Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
H

Hawthorne (Nathaniel) (suite)

En 1851, The House of the Seven Gables (la Maison aux sept pignons) connaît aussi le succès. Mais rien ne semble sortir Hawthorne de son apathie. Nommé consul américain à Liverpool, il voyage en Europe (1853-1857), visite l’Italie, où il trouve l’inspiration de The Marble Faun (le Faune de marbre, 1860). Il rentre aux États-Unis en 1860 quand éclate la guerre civile. Son libéralisme lui fait pencher pour le Nord, mais il avoue : « J’approuve cette guerre, mais je ne comprends pas très bien pourquoi on se bat. » Il écrit des essais sur l’Angleterre (Our Old Home, 1863) et meurt dans son lit en 1864, sans se réveiller, comme s’il rejoignait le monde archaïque de la Lettre écarlate, auquel il appartenait plus qu’à la réalité.

Hawthorne est avant tout un artiste, passionné du mot juste et de structures romanesques solides. Sous son style de facture classique, il a une étonnante maîtrise du symbolisme et de l’allégorie et excelle dans l’allusion et la suggestion de l’implicite. La rigueur de la forme dissimule un pessimisme, une inquiétude spirituelle hantée par le problème du mal qui préfigurent les angoisses modernes et expliquent la pérennité de son succès. Hawthorne, romancier caractéristique de l’esprit de la Nouvelle-Angleterre, marque le début de la tradition littéraire des « visages pâles », qui s’épanouira avec Henry James et T. S. Eliot.

J. C.

 R. Stewart, Nathaniel Hawthorne (New Haven, 1949 ; nouv. éd., Hamden, 1970). / M. Van Doren, Nathaniel Hawthorne (Londres, 1950). / R. H. Fogle, Hawthorne’s Fiction : The Light and the Dark (Norman, Okla., 1952 ; nouv. éd., 1965). / J. Normand, Nathaniel Hawthorne (P. U. F., 1964).

Haydn (Joseph)

Compositeur autrichien (Rohrau, Basse-Autriche, 1732 - Vienne 1809).



La vie

Fils d’un charron de village, second de douze enfants, Joseph Haydn naquit aux confins de l’Autriche et de la Hongrie. À six ans, il alla habiter chez un oncle qui lui apprit quelques rudiments de son futur métier. Doué d’une belle voix de soprano, il fut admis en 1740 dans la maîtrise de la cathédrale Sankt Stephan de Vienne, alors dirigée par Georg Reutter, et y resta jusque vers 1749, époque où, sa voix ayant mué, il en fut congédié. Des années qui suivirent, nous ignorons presque tout. Haydn subsista en donnant des leçons, en jouant du violon ou de l’orgue. Par l’intermédiaire du poète Métastase, il devint vers 1755 élève-factotum du compositeur italien Nicola Antonio Porpora (1686-1768) et étendit le cercle de ses relations. Pour l’essentiel, il se forma en autodidacte, grâce au Gradus ad Parnassum de Fux et aux sonates récentes de Carl Philipp Emanuel Bach. En 1759, il entra au service du comte Morzin, de Bohême. Deux ans plus tard (1er mai 1761), il signait avec le prince Paul Antoine Esterházy, le plus riche seigneur de Hongrie, un contrat (souvent cité comme typique des conditions imposées au musicien d’ancien régime) le nommant vice-maître de chapelle responsable de toute la musique du prince à l’exception du domaine religieux, réservé en principe au maître de chapelle Gregor Joseph Werner. Quand Werner mourut (mars 1766), Haydn lui succéda officiellement. Paul Antoine Esterhazy ayant disparu en mars 1762, c’est son frère Nicolas que Haydn servit jusqu’en 1790 : d’abord à Eisenstadt, puis au château d’Esterháza, que le prince se fit construire dans la plaine hongroise en prenant comme modèle Versailles. Cette résidence dépassa bientôt en splendeur tout ce qu’on pouvait imaginer. Pendant plus de vingt ans, concerts, opéras, représentations théâtrales (Haydn put voir des pièces de Shakespeare), fêtes (ainsi celles qui furent données en septembre 1773 pour l’impératrice Marie-Thérèse) et illuminations s’y succédèrent sans relâche, l’été surtout, car normalement Esterházy et sa suite passaient l’hiver à Vienne. Grâce à son amour sincère de la musique (il jouait lui-même du baryton) et à son caractère relativement conciliant, Nicolas réussit à ne se rendre aux yeux de la postérité ni ridicule, comme le conseil municipal de Leipzig avec Bach, ni odieux, comme le prince-archevêque H. Colloredo avec Mozart. Il ne fit qu’enfermer Haydn dans une sorte de prison dorée de moins en moins supportable. Longtemps, pour ce dernier, la vie se confondit avec l’histoire de ses œuvres et avec l’accomplissement de multiples tâches d’ordre artistique et administratif. Il se trouvait à la tête d’une troupe de chanteurs et d’instrumentistes de très grand talent certes, mais parfois turbulents. Pétitions, requêtes et cas litigieux étaient monnaie courante, et Haydn servait toujours d’intermédiaire entre l’intéressé et le prince (le célèbre épisode de la symphonie des Adieux [1772], dont d’ailleurs on ne sait au juste en quoi il consista, ne fut qu’un cas parmi d’autres). Il y eut la rixe qui, en novembre 1771, opposa dans une taverne d’Eisenstadt le contrebassiste Franz Xavier Marteau au flûtiste Zacharias Pohl, et au cours de laquelle celui-ci perdit un œil ; ou encore le scandale provoqué en 1776, en pleine représentation d’un opéra de Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), par le ténor Benedetto Bianchi, qui souleva trois fois avec sa canne la robe de sa partenaire. Haydn écrivit chez les Esterházy, et avant 1783-84 presque toujours pour eux, une soixantaine de symphonies, une quarantaine de quatuors à cordes, des concertos, des divertimentos et sonates, de la musique religieuse et des opéras, etc. Jusque vers 1775, nous ne savons pratiquement rien de sa vie privée et de ses relations avec l’extérieur. C’est à son insu que parurent à Paris, en 1764, les premières éditions de ses œuvres. En août 1768, sa maison d’Eisenstadt brûla. La même année, il envoya à l’abbaye de Zwettl, en Basse-Autriche, sa cantate Applausus accompagnée d’une lettre en dix points, précieuse par les renseignements qu’elle contient sur les conditions d’exécution au xviiie s. et sur la conception qu’avait Haydn de son rôle de chef d’orchestre. En mars 1770, il dirigea à Vienne son opéra Lo Speziale (l’Apothicaire). Les 2 et 4 avril 1775, son oratorio Il Ritorno di Tobia était créé dans la capitale. Le théâtre impérial lui ayant commandé un opéra, il présenta en 1776 La Vera Costanza : mais une cabale l’obligea à retirer sa partition, qui ne fut représentée que trois ans plus tard à Esterháza. À partir de 1780, la biographie haydnienne apparaît enfin plus chargée, plus documentée : arrivée à Esterháza en 1779 de la chanteuse Luigia Polzelli, ce qui consola tant soit peu Haydn d’un mariage malheureux ; rencontre à Vienne, en 1781 ou peu après, de Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui marqua le début d’une relation d’amitié et d’estime réciproques exceptionnelle entre créateurs de ce niveau ; contacts noués (une abondante correspondance nous permet de les suivre presque au jour le jour) avec des éditeurs comme Artaria (Vienne), Bland, Forster et Longman & Broderip (Londres), Sieber et Boyer (Paris). En 1785, Haydn avait atteint par la seule diffusion de ses œuvres une renommée européenne dont témoignent notamment la commande par un chanoine de Cadix des Sept Paroles du Christ, et celle par les Concerts de la loge olympique de Paris des six symphonies dites « parisiennes » (no 82-87 de 1785-86), puis bientôt de trois autres (no 90-92 de 1788-89. Il ne composait alors presque plus rien pour Esterházy, et passait chez son patron le plus clair de son temps à préparer et à diriger des représentations d’opéras italiens : cent vingt-cinq de dix-sept œuvres différentes (dont huit nouvelles) pour la seule année 1786 ! Les séjours à Vienne se raréfiaient, la solitude d’Esterháza devenait toujours plus pesante.