oies du Capitole

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».

Héroïnes animales de la résistance romaine à l'invasion gauloise.

En 386 av. J.-C., alors que leur cité est sous la domination gauloise, une poignée de Romains ont trouvé refuge au Capitole, décidés à résister à l'envahisseur. Camille, dictateur choisi par ceux qui ont fui Rome, leur écrit de Véies (à quelque 20 kilomètres au nord de Rome) qu'il est prêt à combattre les barbares. Un certain Cominius Pontius se porte volontaire pour franchir les lignes ennemies et remettre le message aux Romains enfermés dans le Capitole. De nuit il traverse le Tibre à la nage, escalade le rocher du Capitole et s'acquitte magnifiquement de sa mission : les troupes, concentrées à Véies, n'attendent qu'une occasion pour donner l'assaut. Puis, comme il est venu, Cominius Pontius revient à Véies. Seulement, il a laissé des traces, que les Gaulois ne manquent pas de remarquer. Ainsi imaginent-ils à leur tour d'escalader le même rocher, en pleine nuit. Si les Gaulois réussissent à tromper la vigilance des gardes, ils n'ont pas le même succès avec les oies de Junon, élevées autour du temple de la déesse. Peu nourries en ce temps de disette, elles ont sans doute le sommeil très léger. Aussi, quand les ennemis approchent, tout armés, elles marchent vers eux en poussant des cris. Réveillés, les Romains s'arment et repoussent les Gaulois. À la suite de cet événement, les oies sont grandement honorées et les chiens, qui n'ont rien senti, sont tués.

Les oies du Capitole

[Après le retour de Cominius Pontius] à Véies, à Rome la citadelle et le Capitole furent en grand danger. En effet, les Gaulois, soit qu'ils eussent remarqué des traces d'homme à l'endroit où avait passé le messager de Véies, soit qu'ils eussent découvert d'eux-mêmes que près du temple de Carmentis la roche était d'accès facile, profilant d'une nuit assez claire, et se faisant précéder d'un homme non armé pour reconnaître le chemin, ils s'avancèrent en lui tendant leurs armes dans les endroits difficiles ; et s'appuyant, se soulevant, se tirant l'un l'autre, suivant que les lieux l'exigeaient, ils parvinrent jusqu'au sommet. Ils gardaient d'ailleurs un si profond silence, qu'ils trompèrent non seulement les sentinelles, mais même les chiens, animal qu'éveille le moindre bruit nocturne. Mais ils ne purent échapper aux oies sacrées de Junon, que, malgré la plus cruelle disette, on avait épargnées ; ce qui sauva Rome. Car, éveillé par leurs cris et par le battement de leurs ailes, Marcus Manlius, qui trois ans auparavant avait été consul, et qui s'était fort distingué dans la guerre, s'arme aussitôt, et s'élance en appelant aux armes ses compagnons : et, tandis qu'ils s'empressent au hasard, lui, du choc de son bouclier, renverse un Gaulois qui déjà était parvenu tout en haut. La chute de celui-ci entraîne ceux qui le suivaient de plus près ; et pendant que les autres, troublés, et jetant leurs armes, se cramponnent avec les mains aux rochers contre lesquels ils s'appuient, Manlius les égorge. Bientôt, les Romains réunis accablent l'ennemi de traits et de pierres qui écrasent et précipitent jusqu'en bas le détachement tout entier. Le tumulte apaisé, le reste de la nuit fut donné au repos ; autant du moins que le permettait l'agitation des esprits, que le péril, bien que passé, ne laissait pas d'émouvoir. Au point du jour, les soldats furent appelés et réunis par le clairon autour des tribuns militaires ; et comme on devait à chacun le prix de sa conduite, bonne ou mauvaise, Manlius le premier reçut les éloges et les récompenses que méritait sa valeur ; et cela non seulement des tribuns, mais de tous les soldats ensemble qui lui donnèrent chacun une demi-livre de farine et une petite mesure de vin qu'ils portèrent dans sa maison située près du Capitole. Ce présent paraît bien chétif, mais dans la détresse où l'on se trouvait, c'était une très grande preuve d'attachement, chacun retranchant sur sa nourriture et refusant à son corps une subsistance nécessaire, afin de rendre honneur à un homme. Ensuite on cita les sentinelles peu vigilantes qui avaient laissé monter l'ennemi. Quintus Sulpicius, tribun des soldats, avait annoncé qu'il les punirait tous suivant la coutume militaire ; mais, sur les réclamations unanimes des soldats, qui s'accordaient à rejeter la faute sur un seul, il fit grâce aux autres : le vrai coupable fut, avec l'approbation générale, précipité de la roche Tarpéienne. Dès ce moment, les deux partis redoublèrent de vigilance ; les Gaulois, parce qu'ils connaissaient maintenant le secret des communications entre Véies et Rome ; les Romains, par le souvenir du danger de cette surprise nocturne.

Tite-Live