Lisbonne
en portugais Lisboa


Capitale du Portugal, sur la rive droite du Tage (formant en amont la mer de Paille).
- Nom des habitants : Lisbonnins, Lisbonnais, Lisboètes
- Population pour l'agglomération : 2 843 410 hab. (estimation pour 2011)
GÉOGRAPHIE

La ville historique fut détruite en 1755 par un tremblement de terre ; Pombal fit reconstruire la ville basse (La Baixa) sur un plan régulier. Entre le Rossio et la place du Commerce (qui ouvre sur la mer de Paille, avec, de part et d'autre, le Bairro Alto et l'Alfama au pied du château São Jorge), la ville est très compartimentée ; elle se prolonge par de larges avenues et des banlieues très étalées. Le métro a été installé en 1959, un pont a été lancé sur le Tage en 1966 vers la rive sud, qui regroupe les établissements industriels (sidérurgie à Seixal, chimie à Barreiro, chantiers navals). La rive nord concentre les points d'attrait touristique (Belém et les stations littorales de la presqu'île de Sintra).

Un deuxième pont, le pont Vasco de Gama, inauguré en 1998, franchit le Tage au nord de Lisbonne. Le trafic du port, le plus grand du pays, approche 12 Mt. L'aéroport international (Portela) est au N.-E. de la ville. Bibliothèques. Archevêché.
L'HISTOIRE DE LISBONNE
Depuis son origine, Lisbonne vit avant tout sous le signe du commerce : Ulisipo, puis Olisipo fut une escale sur les routes maritimes de l'Antiquité, Felicitas Julia un carrefour de voies romaines, puis al-Uchbuna un gros centre commercial musulman. Située en dehors du comté primitif, reconquise puis perdue par les chrétiens, la ville n'a été occupée définitivement par les Portugais qu'en 1147. C'est au milieu du xiiie s. qu'Alphonse III en fit la capitale de son royaume ; mais d'autres cités, Évora par exemple, lui disputèrent un temps ce rôle. Coimbra lui a ravi le rôle de capitale universitaire ; Braga revendique la primauté dans le domaine ecclésiastique ; mais aucune ville n'a pu, tout au long de l'histoire portugaise, supplanter Lisbonne, capitale politique certes, mais surtout capitale économique du monde portugais.
La fortune de Lisbonne est liée essentiellement à son port, comme en témoigne sa prospérité aux Temps modernes. Dès le xive s., Lisbonne était un port actif, accueillant chaque année 400 à 500 navires. En transférant dans la capitale la Casa da Guiné créée par Henri le Navigateur à Lagos, la royauté a fait de Lisbonne la métropole du commerce atlantique. Au fur et à mesure que s'étendent les conquêtes affluent à Lisbonne l'or d'Afrique, les épices d'Orient, le sucre brésilien et les produits européens offerts en contrepartie. La liberté du commerce avec le Brésil a pu, un bref moment, favoriser d'autres ports ; mais les dangers de la guerre sur mer ont contraint à revenir au système des convois, pour le plus grand profit de Lisbonne comme au temps du monopole royal. En 1796, elle assurait encore les quatre cinquièmes du commerce impérial.
La croissance de la ville reflète l'activité du port : 60 000 habitants en 1415, au début de l'expansion ; 100 000 habitants en 1550 ; 165 000 habitants en 1619. Au xvie s., tant par sa richesse que par le nombre de ses habitants, Lisbonne figure parmi les premières villes d'Europe. Les 15 ha de la ville wisigothique, les 100 ha du xiiie s. sont depuis longtemps insuffisants. Des rives du Tage, la ville déborde largement sur les flancs des collines. Mais, au xviiie s., un terrible désastre affecte cette ville prospère. Le 1er novembre 1755, un très violent séisme – sans comparaison avec ceux que Lisbonne avait déjà subis en 1344 et en 1531 – ruine les bas quartiers commerçants, faisant plus de 30 000 morts. De ce malheur naquit une ville nouvelle, édifiée sur les plans d'Eugênio dos Santos, la Lisbonne de Pombal, avec un large front de mer sur l'admirable site portuaire qu'offre la « mer de Paille ».
L'empire colonial disparu, Lisbonne en est réduite, au début du xixe s., au rôle de simple capitale politique, et cela dans un pays qui connaît bien des difficultés. Il semblerait même qu'elle ait abandonné à Porto, la métropole du Nord, le rôle de capitale industrielle. De 1801 à 1864, la population de la ville stagne aux alentours de 200 000 habitants. Depuis un siècle, l'essor démographique, largement alimenté par une forte migration rurale, a repris à un rythme accéléré. Certes, la ville à proprement parler compte moins de 700 000 habitants, et certaines paroisses comme Carnide ou Charneca ont encore un caractère rural ; mais Lisbonne déborde largement sur les concelhos voisins, où se sont créées des cités dortoirs. Dans la ville même, le secteur tertiaire (commerce, banque, fonction publique) s'est considérablement développé ; sur la rive sud du Tage se sont créés de gros centres industriels : Seixal, Cacilhas, Almada et surtout Barreiro. Depuis 1966, un pont joint les deux parties d'une grande agglomération qui, débordant la Lisbonne historique ou les 82 km2 de la cité officielle, s'étale largement sur les deux rives du Tage. En 1988, un incendie a gravement endommagé le cœur de la vieille ville.
L'ART À LISBONNE

Le charme de la ville est fait de la diversité de ses monuments. Le tremblement de terre de 1755 a certes détruit l'essentiel de l'agglomération, mais l'architecture civile en était connue pour sa médiocrité, et les édifices notoires étaient heureusement situés pour la plupart hors de la zone la plus atteinte.
Le noyau médiéval est le château de São Jorge, bastion de la résistance mauresque, emporté par le roi Alphonse Ier Henriques en 1147. Il en reste une belle salle gothique, entourée de jardins créés dans l'enceinte wisigothique qui domine la ville à l'est. Tout autour s'étend l'Alfama, ancien quartier maure. La Sé (cathédrale) traduit une nette influence du style roman auvergnat (sensible aussi à Évora) dans son plan, son triforium et son portail de façade, tandis que le cloître cistercien est d'obédience bourguignonne ; le déambulatoire a été construit après le séisme de 1344.
Pendant le xve s., Lisbonne absorba les quartiers maures et juifs, s'étendit le long du Tage pour prendre son allure caractéristique. Mais l'enrichissement fabuleux qui avait suivi les grandes découvertes ne donnait lieu à aucun luxe architectural. Le roi avait quitté le vieux château São Jorge pour s'installer symboliquement au « Paço da Ribeira » (palais de la Rivière), une construction avec « peu de dessin et pauvre », relate un ambassadeur vénitien en 1504. Mais la Cour résidait souvent à Évora, où l'on construisait plus qu'à Lisbonne.

Après 1500 apparaissent les perles de l'architecture manuéline, le monastère des Hiéronymites et la tour de Belém. Construite par Francisco de Arruda (?-1547), celle-ci était autrefois isolée par les eaux du Tage ; elle ressemble aux tours du littoral marocain, connues du maître d'œuvre, mais est ornée comme le sont rarement les ouvrages de défense. Les architectes Boytac (ou Boytaca), d'origine languedocienne, et João de Castilho (1490-1581) construisirent l'église et le cloître du monastère des Hiéronymites, le premier dans une manière dynamique, multipliant les effets de torsion de câbles et de lianes enserrant piliers et voussures, le second traitant en style plateresque le répertoire de la Renaissance italienne. Le chœur, dû à João de Castilho, est surmonté d'une voûte finement quadrillée, d'une remarquable élégance.
La période de domination espagnole ne donna pas naissance à un style original : les façades d'églises de l'Italien Filippo Terzi (vers 1520-1597) sont d'un classicisme froid.
Après la catastrophe de 1755, la reconstruction dirigée par le marquis de Pombal donna naissance à une ville au plan régulier, aux façades et aux intérieurs d'une austère uniformité. Devant l'immensité de la tâche à accomplir, et la main-d'œuvre locale ne suffisant plus, on donna à fabriquer aux chantiers de province des éléments calibrés et interchangeables (pierres de taille, menuiseries, ferronneries). Cette expérience de préfabrication fut sans lendemain, mais elle explique l'aspect rigoureux de l'ensemble, réalisé par les architectes Eugênio dos Santos (1711-1760) et Carlos Mardel (?-1763), d'origine hongroise, secondés par les ingénieurs de l'Académie militaire. La praça do Comércio, centre de la ville neuve, est une grande réussite, comparable à celle des places monumentales édifiées à la même époque à Paris, Bordeaux, Copenhague. On y pénètre par un arc de triomphe d'un baroque tardif. Bordée d'arcades sur trois côtés, elle s'ouvre sur le Tage ; en son centre s'élève la statue de Joseph Ier, première statue équestre édifiée au Portugal. La reconstruction de Lisbonne exprime un rationalisme bourgeois, opposé au baroque capricieux du château de Queluz (près de la capitale). C'est l'œuvre de Pombal et non celle de la Cour, qu'il n'aimait guère.
Les nombreux musées de Lisbonne traduisent assez exactement l'histoire des arts au Portugal. Le musée d'Art ancien abrite une splendide collection de peinture portugaise des xve et xvie s. (polyptyque de Nuno Gonçalves). Les périodes suivantes sont surtout représentées par les écoles étrangères, italienne, flamande et hollandaise notamment ; il ne semble pas que l'évolution de la société portugaise à l'époque classique ait permis aux peintres et aux sculpteurs de s'élever au-dessus de la condition artisanale. Mais l'artisanat et les arts mineurs, florissants aujourd'hui encore, sont magnifiquement représentés au musée d'Art populaire, au musée des Arts décoratifs, charmante reconstitution d'une demeure seigneuriale des xviie et xviiie s., et au spectaculaire musée des Carrosses. Il faut signaler également le musée de la Fondation Gulbenkian, consacré aux collections de l'homme d'affaires C. Gulbenkian (peintures et objets d'art, notamment du xviiie s. français).