Ce conflit a eu cependant d'autres avantages pour le Kremlin. D'abord en confirmant de manière éclatante la puissance du condominium Moscou-Washington, ne serait-ce que parce qu'il a résisté aux tensions de la guerre du Kippour. Ensuite, parce qu'il a rappelé aux alliés de l'URSS, et avant tout aux pays socialistes de l'Europe de l'Est, l'importance du parapluie soviétique et les avantages de son aide économique.

Dialogues

Avec les pays frères, outre une série de rencontres bilatérales au sommet, le seul fait marquant a été la conférence du pacte de Varsovie qui s'est réunie en avril 1974 dans la capitale polonaise. La proposition de dissoudre simultanément le pacte de Varsovie et l'OTAN, formulée à cette occasion, n'est pas originale, mais le ton du communiqué final a surpris par sa modération.

Les relations avec les pays occidentaux ont été pratiquement dominées par le dialogue entre les deux supergrands, dialogue quelque peu mouvementé. En octobre, au plus fort de la guerre au Proche-Orient, Richard Nixon n'hésite pas à mettre les troupes américaines en alerte atomique. La réaction de Moscou est étrangement modérée. Il est vrai que les chefs des diplomaties des deux pays ne ménagent pas leurs efforts : Henry Kissinger, à deux reprises à Moscou (décembre 1973 et mars 1974), Andreï Gromyko, longuement reçu à la Maison-Blanche en avril.

Mais si Moscou et Washington souhaitent effectivement maintenir leur dialogue, développer leurs échanges et réduire les risques d'affrontement, ils continuent à se heurter à d'irritants obstacles. Une partie importante du Congrès américain souhaite obtenir de Moscou une libéralisation du régime en échange d'avantages commerciaux, alors que les durs du Comité central du parti reprochent à Brejnev ses concessions ; les militaires des deux pays n'entendent pas relâcher leurs efforts (d'où l'échec des SALT II). Enfin, le Kremlin a pris conscience de la gravité de la crise qui secoue les États-Unis après l'affaire du Watergate. En accueillant avec des égards exceptionnels Edward Kennedy, en visite privée à Moscou, au printemps 1974, les dirigeants du Kremlin ont cherché un peu à désamorcer les éventuels effets de la visite que le président américain effectuait deux mois plus tard dans la capitale soviétique. En tout état de cause, l'affaire du Watergate embarrasse l'URSS. Avec beaucoup de retard, la presse soviétique a commencé à en faire état. Mais il est évident que conformément à sa ligne de conduite, favorable au statu quo, Moscou préférerait éviter un changement à la tête de la Maison-Blanche.

Pékin

Seul véritable nuage à l'horizon de la diplomatie soviétique : les rapports avec la Chine. En dépit d'une volonté affichée de normaliser les relations entre les deux États, les rapports restent tendus au point que l'Institut d'études stratégiques de Londres leur a consacré un chapitre entier sous le titre L'Union soviétique attaquera-t-elle la Chine ? L'Institut britannique répond par la négative. Certes, Moscou a concentré 45 divisions le long de la frontière sino-soviétique, des divisions dotées d'un puissant armement nucléaire ; mais les experts anglais estiment que l'Union soviétique ne peut plus faire grand-chose pour empêcher la croissance des forces stratégiques de la Chine.

Moscou et Pékin ne vivent pas encore à l'heure de l'équilibre de la terreur. Mais l'URSS n'a déjà plus les moyens d'écraser la Chine.

La montée des nationalismes

Arrestations et procès en Ukraine, épuration en Géorgie, interrogatoires et licenciements en Lituanie, manifestations en Estonie, campagne de reprise en main en Azerbaïdjan – en 1973-74, le nationalisme constitue encore une menace pour l'Union soviétique.

Plusieurs éditoriaux de la Pravda, une session du Comité central, de nombreux discours de dirigeants locaux y sont consacrés, sans que nécessairement le mot nationalisme soit mentionné.

On parle plutôt de déviationnisme ou de particularisme petit-bourgeois. En Ukraine et dans les républiques baltes, ce sont essentiellement les milieux intellectuels, universitaires et artistiques qui sont visés par les directions locales ou par Moscou. Dans les républiques du Caucase, d'Arménie, de Géorgie et d'Azerbaïdjan, ce sont au contraire les dirigeants locaux (du parti ou du gouvernement) qui font les frais des épurations successives, le plus souvent sous l'accusation de corruption, de favoritisme, voire d'extorsion de fonds. En Géorgie, la dernière épuration touche 2 secrétaires de région (sur 3), 10 secrétaires de grandes villes (sur 11) et plus de 50 secrétaires de districts (sur 70).