Capitole

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».

La plus célèbre des sept collines de Rome, quoique la plus petite de toutes.

Il est autrefois appelé mont Saturne (ou Saturnien) ; puis il prend le nom de mont Tarpéien lorsque Tarpeia y est mise à mort par les Sabins ; il doit enfin à son nom à la tête humaine qu'on aurait trouvée, intacte, dans le sol d'un des deux sommets, pendant la construction du temple ; sur cette tête est inscrit le mot Tolus. Autrement dit, « Tête de Tolus », en latin caput Toli, d'où Capitolium. Ce présage signifie que l'Urbs, un jour, sera à la tête du monde, mais que ce sera par le sang et les massacres.

On jette les fondations du temple de Jupiter sous le règne de Lucius Tarquinius Priscus ; de nombreux sanctuaires doivent être rasés mais, pour des raisons obscures, il est impossible de détruire le temple de la déesse de la Jeunesse ni celui du dieu Terme (Terminus) : ces divinités n'ont nullement envie de s'expatrier ! Pour cause d'assassinat, la construction du temple de Jupiter est achevée par le fils de Tarquin l'Ancien (579), le tyran Tarquin le Superbe (534-509). Le sommet nord de la colline, le plus élevé (42 mètres contre 39 pour le sommet situé au sud), devient l'arx (« forteresse »). Ce temple est détruit à trois reprises, en 83 av. J.-C., en 69 et en 80 apr. J.-C.

Le temple, consacré à la triade Jupiter Optimus Maximus, Junon et Minerve, acquiert sa forme finale sous l'empereur Domitien. Il mesure 61 mètres de long sur 56 mètres de large ; il est divisé en trois chambres, une pour chaque divinité. C'est là que sont couronnés les chefs vainqueurs ; aussi ce temple devient-il très rapidement symbole de gloire et de triomphe auprès des soldats romains ; les traîtres, quant à eux, sont jetés du haut de la roche Tarpéienne ; d'où le proverbe : « La roche Tarpéienne est proche du Capitole. »

La tradition rapporte que, durant l'invasion des Gaulois en 386 av. J.-C., les oies, qui se trouvent à l'intérieur de la forteresse, alertent les Romains par leurs cris et leurs battements d'ailes, et ainsi la cité peut être sauvée. (Les oies sont couvertes d'or et de pourpre, et les chiens, qui n'ont rien senti, tués.)

Voir aussi : Oies du Capitole

Plus tard d'autres temples sont érigés, consacrés notamment à Concorde, à Vénus et à quelques divinités mineures.

Destruction du Capitole en 69 av. J.-C.

Cet attentat a été le plus déplorable et le plus honteux qui fût arrivé depuis la fondation de Rome : sans ennemi étranger, et lorsque les dieux nous étaient propices autant que le permettaient nos mœurs, la demeure de Jupiter, le meilleur, le plus grand des dieux, consacrée, sous les auspices, par nos ancêtres, comme gage de l'empire, et que n'avaient pu profaner ni Porsenna quand Rome se rendit, ni les Gaulois quand elle avait été prise, fut anéantie par la fureur de nos princes ! Le Capitole avait déjà été embrasé durant une guerre civile, mais ce fut le crime de quelques individus. Dans ce jour, il fut publiquement assiégé, publiquement incendié ; et quelle cause nous armait ? quel fut le prix d'un si grand désastre ? Combattions-nous pour la patrie ? Le roi Tarquin l'Ancien avait voué ce temple lors de la guerre avec les Sabins ; il en avait jeté les fondements, plutôt dans la pensée de notre grandeur future, que dans la proportion de la condition encore humble du peuple romain. Ensuite Servius Tullius, avec le secours de nos alliés, et Tarquin le Superbe, avec des dépouilles de la prise de Suessa Pometia, élevèrent l'édifice ; mais la gloire de l'achever était réservée à la liberté. À l'expulsion des rois, Horatius Pulvillus pour la seconde fois consul, en fit la dédicace, et sa magnificence fut telle alors que, dans la suite, les immenses richesses du peuple romain servirent plutôt à l'orner qu'à l'augmenter. Il fut rebâti sur le même emplacement lorsque, après quatre cent vingt-cinq ans de durée, il eut été incendié sous le consulat de L. Scipion et de C. Norbanus. Sylla, vainqueur, s'en chargea, mais n'en fit pas la dédicace, seul honneur refusé à sa félicité, et réservé à Lutatius Catulus, dont le nom a survécu, au milieu de toutes ces grandes constructions des Césars, jusqu'à Vitellius. Tel était alors ce monument que dévoraient les flammes.

Tacite

Reconstruction du Capitole en 70 av. J.-C.

Le soin de rétablir le Capitole fut confié par Vespasien à L. Vestinus, de l'ordre équestre, mais que son crédit et sa réputation plaçaient parmi les premiers de Rome. Les haruspices, qu'il convoqua, dirent « de transporter les décombres de l'ancien édifice dans des marais, de rebâtir le temple sur le même emplacement ; que les dieux ne voulaient pas que l'ancienne forme fût changée. » Le onze des calendes de juillet, par un jour serein, tout l'espace, consacré au temple, fut entouré de bandelettes et de couronnes. Des soldats qui portaient des noms heureux y entrèrent avec des rameaux de favorable augure ; ensuite les Vestales, avec de jeunes garçons et de jeunes filles, dont les pères et mères vivaient encore, firent des aspersions d'eau puisée dans les rivières ou les fontaines vives. Alors le préteur, Helvidius Priscus, précédé du pontife Plautius Aelianus, purifia le terrain par le sacrifice d'un porc, d'une brebis et d'un taureau, déposa les entrailles sur l'autel de gazon, et supplia Jupiter, Junon, Minerve et les dieux protecteurs de l'empire de favoriser l'entreprise, et d'accorder leur divin secours pour achever ce monument commencé par la piété des mortels. Il toucha les bandelettes, attachées à la première pierre et qui s'entrelaçaient aux cordes ; aussitôt les autres magistrats, et les pontifes, et les sénateurs, et les chevaliers, et une grande partie du peuple, rivalisant de zèle et d'allégresse, traînèrent l'énorme pierre. On jeta çà et là, dans les fondements, des pièces d'or et d'argent, et les prémices de métaux, que nul fourneau n'avait élaborés, mais tels qu'ils se produisent. Les haruspices avaient recommandé de ne point profaner l'édifice en y plaçant de l'or ni aucune pierre, destinés d'abord à d'autres usages. La hauteur du monument fut augmentée, seule addition permise par les pontifes, et qui sembla avoir manqué à la magnificence du premier temple destiné à contenir une très grande multitude de personnes.

Tacite