Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
C

Charles III le Gros (suite)

Mais à l’heure même où la mort du roi usurpateur de Provence, Boson, le 11 janvier 887, lui permet d’adopter son fils Louis, qui lui rend aussitôt hommage, l’empereur tombe gravement malade en Alsace. Contraint pendant l’été 887 de disgracier son archichancelier, l’évêque de Verceil, Liutward, d’éloigner l’impératrice Richarde, qui le trompe peut-être avec ce dernier, Charles le Gros ne peut empêcher l’élection comme roi par ses sujets révoltés de son neveu Arnoul, bâtard de Carloman.

Abandonné de tous lors de l’assemblée de Tribur, près de Mayence, Charles le Gros renonce à la royauté contre la possession de quelques domaines en Souabe et va mourir à Neidingen, près de la Forêt-Noire, le 13 janvier 888.

Avec la disparition de celui en qui le moine de Saint-Gall Notker le Bègue a voulu voir un nouveau Charlemagne achève de mourir l’Empire carolingien et naît un monde nouveau où l’exercice des prérogatives royales devient presque impossible en raison du transfert d’autorité qui se fait au profit des usurpateurs de la souveraineté : les comtes, fondateurs des principautés territoriales qui caractérisent l’époque féodale.

P. T.

➙ Carolingiens.

Charles IV de Luxembourg

(Prague 1316 - id. 1378), roi de Germanie (1346-1378), roi de Bohême (Charles Ier) [1346-1378], empereur germanique (1355-1378).


Par son père, le roi Jean de Bohême, il appartient à la dynastie de Luxembourg, qui exerce la royauté à Prague depuis 1310 ; par sa mère, Eliška, il descend des Přemyslides, qui régnèrent si longtemps sur la Bohême. Il reçoit à sa naissance le prénom de Venceslas. Son père l’envoie à l’âge de sept ans, en 1323, vivre à Paris à la cour des Valois, auprès de sa tante Marie, femme du roi Charles IV de France. C’est à Paris que, lors de sa confirmation, il prend définitivement le nom de Charles. Il s’imprègne de culture française et se marie avec la fille de Charles de Valois, Blanche, première de ses quatre épouses. Revenu en 1333 en Bohême avec le titre de margrave de Moravie, il dirige le royaume en l’absence de son père. La mort de celui-ci à Crécy en 1346 fait de lui officiellement le souverain de la Bohême.

Mais, comme son grand-père Henri VII, il veut obtenir la couronne impériale. Son élection comme roi de Rome en 1346 est contestée, et il arrive difficilement à s’imposer face à son rival Louis de Bavière. En 1355, il se fait couronner à Rome. Il aura le souci constant de renforcer le prestige impérial. Par la Bulle d’or de 1356, il fixe pour plus de quatre siècles la Constitution de l’Empire et fait du roi de Bohême le premier des quatre Électeurs laïques qui, avec trois princes ecclésiastiques, désignent désormais l’empereur.

Pour réaliser sa politique impériale, il doit s’appuyer sur un puissant royaume héréditaire, la Bohême. La tradition populaire et historique tchèque en fera le « père de la patrie » et idéalisera en lui l’État de Bohême à son apogée. Il aime la langue tchèque, il est fier de ses ancêtres et de la tradition slave. Mais son intérêt pour la Bohême résulte moins du nationalisme tchèque que d’une politique cohérente d’expansion dynastique. Il renforce d’abord la puissance territoriale du royaume en y joignant la Basse et la Haute Lusace, les duchés silésiens et même, après 1373, le Brandebourg. Mais, surtout, il impose son autorité à la noblesse et profite de ses liens étroits avec les papes d’Avignon pour consolider l’indépendance du clergé de Bohême. En 1344, Prague est élevée au rang d’archevêché, et la politique de Charles IV lui vaut l’appui de l’Église. Dans les villes, il soutient contre les corporations de marchands l’autorité traditionnelle du patriciat.

Il veut faire de Prague*, résidence de l’empereur, le centre culturel et commercial de l’Empire. Il la couvre de monuments et la cour de Charles IV devient un centre de rayonnement de l’humanisme. En 1348, l’empereur ouvre à Prague la première université de l’Europe centrale.

Pendant son règne, Charles IV a su consolider la puissance de ses États et les faire participer à la civilisation de l’Europe gothique.

B. M.

➙ Bohême / Prague.

Charles V ou Charles Quint

(Gand 1500 - Yuste, Estrémadure, 1558), empereur germanique (1519-1556), prince des Pays-Bas (1506-1555), roi d’Espagne (Charles Ier) [1516-1556], roi de Sicile (Charles IV) [1516-1556].



L’héritage

L’histoire de Charles Quint, c’est d’abord et principalement l’histoire d’un héritage. Son ascendance explique peut-être les bizarreries et les contradictions de son caractère. Le vainqueur de Mühlberg fièrement campé sur son cheval de bataille tel que l’a fixé pour l’éternité le pinceau de Titien, c’est l’arrière-petit-fils du terrible Téméraire, le duc de Bourgogne. Le prince mélancolique hanté par l’au-delà qui renonce avant sa mort à « l’empire sur lequel le soleil ne se couche pas » pour se retirer dans un couvent d’Estrémadure, c’est le fils de Jeanne la Folle.

De chétive complexion, Charles sera toujours un valétudinaire, vieilli tôt, mais d’une force de caractère très grande que traduit un menton volontaire, le fameux prognathisme des Habsbourg. Si sa jeunesse et son éducation se déroulèrent en milieu flamand, il faut remarquer que celui-ci avait été déjà fortement marqué d’esprit espagnol et autrichien. Sa tante Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien Ier, avait été sa première éducatrice. Si sa langue naturelle était le français et s’il eut toujours des difficultés à parler un allemand correct, il n’était nullement un prince bourguignon. Il n’avait hérité des ducs de Bourgogne ni leur exubérance physique ni leur goût pour une vie somptueuse.

Ses précepteurs furent Guillaume de Croÿ, seigneur de Chièvres, qui restera un conseiller écouté, Charles de La Chaux et le doyen de Louvain Adriaan Floriszoon, qui sera le pape Adrien VI. Ce dernier, adepte de la devotio moderna, lui inculqua une foi très vive, teintée de simplicité et d’un certain humanisme.