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Saragosse

en espagnol Zaragoza

Francisco de Goya, Agustina de Aragon
Francisco de Goya, Agustina de Aragon

Ville d'Espagne, capitale de l'Aragon, chef-lieu de province, sur l'Èbre, à proximité du confluent du Gállego.

  • Population : 678 115 hab. (recensement de 2011)

Saragosse est la cinquième ville d'Espagne. Occupant à peu près le centre du bassin de l'Èbre, elle se trouve à mi-chemin des deux grands foyers industriels cantabriques (avec Bilbao) et catalans (avec Barcelone). Elle est d'autre part située à la confluence des rios Gállego et Huerva, qui donnent accès le premier aux Pyrénées, le second à la Méditerranée, et non loin de la vallée du Jalon, qui permet des relations aisées avec la Castille et Madrid, située, comme l'est Valence, à moins de 300 km. Cette position de carrefour favorise le développement des activités industrielles (constructions mécaniques et automobiles, machines agricoles, matériel ferroviaire, matériel électrique, industries alimentaires, textile) et de logistique, à côté de ses fonctions commerciales, administratives et intellectuelles (université, académie militaire, archevêché). L'extension urbaine se fait principalement sur la rive droite de l'Èbre, dans l'espace compris entre la vieille ville, axée sur la Paseo de la Independencia et tassée autour de la ville romaine, où se concentrent les richesses architecturales.

En 2008, Saragosse a accueilli, sur un bras de l'Èbre, une exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable, ce qui a donné l'occasion de moderniser la ville, quasiment détruite par les troupes de Napoléon en 1808 et en 1809 et peu transformée depuis : ont été construits une nouvelle gare, pour accueillir les trains à grande vitesse en provenance de Madrid et de Barcelone, plusieurs ponts (dont un pont-pavillon d'exposition en forme de glaïeul) et un boulevard périphérique, l'aéroport a été agrandi et l'équipement touristique adapté (centre de congrès, grand aquarium).

L'HISTOIRE DE SARAGOSSE

Saragosse, appelée Salduba par les Cantabres, est détruite au ier s. avant J.-C., puis reconstruite en 24-23 avant J.-C. par Auguste, qui lui donne le nom de Caesaraugusta. Sous la domination romaine, elle devient une des principales villes de la province de Tarraconaise. Le christianisme y est prêché de bonne heure, et, au début du ive s., les persécutions contre les chrétiens y connaissent une ampleur particulière.

La cité est conquise par les Suèves en 452 et par les Wisigoths vers 466. Ces derniers la baptisent Cesaragosta, et les Arabes, qui s'en emparent dès le début de la conquête, en 714, la nomment Saraqusta.

La ville, vainement assiégée par Charlemagne en 778, demeure sous l'autorité des califes jusqu'à sa libération, en 1118, par les troupes chrétiennes conduites par le roi d'Aragon Alphonse Ier le Batailleur ; celui-ci fait aussitôt de Saragosse la capitale de son royaume, à la place de Huesca. En 1317, un archevêque y est établi.

Capitale d'un royaume, Saragosse devient un simple chef-lieu de province lorsque Philippe II décide de fixer la cour à Madrid (1561). La ville s'attache cependant à conserver ses droits politiques (fueros) et défend âprement son autonomie contre la politique centralisatrice de Philippe II : sous la conduite du magistrat suprême (justicia) Juan de Lanuza, la ville se soulève lorsque, en 1591, le roi exige l'extradition d'Antonio Pérez, bien que celui-ci bénéficie du droit d'asile à Saragosse ; mais Philippe II réprime la révolte et fait décapiter le dernier des grands justiciers d'Aragon (novembre 1591).

Durant la guerre de la Succession d'Espagne, la ville prend parti pour l'archiduc Charles d'Autriche contre Philippe V. L'archiduc y remporte une brillante victoire le 20 août 1710 ; mais Philippe V, ayant finalement triomphé, supprime les privilèges de la cité. Au xviiie s., la ville, grâce à l'achèvement du canal Impérial d'Aragon (1772-1790) par Ramon de Pignatelli (1734-1793), voit sa prospérité s'accroître avec le réveil de l'activité économique.

Saragosse s'illustre durant la guerre d'indépendance contre Napoléon. La ville – peuplée alors de 100 000 habitants, dont beaucoup de réfugiés des pays d'alentour, et défendue par 40 000 soldats – soutient deux sièges mémorables. Le premier dure du 14 juin au 13 août 1808 : les généraux Lefebvre-Desnouettes et Verdier bombardent la ville, mais les habitants galvanisés par leur chef, José Rebolledo de Palafox, refusent de capituler. Au général Verdier qui l'incite à se rendre, Palafox répond par une « guerre au couteau ». Aussi, malgré quelques succès des Français, qui s'emparent d'une partie des remparts le 4 août, l'armée impériale doit-elle quitter la ville, qu'elle laisse à moitié brûlée.

Les troupes de Napoléon reviennent en décembre 1808, commandées par Moncey, Junot et Lannes. À la fin de janvier 1809, les assiégeants ont occupé la plupart des défenses extérieures, mais la ville n'est pas prise pour autant. Un mois de combats sanglants sera nécessaire pour conquérir chaque rue, chaque maison. Une terrible épidémie de peste s'étant déclarée dans la ville, les combats prennent fin le 20 février 1809 après avoir fait 108 000 morts chez les Espagnols, dont 48 000 par maladie. Les Français de leur côté ont perdu 3 000 hommes. Palafox sera emprisonné à Vincennes jusqu'en 1813.

En reconnaissance de ses hauts faits, Saragosse recevra le droit de décorer le drapeau de sa milice avec le collier de l'ordre de saint Ferdinand et le titre de « toujours héroïque ».

L'ART À SARAGOSSE

Ville moderne et maintes fois reconstruite – notamment après les terribles sièges de 1808-1809 –, Saragosse n'offre plus que des épaves d'un passé qui fut riche et brillant. Il s'agit, il est vrai, d'éléments essentiels pour son histoire.

Le palais de la Aljafería fut construit par le roi musulman Abu Djafar al-Muqtadir (1046-1081 ou 1082), un ami du Cid. Tout mutilé qu'il soit, il demeure un témoin irremplaçable d'une évolution qui devait conduire le palais hispano-moresque de Madinat al-Zahra (Cordoue) à l'Alhambra de Grenade.

Après la reconquête de la ville par Alphonse Ier le Batailleur en 1118, les chrétiens transformèrent une mosquée en cathédrale. C'est seulement à partir de 1189 que fut édifiée la nouvelle cathédrale San Salvador, appelée la Seo. Ses deux éléments principaux sont une abside romane et une magnifique nef du type halle, lentement construite entre le xive s. et le xvie s. Le cimborio, ou tour-lanterne, refait dans les premières années du xvie s., perpétue la tradition des coupoles nervées sur arcs entrecroisés de tradition hispano-moresque.

D'un mobilier très riche se détache le retable du maître-autel, commencé en 1434 par le Catalan Pere Johan (vers 1400-vers 1458) et continué en 1467 par l'Allemand Hans de Gmünd, puis par Gil Morlanes (vers 1450-vers 1517), qui introduisit l'italianisme à Saragosse.

À l'extérieur de la cathédrale, la tour octogonale, dessinée en 1686 par l'Italien Giovan Battista Contini, et une façade néoclassique établissent un lien stylistique avec l'autre grand édifice religieux de Saragosse, la basilique Nuestra Señora del Pilar.

À son emplacement voisinaient deux monuments : une église gothique, Santa María, dont on conserve le grand et beau retable (1509-1515) du Valencien Damián Forment (vers 1480-1541), et un édifice commémoratif où l'on vénérait le pilier miraculeux sur lequel une image de la Vierge serait apparue à saint Jacques au cours de sa mission d'évangélisation en Espagne. Dans la seconde moitié du xviie s., on entreprit d'unifier les deux constructions dans un espace architectural unique, dont les plans furent fournis par Francisco Herrera le Jeune (1622-1685). Ce peintre de Séville, ayant longtemps vécu à Rome, était venu tard à l'architecture. Il proposa un parti des plus pittoresques, qui jouait, à l'intérieur, sur des effets d'ombre et de lumière et établissait à l'extérieur une savante hiérarchie entre les différents éléments de la construction. Ce projet fut malheureusement défiguré en cours d'exécution. Au siècle suivant, le grand architecte Ventura Rodríguez (1717-1785) dressa à l'intérieur de l'édifice un petit temple précieux, véritable écrin destiné à mettre en valeur le pilier miraculeux, grâce à d'habiles effets de perspective. Les coupoles du Pilar furent décorées par les peintres royaux, parmi lesquels Francisco Bayeu (1734-1795) et Goya (la Vierge reine des martyrs, Regina martyrum, 1780-1781).

L'architecture civile se développa surtout à Saragosse à l'époque de la Renaissance. Il s'agissait de sobres édifices de brique, du type de la Lonja (1541-1551). Le palais des Luna (aujourd'hui la Audiencia) se distingue par un portail très saillant, cantonné de deux atlantes.

On regrettera que Goya soit si peu représenté à Saragosse. Outre la coupole de la Regina martyrum, on ne peut guère citer que quelques portraits au musée et les peintures murales de la chartreuse d'Aula Dei, dans la banlieue, qui représentent des œuvres de jeunesse (vers 1772-1774), encore très italianisantes et par ailleurs passablement restaurées.

La cathédrale possède un Musée diocésain particulièrement riche en tapisseries flamandes des époques gothique et Renaissance (xive s.-xvie s.). Le Musée provincial est consacré à la préhistoire, à l'archéologie romaine et musulmane (fragments des riches décors autrefois dans l'Aljafería), aux arts du Moyen Âge et de la Renaissance (sculptures et peintures), à la peinture moderne (salle Goya).