Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
Z

Zamiatine (Ievgueni Ivanovitch) (suite)

L’indépendance d’esprit de Zamiatine fait de lui la cible favorite de la critique orthodoxe. La publication, en 1927, par la revue social-révolutionnaire Volia Rossii (la Liberté de la Russie), paraissant à Prague, du texte russe démarqué de My, présenté comme une retraduction du tchèque (interdit en U. R. S. S., le roman a paru en anglais, puis dans d’autres langues européennes à partir de 1924), fournit le prétexte d’une violente campagne qui mène la plupart des « compagnons de route » à se désolidariser des brebis galeuses Zamiatine et Pilniak (accusé, lui aussi, d’avoir transmis à l’étranger une œuvre interdite en U. R. S. S.). Protestant, dans une lettre adressée à Staline en juin 1931, contre la situation qui lui est faite en U. R. S. S., Zamiatine obtient l’autorisation de quitter la Russie. En 1932, il se fixe à Paris.

M. A.

Zanzibar

Île de l’océan Indien, partie (avec Pemba) de la république de Tanzanie*.



La géographie

L’île de Zanzibar, longue d’environ 90 km, couvre 1 658 km2, et, au nord, l’île de Pemba, longue de 70 km, s’étend sur 984 km2. Elles sont toutes deux situées sur le plateau continental, à une trentaine de kilomètres du continent. Elles ont une structure géologique comparable, avec une moitié environ de chaque île constituée par un récif corallien quaternaire soulevé de quelques mètres, portant un karst impropre à toute mise en valeur (Wandaland), et avec une autre moitié plus ancienne et plus élevée, découpée en collines ne dépassant pas une centaine de mètres d’altitude (Shamba land). Le Shamba land porte les plantations de girofliers, principale ressource des îles, et les cocoteraies, qui couvrent aussi certains cordons littoraux sableux. Le climat est le même que celui du littoral tanzanien, avec une moyenne pluviométrique annuelle d’environ 1 500 mm.

Concentrée dans le Shamba land et sur les cordons littoraux, la population était de 354 000 habitants en 1967 (dont 190 000 à Zanzibar et 164 000 à Pemba), comprenant 340 000 Africains, Arabes et Comoriens, 14 000 Asiatiques et 200 Européens.

Le Shamba land, pays de collines aux sols profonds et fertiles, porte, outre les plantations de girofliers (4,5 millions d’arbres) et des cocotiers, autour des villages, des manguiers, des papayers et diverses cultures de subsistance (manioc, sorgho, tomates et autres légumes). On cultive aussi le riz. Il y a 15 000 bovins à Zanzibar et 28 000 à Pemba.

Ancien port arabe, jadis prospère au temps des sultans (commerce de l’ivoire et des esclaves), la ville de Zanzibar, avec une population de 60 000 habitants, est la seule agglomération notable. Le port, trop peu profond, n’est qu’une rade foraine, et seuls les boutres peuvent venir à quai.

Les exportations consistent surtout en huile de girofle (le principal client étant l’Inde, qui absorbe près de la moitié de la production et est suivie par l’U. R. S. S., le Pākistan et l’Indonésie) et en coprah.

R. B.


L’histoire

L’île et la ville de Zanzibar furent un comptoir marchand de la côte orientale d’Afrique dès l’époque hellénistique. Après la fondation, au xe s., du sultanat de Kilwa par ‘Ali ibn Ḥasan, originaire de Chirāz, l’île fut habitée par une population métisée de Persans et de Bantous. Zanzibar dépendit un temps de Kilwa, mais cette cité était déjà en déclin quand les Portugais se rendirent maîtres de la côte orientale : Zanzibar tomba entre leurs mains en 1509. L’occupation portugaise a laissé peu de traces dans l’île. Dans la seconde moitié du xviie s., les sultans khāridjites de l’Oman* remplacèrent les Portugais. Avec l’avènement des Āl Bū Sa’īd (v. 1750), Zanzibar connut un certain développement : son rôle de port et de marché d’esclaves se précisa. Mais les véritables débuts de la prospérité et de la puissance de Zanzibar datent du règne du sultan Sa‘īd ibn Sulṭān (1804-1856), qui, en 1832, transféra sa capitale de Mascate à Zanzibar et signa plusieurs traités de commerce avec les puissances européennes. L’île devint le point de départ de plusieurs routes commerciales pénétrant jusqu’au cœur de l’Afrique en même temps qu’un grand centre de traite des esclaves et de commerce de l’ivoire.

Après la rupture avec le sultanat d’Oman (1861), l’influence britannique devint prépondérante et la traite négrière déclina. Le marché d’esclaves de Zanzibar fut supprimé en 1873. Les dépendances continentales du sultanat furent l’enjeu d’une rivalité anglo-allemande, à laquelle un traité entre les deux puissances mit fin en 1887.

En 1890, les deux îles de Zanzibar et de Pemba furent placées sous protectorat britannique, qui fut caractérisé par l’abolition de l’esclavage (1897), l’essor de la culture du clou de girofle (qui devint une véritable monoculture coloniale) et une immigration massive d’Indiens. En novembre 1960, la Grande-Bretagne accorda au sultanat un gouvernement responsable. Le parti d’opposition, le Parti Afro-Shirazi d’Abeid Amani Karume (1906-1972), représentant des Africains et opposé aux Indiens et aux Arabes, devint la principale force politique.

Le 10 décembre 1963, Zanzibar accéda à l’indépendance dans le cadre du Commonwealth. Des troubles éclatèrent le 12 janvier 1964, troubles au cours desquels une partie de l’aristocratie arabe fut massacrée ; le sultan dut se réfugier en Grande-Bretagne, et la république fut proclamée.

Après le bref intérim du Conseil révolutionnaire, dominé par l’aventurier John Okello, Karume prit le pouvoir et, le 27 avril 1964, proclama l’union de son pays avec le Tanganyika au sein de la République unie de Tanzanie*. Le président du Tanganyika, Julius Nyerere, devint président de la nouvelle République, et Karume vice-président.

Bien que la Constitution de 1965 prévoie une Assemblée nationale unique pour l’ensemble de la Tanzanie, Zanzibar conserve sa propre Assemblée législative et son exécutif, le Conseil révolutionnaire. Depuis l’indépendance, celui-ci est présidé par Karume, dont le comportement tyrannique provoque complots et luttes raciales. Le 7 avril 1972, Karume est assassiné et remplacé dans ses fonctions par Aboud Jumbe.

J. M.