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Veliki Novgorod

jusqu'en 1999 Novgorod

Veliki Novgorod, la cathédrale Sainte-Sophie
Veliki Novgorod, la cathédrale Sainte-Sophie

Ville de Russie, sur le Volkhov, à sa sortie du lac Ilmen.

  • Population : 218 724 hab. (recensement de 2010)

Centre commercial, touristique et industriel.

L'HISTOIRE DE VELIKI NOVGOROD

Construite sur les rives du Volkhov, au débouché septentrional du lac Ilmen en un point où confluent les deux routes fluviales qui, par la Volga jusqu'au milieu du ixe s., par le Dniepr ensuite, permettent aux Scandinaves empruntant la voie du golfe de Finlande, de la Neva et du lac Ladoga de gagner Byzance, Novgorod (« la ville neuve ») est dès l'origine un bourg commercial fortifié par les Slaves occidentaux, les Slovènes.

Dès le début du IXe s., une classe de marchands y participe au commerce international sous l'impulsion des Khazars. Tombée sous l'autorité des Varègues, qui ont implanté des colonies marchandes et militaires autour des lacs Ladoga et Ilmen afin d'établir des relations commerciales faciles et fructueuses entre la Baltique et la mer Noire, Novgorod la Grande (Holmgardhr) devient dès lors, avec son avant-poste de Staraïa Ladoga, l'un de leurs principaux points d'appui en pays slave. Les Varègues, temporairement chassés par les Slovènes, qui refusent de leur verser le tribut traditionnel, sont rappelés par ces derniers dès 859 (ou 862). Incapables, en effet, de se gouverner eux-mêmes, ils se placent alors volontairement, selon la Chronique des temps passés dite de Nestor, sous l'autorité de princes de cette ethnie minoritaire, mais assez forte pour jeter les bases institutionnelles du premier État russe : la principauté de Novgorod, dont le fondateur, Riourik (?-879), est également, par l'intermédiaire d'Oleg, souche de la dynastie des Riourikovitch, qui règne sur Kiev, puis sur Moscou de 882 ? au xvie s.

Devenue vassale de la grande principauté de Kiev, résidence, vers 970, de Vladimir Ier le Grand, fils cadet du prince de Kiev Sviatoslav, Novgorod ne renonce au paganisme que sous la contrainte, à la suite du baptême, vers 988, de ce même Vladimir, devenu entre-temps prince de Kiev. La ville, qui est le siège de l'unique diocèse fondé peu après dans le nord de la Russie et qui s'orne bientôt de nombreux monastères et églises, apparaît dès lors comme une ville typiquement slave (ou, à la rigueur, finnoise), mais nullement scandinave dans son cadre matériel : les maisons et les rues sont construites et pavées en madriers empilés (quatre à cinq pavages par siècle) reposant sur des fondations constituées de deux ou trois couches de troncs d'arbre disposés en longueur ; la céramique est de fabrication purement locale ; les objets d'importation nordique sont très rares.

Par ailleurs, dès le xie s., le slave et les caractères cyrilliques sont d'un usage quotidien dans les documents écrits. Enfin, les institutions apparaissent purement slaves. Apanage du fils aîné du prince de Kiev en fait depuis les origines, dotée d'une charte en 997 par Iaroslav, Novgorod est administrée en réalité par des gouverneurs (possadnik) qui représentent le prince non résident. Tentant de se rendre indépendant avec l'appui de la population locale, l'un d'eux est exécuté en 1016, et ses successeurs, nommés par les princes, doivent faire face à de violentes révoltes, notamment en 1068 et en 1118-1120. Finalement, celle de 1136 permet à l'aristocratie novgorodienne, formée de patriciens, d'artisans et de petits marchands, de transférer au vetche la réalité du pouvoir et d'acquérir ainsi son indépendance vis-à-vis de Kiev. Assemblée des chefs de famille où toutes les catégories de la population sont représentées, mais que dominent les boyards (propriétaires fermiers) et les marchands, le vetche désigne à la fois le gouverneur civil (possadnik), le gouverneur militaire (tyssiatski), investi de pouvoirs judiciaires, et, à partir de 1156, l'évêque, arbitre naturel entre les factions. Réduit à la condition de salarié, bientôt choisi en dehors de la famille des Riourikovitch et contraint à prêter serment de fidélité au « Grand Souverain Novgorod », affaibli enfin par la révolution de 1209, le prince disparaît définitivement en 1270.

Bien qu'elle contrôle Pskov et Ladoga, et fonde des colonies, telles Viatka et Vologda, la république de Novgorod est en fait un colosse aux pieds d'argile. Elle est peuplée en 1016 de 4 000 hommes adultes, ce qui suppose une population de 10 000 à 15 000 âmes, qui sera portée à 20 000 ou 30 000 au xiiie s. Cela est considérable pour une ville qui ne contrôle que des terres incultes de Pskov à Ladoga. Aussi Novgorod se trouve-t-elle totalement à la merci de l'État souzdalien, par où transite le blé nécessaire à son ravitaillement. Certain de pouvoir la réduire ainsi à la famine et, par là même, à la sujétion, le prince de Vladimir-Souzdal André Bogolioubski (1157-1174) la contraint, en 1169-1170, à nommer ses protégés aux postes de kniaz et de possadnik. Plus exigeant, son successeur, Vsevolod Iourevitch (1176-1212), lui impose même son fils aîné, Konstantin, comme prince. Enfin, en 1242, Alexandre Nevski lui impose un tribut pour prix de la victoire remportée par lui sur les chevaliers Porte-Glaive, qui menacent l'indépendance de Novgorod. Menacée de tomber définitivement dans la dépendance de l'État souzdalien, la république cherche à l'ouest des alliances de contrepoids, qui la font alors tomber au milieu du xiiie s. sous la dépendance économique de la Hanse germanique.

N'ayant, en fait, qu'une influence très effacée sur les institutions et sur la culture novgorodiennes en raison de leur faiblesse numérique et de leur inaptitude à s'adapter à des civilisations étrangères, « les Varègues, marchands et mercenaires de leur profession […] » (Lucien Musset), ont eu le mérite d'éveiller Novgorod au commerce international en lui faisant prendre conscience de la valeur exceptionnelle de sa situation géographique de carrefour de voies fluviales, qui assurent dès le ixe s. l'essor d'un commerce direct entre Scandinaves et Arabes. Mais, en fait et grâce surtout au Peterhof, comptoir de la Hanse germanique fondé au début du XIIIe s., Novgorod devient au Moyen Âge le grand centre de redistribution vers l'Occident des produits de l'agriculture et de l'élevage de la Russie : cire, cuirs, chanvre, lin, oiseaux de chasse des pays de la Dvina occidentale (Düna) et de la Volga, blé du Sud, poissons salés de la Caspienne et de la mer Noire, enfin fourrures, premier article d'exportation à partir du milieu du xive s. (peaux d'écureuil que les Hanséates, les Anglais et les Hollandais achètent massivement, et, en moins grand nombre, fourrures de luxe [hermine, martre, belette, zibeline], complétées au xive s. par les peaux de loup, d'ours, de loutre et de lièvre). En échange et jusqu'au développement d'une industrie textile indigène, Novgorod importe d'Occident, par l'intermédiaire de la Hanse, des draps de luxe (écarlates de Flandre et d'Italie) et plus encore des tissus courants (draps de Poperinge et, depuis la fin du xie s., draps allemands et anglais ; subsidiairement, elle lui achète du sel et des métaux précieux pour stimuler ses échanges commerciaux : or sous forme de monnaies étrangères qui ne circulent pas dans le pays et argent d'Europe centrale destiné au monnayage.

Novgorod, menacée par la politique expansionniste des princes de Moscou, s'allie aux Polonais. En vain. En 1456, Basile (Vassili) II lui impose un tribut ; en 1478, Ivan III annexe ses immenses possessions et ferme en 1494 le Peterhof, ce qui scelle le déclin de son commerce. Ainsi, les marchands n'y reviennent plus. Seul l'éclat de la civilisation intellectuelle et artistique de Novgorod témoignent désormais de l'antique splendeur de cette ville, où l'influence de Byzance se marque dans les Chroniques, qui y ont été élaborées aux xe et xie s., dans la peinture, célèbre par ses fresques et par l'école d'icônes fondée par Théophane le Grec (vers 1350-vers 1410), qui s'y établit vers 1370, dans les œuvres érudites de Pacôme le Logothète (1400-1485) et de Nil de la Sora (1433-1508). Mais, en annexant la ville par ruse en 1523, en ruinant ses boyards en 1570 par crainte du parti lituanien, Basile III et Ivan IV font de Novgorod une ville secondaire, dont les dernières tentatives pour maintenir des contacts économiques avec l'Occident sont brisées par les guerres qui se déroulent aux confins baltiques de la Russie à la fin du xviie s. et surtout par la fondation, en 1703, de Saint-Pétersbourg, qui accapare désormais à son profit exclusif les contacts avec l'Occident.

VELIKI NOVGOROD, VILLE D'ART

On a retrouvé à quelques kilomètres de la ville actuelle les traces d'un bourg primitif, le gorodichtche. Au xe s., de nouvelles fortifications de bois sont construites sur la rive gauche du Volkhov. C'est à l'intérieur de cette enceinte, le detinets, plus tard appelé kremlin, qu'est élevée la première église de Novgorod, édifice de bois coiffé de treize « sommets », mais celle-ci est détruite par un incendie, et le prince Vladimir Iaroslavitch fait construire en 1045 la cathédrale Sainte-Sophie. Celle-ci est bâtie en pierre et en brique sur un plan identique à celui de Sainte-Sophie de Kiev : un noyau central à cinq nefs et douze piliers, entouré d'une galerie fermée et flanqué d'une tour-escalier. Cependant, toutes les voûtes étant au même niveau, elle a l'allure d'un cube – surmonté de cinq coupoles –, au lieu d'une silhouette pyramidale. Cette forme s'imposera par la suite dans la plupart des églises russes.

Au début du XIIe s., on construit des collégiales à trois nefs et six piliers, décorées sobrement de frises en brique ; celle de la cathédrale Saint-Georges du monastère Iouriev et celle du monastère Saint-Antoine, avec leur tour-escalier en hors d'œuvre et leurs trois coupoles posées asymétriquement, sont spécifiques de l'architecture de Novgorod. À partir du milieu du xiie s., la ville s'étant libérée de l'hégémonie de Kiev et le gouvernement de la cité étant passé aux mains de l'assemblée de ses habitants, le vetche, la construction des églises est ordonnée non plus seulement par le prince ou par l'évêque, mais aussi par les habitants d'une rue, par des particuliers ou par des gildes de marchands. Ces édifices sont plus modestes ; ils n'ont que quatre piliers et une seule coupole : ainsi l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul-au-Mont-des-Mésanges, l'église de l'Annonciation à Arkaï et celle du Sauveur sur la Nereditsa ; les deux dernières ont été décorées de fresques.

À la fin du xiie s., dans l'église de la Nativité-de-la-Vierge, on voit apparaître une forme nouvelle : les voûtes ne sont plus à la même hauteur, celles des côtés n'étant plus en berceau, mais en demi-berceau, ce qui donne au sommet des façades une forme trilobée. Au xiiie s., Novgorod subit le contrecoup de l'invasion mongole, et l'on cesse de bâtir. Ce n'est qu'en 1291 que la construction reprend, dans le même style qu'à la fin du xiie s., avec l'église Saint-Nicolas à Lipna. La décoration extérieure se développe : les façades sont ornées de frises de brique en zigzags ou en dents de scie, de rosaces et de croix votives. Les églises Saint-Basile, Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Kojevniki et Saint-Théodore-le-Stratilate sont très représentatives de cette période. On voit également apparaître des toits à double pente recouvrant les voûtes, alors qu'auparavant la couverture reposait directement sur les extrados. Il en est ainsi à l'église du Sauveur de la rue Saint-Élie (décorée à l'intérieur de fresques par Théophane le Grec).

Au xve s., Novgorod entre en lutte contre l'hégémonie de Moscou. Pour rappeler le passé glorieux de la cité, l'évêque enrichit le kremlin de nombreux bâtiments et fait reconstruire l'église Saint-Jean-sur-les-Marnes dans le style de Sainte-Sophie et des collégiales. À la suite de la soumission de la ville par Ivan III, Novgorod cesse d'avoir un style architectural particulier. Des marchands de Moscou font construire des églises dans le style moscovite. Enfin, après le sac de la ville par les Suédois au xviie s., celle-ci ne joue plus de rôle dans la vie du pays.

Dans le domaine de la peinture d'icônes, une école originale naît à Novgorod au xiie s. ; son apogée se situe à la fin du xive s. et au xve s. Les icônes de Novgorod, dont on peut prendre pour exemples celle de Saint-Georges et celle de Saint-Élie, ou encore celle qui représente la lutte des habitants de Novgorod contre ceux de Souzdal (Moscou, galerie Tretiakov), se caractérisent par la simplicité des sujets, le statisme et surtout les couleurs vives et pures.