suite)

De fait, l’offensive déclenchée du 7 au 15 octobre 1915 par les Allemands, les Autrichiens et les Bulgares conquiert la Serbie en six semaines. Elle provoque en outre à Athènes le renvoi du cabinet Venizélos, jugé trop favorable à l’Entente, qui réagit en débarquant à Salonique trois divisions constituées en une « armée alliée d’Orient », confiée au général Sarrail. Les efforts de cette armée pour tendre en novembre la main aux Serbes seront vains. Par bonheur, toutefois, les Allemands s’abstiendront de pénétrer en Grèce, ce qui permettra d’opérer, en décembre, le repli des unités alliées sur leur base de Salonique. Celle-ci est cependant isolée de la frontière par des forces helléniques, théoriquement neutres, mais relevant d’un gouvernement dont l’attitude demeure singulièrement équivoque. On comprend que, dans ces conditions, la situation politique de la Grèce ait, en 1916 et en 1917, causé de graves préoccupai ions aux Alliés.

Sur le plan militaire, les troupes de Sarrail, renforcées bientôt des 100 000 combattants serbes du prince Alexandre qui se sont reconstitués à Corfou, s’installent progressivement sur la frontière nord de la Grèce. En dépit d’une offensive bulgare en août, Sarrail, disposant maintenant de 250 000 hommes, déclenche le 12 septembre 1916 une action d’ensemble qui, en deux mois, conduira les Alliés, le 19 novembre, au-delà de Monastir (auj. Bitola). En 1917, plus que partout ailleurs, la guerre piétine en Macédoine, où les opérations se limitent à des combats locaux autour de Monastir, et en Albanie, où les Italiens mènent une politique très « personnelle ». Mais les Alliés décident de sortir de l’impasse hellénique en se débarrassant par la force du roi Constantin Ier. Un corps expéditionnaire franco-britannique débarque au Pirée, et le haut-commissaire C. C. Jonnart exige l’abdication du souverain, signée le 12 juin en faveur de son fils Alexandre. Venizélos, qui est aussitôt rappelé, expulse d’Athènes les représentants de Berlin et de Vienne, et mobilise 200 000 hommes, qui, au cours de l’hiver 1917-18, rejoindront les forces alliées. En décembre, Sarrail est remplacé à leur tête par le général Guillaumat, qui vient de s’illustrer à Verdun.

Au cours de son bref commandement, ce dernier se consacre à la réorganisation de l’ensemble assez hétéroclite que forment les 210 000 Français, les 140 000 Britanniques, les 120 000 Serbes, les 150 000 Grecs et les 45 000 Italiens des forces alliées d’Orient. C’est grâce à ses efforts que son successeur, le général Franchet d’Esperey*, pourra, en 1918, remporter la victoire décisive, qui éliminera la Bulgarie de la guerre.

Débarqué le 19 juin à Salonique, d’Esperey reprend, en les amplifiant, les projets de Guillaumat. Son objectif, « c’est la mise hors de cause de la Bulgarie, d’abord, puis de la Hongrie et de l’Autriche ». C’est donc le Danube qu’il veut atteindre par une offensive de grand style menée sur le Vardar contre le centre névralgique des communications adverses. La première phase de cette action sera la rupture, par deux divisions françaises, du front fortifié bulgare du massif de la Moglena (Moghlená), qui sera aussitôt exploitée par les deux armées serbes du prince Alexandre. L’action se déclenche avec un plein succès le 15 septembre sur les crêtes du Dobro Polje*, du Sokol et du Vetrenik, qui culminent entre 1 700 et 1 900 m d’altitude. Dépassant les Français, les Serbes foncent aussitôt sur Gradsko et sur Veles, tandis que les cavaliers de Jouinot-Gambetta entament un raid d’une rare audace sur Skopje, atteinte le 29 septembre. Le même jour, les Bulgares, dont le front est totalement disloqué, signent à Salonique un armistice dont les termes sont voisins d’une capitulation. Mais Franchet d’Esperey entend exploiter aussitôt sa victoire : le 12 octobre, un détachement franco-grec atteint Kosovska-Mitrovica, tandis que la Ire armée serbe entre à Niš ; le 16 octobre, les Français sont à Sofia ; les 19 et 21, Français et Serbes atteignent le Danube à la frontière roumaine ; le 1er novembre, Belgrade est libérée, et le général Henrys, commandant l’armée française d’Orient, pénètre en Hongrie, où le maréchal allemand Mackensen est fait prisonnier par les Français.

Dans tous les secteurs du front, la victoire alliée s’avère décisive, notamment en Thrace, où, le 15 octobre, les Britanniques du général Milne marchent sur Constantinople, contribuant ainsi à la capitulation de la Turquie, signée le 30 octobre à bord du cuirassé Agamemnon en rade de Moudros (Moúdhros).

Une mosaïque cosmopolite : les armées alliées d’Orient

Plus que partout ailleurs, c’est sur les fronts de Macédoine que se mêlent les représentants de tous les peuples qui, en 1918, combattent dans le camp allié. Les soldats de l’armée française d’Afrique, zouaves, tirailleurs, légionnaires et spahis, y occupent une place d’honneur avec les unités « coloniales » de Sénégalais, de Malgaches et d’Indochinois. Chez les Britanniques, on rencontre aussi bien des Anglais que des ressortissants de tous les dominions et de la célèbre armée des Indes. Les Grecs, ouvriers de la onzième heure, sont habillés par les Anglais et armés par les Français. Les Serbes, qui se battent farouchement pour libérer leur patrie, font preuve du plus haut moral. On n’oubliera pas enfin les deux brigades russes venues d’Arkhangelsk, ni les équipages jaunes des destroyers japonais, qui symbolisent parmi les flottes alliées de Méditerranée la participation à la guerre de leur lointain pays.

P. D.


Quelques grands noms de l’armée française d’Orient


Louis Guillaumat

(Bourgneuf 1863 - Nantes 1940). Ancien, chef de cabinet de Messimy, il fut en 1915 et en 1916 un brillant commandant du 1er corps, avant de se distinguer à la tête de la IIe armée lors de la reprise de la Cote 304 à Verdun en 1917. Rappelé d’Orient au lendemain de la percée allemande sur le Chemin des Dames en 1918 pour prendre en main la défense de Paris, il plaida chaleureusement la cause de Franchet d’Esperey, son successeur à Salonique, devant le Conseil de Versailles. Il commanda les troupes françaises d’occupation en Allemagne de 1924 à 1930.


Maurice Sarrail