Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Angelico (Fra) (suite)

Les dernières œuvres réalisées à San Marco précisent le sens nouveau que Fra Angelico donne désormais à son art ; dans une figure comme celle du Christ aux outrages, la minutie un peu étriquée des petits plis serrés a fait place à un style plus ample : les grands plis de la robe du Christ s’étalent généreusement sur le sol. Lorsqu’en 1447 il est appelé à Orvieto pour exécuter aux voûtes de la cathédrale une scène de jugement dernier, il est en pleine possession de ses moyens ; la figure du Christ est caractéristique de la dernière étape de sa carrière, marquée par deux séjours à Rome. Interrompu par la mort, le second fut court. C’est sans doute durant le premier, vers 1447-1449, qu’il compose au Vatican deux ensembles de fresques, dont un seul subsiste, celui de l’oratoire de Nicolas V : sur les murs sont figurées des scènes de la vie de saint Étienne et de saint Laurent, la voûte étant réservée aux évangélistes et les pilastres d’angles aux docteurs de l’Église. La vie des saints se déroule dans un cadre d’architecture antiquisante, les perspectives s’ouvrent sur des paysages fidèlement décrits, l’ombre portée des personnages les intègre définitivement à l’espace. L’inspirateur n’est plus Giotto, mais son grand contemporain à Rome, Pietro Cavallini (v. 1250 - v. 1340).

Toutes ces recherches du peintre, sa curiosité naturelle à l’égard des réalisations les plus récentes dans le domaine de l’art, le fondement doctrinal qu’il apporte à son œuvre le placent bien dans le milieu intellectuel florentin du quattrocento, où l’on redécouvre Platon et les philosophes de l’Antiquité, où la perspective donne lieu à des constructions de l’esprit qui, au nom de la réalité mathématique, pourraient perdre de vue un sens de l’humain plus simple, plus direct. Ici, Fra Angelico s’écarte de ses contemporains, il compose avec deux époques, entre l’acquis gothique et les apports nouveaux, entre la poésie et le réalisme, pour élaborer une somme à partir de laquelle l’âge d’or de la seconde Renaissance sera possible.

J. B.

 G. Bazin, Fra Angelico (Hypérion, 1941). / J. Pope-Hennessy, Fra Angelico (Londres, 1952). / G. C. Argan, Fra Angelico (Genève, Skira, 1955). / M. Salmi, Il Beato Angelico (Milan, 1958). / S. Orlandi, Beato Angelico (Florence, 1964). / R. Chiarelli, l’Angelico al convento di San Marco (Genève, 1965). / U. Baldini, Tout l’œuvre peint de Fra Angelico (Flammarion, 1973).

Angers

Ch.-l. du départ, de Maine-et-Loire, anc. capit. de l’Anjou, sur la Maine ; 142 966 hab. (Angevins) [165 000 hab. pour l’agglomération].



La situation

Angers doit aux avantages conjugués de son site et de sa situation la brillante fortune de son histoire, comme sa place dans l’organisation actuelle des pays de la Loire. Née sur une échine de schistes et de quartzites primaires recoupée par la Maine, la ville commande, de sa position dominante d’une trentaine de mètres, face à l’ouest, un étranglement de sa vallée. Proche de la Loire, à laquelle elle semble tourner le dos, mais dont ne la séparent que 8 kilomètres de prairies inondables, elle lie très tôt aussi son destin à celui du grand fleuve. Ville de contact entre Bassin parisien et Armorique, point de convergence hydrographique entre l’éventail affluent de la Maine (Mayenne, Sarthe, Loir) et sa confluence en Loire, carrefour de routes précocement exprimé entre Maine, Normandie, Bretagne, Poitou et Touraine, port longtemps fréquenté par une batellerie active, Angers remonte à une très haute antiquité. C’est aux premiers siècles de notre ère une prospère cité marchande (Juliomagus). De sa rive escarpée, elle projette outre-Maine un faubourg actif (la Doutre). Les vicissitudes de l’histoire lui donnent, aux xie, xiie et xiiie s., rang de capitale. De la mise en valeur de sa position, de sa promotion politique, Angers a conservé un caractère monumental qui, par la densité de son patrimoine artistique, la distingue de maintes villes de province de sa dimension. Toute la vieille ville, dans les limites de ses anciens remparts arasés au siècle dernier, dans son vaste quadrilatère de boulevards intérieurs (1 500 m sur 1 000 m), se pare d’un passé prestigieux.


Les fonctions urbaines

Servie par un appareil de négoce et de services à l’image des besoins de sa province, Angers commande aujourd’hui une fonction régionale active. Sur 64 000 actifs, son secteur tertiaire en occupe 37 000 (58 p. 100). Principal marché du département, au contact de trois régions d’économies complémentaires (Anjou blanc sédimentaire boisé, Anjou noir armoricain à dominante herbagère, Vallée d’Anjou aux cultures délicates), la ville en centralise les transactions (produits d’élevage, vins, légumes, fruits, graines de semence, fleurs, produits de pépinière). Elle-même se consacre depuis des siècles, dans sa proche banlieue, à une riche production horticole : cultures maraîchères (choux-fleurs, artichauts, oignons, haricots verts), fruitières (poires, pommes, cerises, fraises), florales (anémones, rosiers, dahlias, hortensias bleus naturellement colorés par ses sols ardoisiers), porte-graines, arbustes de pépinière. Ses foires sont fidèlement suivies : foire aux vins d’Anjou, foire-exposition. L’établissement d’un marché-gare d’intérêt national, spécialisé dans la commercialisation des fruits et légumes, consacrait en 1960 une fonction de redistribution particulièrement bien adaptée à son économie. Son réseau bancaire couvre la région. Hôtellerie et tourisme tirent bénéfice de la fréquentation du passage (lignes ferrées Nantes-Paris et Nantes-Lyon, dix routes nationales) et d’une insigne concentration d’œuvres d’art. La ville diffuse un quotidien régional.

Ses fonctions de services ne sont pas moins diverses. Siège de préfecture, de cour d’appel, d’une école militaire du génie, d’un évêché, Angers dispose aussi d’un équipement intellectuel de valeur. Elle possède : liées à sa mission agricole, une École nationale d’ingénieurs des techniques horticoles, une École supérieure d’agriculture et de viticulture, une station de recherches d’arboriculture fruitière, de viticulture et d’œnologie ; liés à sa promotion régionale, plusieurs établissements d’enseignement supérieur (faculté mixte de médecine et de pharmacie, collèges universitaires littéraire, scientifique, juridique, université catholique), des établissements spécialisés (École nationale d’ingénieurs d’arts et métiers, École nationale de musique, art dramatique et danse, École supérieure de sciences commerciales, École des beaux-arts), des centres de recherche (laboratoire de physiologie végétale). Elle rassemble plusieurs sociétés savantes, organise des manifestations culturelles et sportives (canotage, régates, école de pilotage d’Avrillé).