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toxicomanie

Méthadone
Méthadone

Cet article est extrait de l'ouvrage « Larousse Médical ».

Habitude de consommer de façon régulière et importante des substances susceptibles d'engendrer un état de dépendance psychique et/ou physique.

Selon les recommandations officielles de l'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), le terme de pharmacodépendance est préférable à celui de toxicomanie.

La toxicomanie se manifeste par un besoin incoercible de consommer certaines substances (drogues), recherchées pour leurs effets euphorisants (cannabis, cocaïne, opium), enivrants (alcool, voir alcoolisme), excitants (tabac, amphétamines) ou hallucinogènes (mescaline). Ainsi la notion de toxicomanie ne se limite pas à l'usage de produits illicites. D'autres substances, légales et relativement bien intégrées socialement, peuvent, selon l'usage qui en est fait, engendrer, à l'instar des drogues, un état de dépendance. Il en est ainsi de l'alcool, du tabac et de certains médicaments tels que les tranquillisants (anxiolytiques, hypnotiques) ou les stimulants (amphétamines).

La plupart de ces substances permettent au toxicomane de s'évader momentanément d'une réalité qui lui est insupportable. La toxicomanie ne peut se combattre par de simples interdits ou en faisant appel à la raison du sujet car, même si celui-ci a réellement le désir de sortir de cette dépendance, la thérapeutique se heurte au problème majeur du sevrage, l'arrêt de la prise de drogue entraînant une douleur morale et physique extrême (état de manque, à l'origine de nombreuses rechutes).

Les drogues et leurs effets

Quatre grandes familles de drogues. On peut classer les drogues, en fonction de l'effet qu'elles induisent, en quatre groupes et, au sein de ces groupes, les substances en « dures » ou « douces » – ou majeures et mineures – selon que la dépendance qu'elles entraînent est plus ou moins forte. Le premier groupe comprend les substances dites « psychodépressives », qui exercent une action calmante, parfois soporifique, et combattent l'anxiété ; ce sont l'alcool, les opiacés (héroïne), les barbituriques, les tranquillisants (sédatifs et hypnotiques), mais aussi les solvants tels que l'éther et la térébenthine. Le deuxième groupe est formé des substances dites « psychostimulantes » : la cocaïne et son dérivé le crack, les amphétamines ainsi que l'ecstasy et, dans une moindre mesure, la nicotine, la caféine, le khat (extrait d'un arbuste africain). La troisième famille est celle des substances dites « psychodysleptiques », qui exercent des effets hallucinogènes ; elle comprend le LSD et la psylocybine (extraite d'un champignon mexicain), ainsi que le haschisch. Enfin, la quatrième famille de drogues est composée de certains médicaments (atropine, antihistaminiques) qui peuvent exercer des effets particuliers sur le psychisme (calmants ou, au contraire, stimulants) et entraîner une dépendance.

Les méfaits des drogues douces. Si la dépendance physique est particulièrement faible pour le haschisch – d'où son qualificatif de « drogue douce » –, son effet toxique immédiat n'est pas inexistant : diminution de la résistance aux infections, toxicité sur l'embryon en cas de grossesse, troubles des fonctions intellectuelles. L'usage régulier de haschisch entretient aussi une importante dépendance psychologique. On sait actuellement que la prise régulière de haschisch est responsable, du fait de son action sur le système nerveux central (blocage des récepteurs nerveux par la drogue), de l'apparition d'un désintérêt scolaire et, plus largement, d'une indifférence générale appelée syndrome amotivationnel, ou anhédonie.

Expérience et dépendance

La prise de drogues débute souvent à l'adolescence. La grande majorité de ceux qui, à l'âge adulte, continuent à en consommer se marginalisent socialement. D'autres adultes, moins nombreux, évoluant dans des milieux aisés, s'adonnent plus occasionnellement à la drogue, et particulièrement à des psychostimulants comme la cocaïne. Chez les jeunes, la prise occasionnelle de drogues traduit la recherche de sensations nouvelles, le désir d'imiter les autres. Elle peut aussi correspondre à un usage récréatif ou représenter la transgression d'interdits. Ainsi, sur une population d'adolescents scolarisés de 12 à 18 ans, des enquêtes réalisées en Europe et aux États-Unis révèlent que l'héroïne a été essayée par 1 % d'entre eux, les amphétamines, les substances volatiles et les médicaments sédatifs par 3 à 5 %, le haschisch par 5 à 15 %.

Les dangers d'une consommation régulière. Certains adolescents, après ces premières expériences, deviennent des consommateurs réguliers de drogue. Trois facteurs peuvent y contribuer : la fréquentation d'autres jeunes qui se droguent déjà ; un dialogue insuffisant avec les parents ; enfin, des problèmes psychologiques personnels tels qu'anxiété, timidité, dépression et mal-être général. Il faut ici souligner le rôle des revendeurs, qui cherchent, en se rendant sur les lieux de fréquentation privilégiés des jeunes (écoles, boîtes de nuit, etc.), à entraîner ceux-ci à consommer de la drogue. Un des effets pernicieux de l'usage de drogues est qu'il engendre une dépendance psychologique, c'est-à-dire l'envie de prendre cette drogue régulièrement pour retrouver, sous son effet, un état plus satisfaisant que l'état normal. La consommation répétée de cannabis (dont les concentrations en produit actif peuvent varier du simple au triple) peut engendrer une psychose chronique. L’usage récréatif est une illusion.

Les inégalités de la dépendance. La vitesse d'installation de la dépendance physique à une drogue varie selon la substance : elle est beaucoup plus rapide avec l'héroïne qu'avec le haschisch. La dépendance augmente également plus rapidement si l'on prend des doses élevées, quelle que soit la drogue consommée : un consommateur de tranquillisants peut ainsi devenir dépendant de ses médicaments, au même titre qu'un consommateur d'héroïne. Des prédispositions génétiques semblent également être responsables d'une apparition plus rapide de cette dépendance physique chez certains consommateurs de drogues que chez d'autres.

Les maux du toxicomane

La consommation répétée de drogues induit une accoutumance physique de l'organisme. En effet, les drogues interfèrent avec des mécanismes neurobiologiques, en particulier avec les neurotransmetteurs (substances chimiques qui transmettent les messages dans les cellules du système nerveux), et se fixent sur des récepteurs spécifiques du cerveau. Ces récepteurs accueillent, à l'état normal, des substances sécrétées par l'organisme, les endorphines, qui ont des propriétés analgésiques et induisent une sensation de plaisir. Si, comme c'est le cas chez l'héroïnomane, l'organisme est régulièrement saturé par des morphiniques d'origine extérieure à l'organisme, la production interne d'endorphines diminue, et les sensations de plaisir ne peuvent plus provenir, à un certain stade, que de l'apport extérieur d'héroïne.

Les troubles physiques. L'usage des drogues produit de multiples effets toxiques sur la santé, surtout si elles sont consommées régulièrement et à doses élevées : troubles nerveux, digestifs, cardiaques, infections diverses, risques d'embolie, intoxication aiguë et parfois décès à l'occasion d'une surdose (overdose), confusion mentale, délire, hallucinations, comportement particulièrement agressif. Les toxicomanes qui utilisent des seringues risquent en outre de contracter de graves maladies virales (hépatites B ou C, sida) s'ils les échangent entre eux. Une fois dépendant, le toxicomane évolue, pour se procurer l'argent nécessaire à l'achat de sa drogue, dans des milieux de plus en plus marginaux où violence, prostitution et trafic sont la règle.

Le manque. En cas de diminution de la consommation de drogue, l'organisme réagit par des signes de sevrage, parfois confusion mentale ou encore hallucinations. La prise de drogue atténue, voire fait disparaître ces symptômes de manque, ce qui incite le toxicomane à continuer à en consommer régulièrement.

Toxicomanie et grossesse. La consommation de drogues pendant la grossesse peut provoquer de graves accidents chez la mère comme chez l'enfant. La consommation d'héroïne entraîne chez le nouveau-né, dans 80 % des cas, un syndrome de sevrage néonatal dû à l'arrêt de l'apport d'opiacés par le cordon ombilical. Ce syndrome est traité avec de l'élixir parégorique administré en doses décroissantes. La cocaïne augmente le risque de fausse couche, d'accouchement prématuré, d'hématome rétroplacentaire et de retard de croissance. La consommation de substances hallucinogènes, enfin, augmente également le risque de fausse couche, mais aussi de malformation congénitale.

Guérir et prévenir la toxicomanie

Un consommateur occasionnel ne nécessite pas de traitement médical : l'entourage familial et scolaire doit l'avertir du risque d'accoutumance et d'escalade. Celui qui use plus régulièrement de drogues peut être aidé par un soutien psychologique qui lui permettra de comprendre quelle difficulté d'existence il essaie de compenser et par quels comportements il peut remplacer la drogue. Enfin, si une dépendance physique est installée, un sevrage s'impose avant la prise en charge psychologique. Il est pratiqué sous contrôle médical et associé à l'administration temporaire de médicaments de substitution. La prise en compte des toxicomanies comprend également la prévention et/ou le traitement de problèmes de santé découlant de la prise de drogues : pour éviter la propagation de maladies virales, certains pays mettent à l'essai des mesures comme la mise en vente libre de seringues stériles.

Des rechutes fréquentes. Les rechutes sont liées à des mécanismes biologiques, mais aussi psychologiques, le souvenir de l'effet « agréable » de la drogue persistant dans le psychisme. Aussi sont-elles fréquentes ; ce n'est souvent qu'après plusieurs rechutes que le toxicomane se stabilise, lorsqu'il se découvre une passion qui « l'accroche » plus que la drogue. La recherche de cet intérêt de substitution constitue l'objectif des programmes de réadaptation réalisés par des centres spécialisés ou des groupes d'entraide, mais doit également être soutenue par l'entourage du malade.

Éduquer et prévenir. Limiter l'accès aux drogues par des mesures de contrôle du trafic, de répression de la distribution et de la consommation constitue une mesure efficace pour prévenir la toxicomanie. Cependant, l'attrait financier, pour les vendeurs de drogue, et celui de la transgression, pour les consommateurs, sont tels qu'une éradication est illusoire. Aussi doit-on souligner l'importance, dans cette prévention, de l'éducation : plus que d'une prévention de l'usage de drogues, il s'agit de la préparation à un mode d'existence où la drogue n'exerce pas d'attrait parce que l'on a pu développer une personnalité qui trouve en elle-même suffisamment de ressources.

Les drogues de substitution. Chez un grand nombre de toxicomanes, le sevrage et l'abandon de toute drogue ne sont pas envisageables. Aussi certains programmes de traitement comprennent-ils la distribution de produits dits de substitution à l'héroïne, tels que la méthadone (Mephenon), la buprenorphine (Subutex) ou encore d'autres morphiniques de synthèse contrôlés pharmaceutiquement. L'objectif de cette politique, qui suscite de vives polémiques (en raison du risque de dépendance à ces produits et de leur revente en fraude), est de prévenir la délinquance liée à la recherche de drogue, de diminuer les risques de transmission virale (sida) ou encore d'inciter la personne qui suit ce traitement à suivre un traitement psychologique, ce qui est plus aisé lorsqu'on bénéficie d'un traitement de substitution.

Voir : addiction, cocaïne, dépendance, héroïne, sevrage d'un toxique.