Anna Perenna
Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de mythologie grecque et romaine ».
1. Fille de Bélus et sœur de Didon.
Anna Perenna s'enfuit de Carthage pour échapper à Iarbas, le roi des Gétules ; après le suicide de Didon, le Maure s'est établi sur ses terres. Anna fait route vers l'île du roi Battus qui lui offre l'hospitalité. Mais, menacé par le cruel Pygmalion, son hôte lui fait comprendre qu'il est préférable pour elle de reprendre la mer. Anna met donc à la voile ; la tempête pousse son navire sur les côtes d'Italie. Elle y est accueillie par Énée, avec tant de bienveillance que Lavinia, épouse du Troyen, en éprouve une cruelle jalousie. Dès lors, Lavinia entreprend de supprimer sa rivale. Cependant, avertie en songe par sa sœur des sombres desseins dont elle fait l'objet, Anna s'enfuit ; elle est alors prise par le fleuve Numicius, et changée en nymphe.
Voir aussi : Pygmalion (Variante 1)
2. Vieille femme de Bovillae, faubourg de Rome.
Cette autre Anna distribue ses galettes aux pauvres réfugiés sur le mont Sacré. Afin de lui prouver sa gratitude, Rome lui érige une statue et célèbre sa fête aux ides de mars ; le 15 mars est le jour d'Anna Perenna, où, en fonction du calendrier d'alors, on se souhaite la bonne année. Le Romain boit beaucoup lors de ces festivités, car le nombre de verres vidés correspond au nombre d'années qu'il lui reste à vivre ; quant aux jeunes Romaines, elles chantent des chansons obscènes : Mars, qui s'est entiché de Minerve, vient trouver Anna pour qu'elle lui serve d'entremetteuse. La petite vieille promet de faire son possible. La chambre nuptiale est préparée par Mars lui-même ; Minerve y est introduite, le visage voilé comme toute jeune épouse de l'époque. Alors que le dieu se dispose à étreindre l'objet divin de sa passion, il soulève le voile et découvre... Anna ! Honteux, furibond, Mars fait alors en sorte qu'on chante des obscénités en l'honneur d'Anna Perenna. Mais on se réjouit que la nouvelle déesse ait su mystifier un dieu si puissant.
Anna est la divinité des années qui se répètent continuellement, d'où l'épithète de « Perenna ».
La fête d'Anna Perenna
Aux ides a lieu la fête joyeuse d'Anna Perenna, non loin de tes rives, ô Tibre... La plèbe arrive et se répand dans les vertes prairies ; on boit, couché sur l'herbe, chacun près de sa compagne. La plupart n'ont d'abri que le ciel ; un petit nombre élève des tentes ; il en est qui de quelques branches se font des cabanes de feuillage, ou bien qui, sur des roseaux dressés par eux en solides colonnes, suspendent leurs toges étendues. Cependant le soleil et le vin les échauffent ; ils se souhaitent autant d'années qu'ils videront de verres, ne buvant pas sans compter. Vous trouveriez là tel homme qui peut boire à la mesure des années de Nestor ; telle femme qui, de rasade en rasade, arrive à l'âge de la sibylle. Ils chantent ce qu'ils ont appris au théâtre, et joignent gracieusement les gestes aux paroles ; laissant reposer la coupe, ils forment lourdement des danses où bondit avec eux, sans souci de sa toilette, leur amie échevelée. Au retour, ils chancellent et sont en spectacle à la foule, qui les salue sur leur passage du nom de fortunés. J'ai rencontré naguère leur pompeux cortège et l'ai cru digne d'être rapporté. J'y vis un vieillard pris de vin que traînait après soi une vieille avinée.
Ovide
La métamorphose d'Anna Perenna
La nuit était venue : Didon, couverte de sang et la chevelure en désordre, paraît se dresser devant le lit de sa sœur et dire : « Fuis, ne tarde pas, fuis cette sinistre demeure ! » ; à ces paroles, le vent ouvrit grande la porte qui gémit. Anna bondit hors du lit et, rapidement, de la fenêtre basse elle s'élance à travers les champs. La frayeur même l'avait rendue pleine d'audace. Alors que saisie par la peur, elle court, la tunique déliée, pareille à une daine terrifiée par les hurlements des loups, le Numicius cornu l'enlève, croit-on, en ses ondes gonflées, et la cache dans le creux de ses tourbillons.
Ovide
