formalisme

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la philosophie ».


Du latin forma, « forme ». En esthétique, le terme fait référence à « formel », au sens plastique, et est associé le plus souvent à une défense de l'esthétique moderne.

Logique, Philosophie Cognitive

1. Système formel résultant de la formalisation d'une théorie. – 2. Par opposition à l'intuitionnisme de Brouwer et au logicisme de Frege et de Russell, doctrine communément attribuée à Hilbert, et selon laquelle les énoncés des mathématiques, tout au moins dans leur partie formalisée, doivent être considérés comme des assemblages de symboles intrinsèquement dénués de signification.

Dans sa variante la plus radicale et la plus ancienne, le formalisme soutient que les formules mathématiques, loin d'exprimer des assertions capables d'être vraies ou fausses, sont de pures concaténations de signes que le mathématicien manipule selon des règles déterminées, à la façon dont le joueur d'échecs meut les pièces de son jeu. Frege a systématiquement critiqué cette doctrine dans une série d'études demeurées fameuses(1), lui objectant notamment son inaptitude à rendre compte de l'applicabilité des mathématiques à l'expérience.

Jacques Dubucs

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Frege, G., On the Foundations of Geometry and Formal Theories of Arithmetic, E.H.W. Kluge (éd.), Yale UP, New Haven, 1971.

→ formalisation, intuitionnisme

Esthétique

Doctrine esthétique et méthode d'approche critique, qui considère que l'essence proprement artistique de l'œuvre repose exclusivement sur les caractéristiques matérielles et sur l'organisation objective de ses constituants formels.

La tentation du formalisme est fort ancienne. Les théories du nombre d'or, par exemple, faisaient dépendre le sentiment de la beauté du recours à des proportions particulières. Cependant, si la beauté demeurait un enjeu esthétique indépendant, la réalisation plastique n'était pas pour autant émancipée de ses fonctions descriptives et narratives. C'est pourquoi il a fallu attendre que l'œuvre revendique son autonomie pour pouvoir développer une approche strictement formaliste qui stigmatisait l'opposition canonique du « contenu » et de la « forme », considérée comme un préjugé sans fondement. Associé aux théories de la « pure visibilité », le formalisme s'est donc déployé dans toute sa rigueur quand, à la fin du xixe s., la modernité imposait une autonomie de l'œuvre corrélative d'un discrédit du sujet de la représentation.

Ainsi, au début du xxe s., C. Bell se demande s'il existe bien une qualité commune entre des réalisations par ailleurs dissemblables, une qualité intrinsèque qui permettrait pourtant de les considérer sous les auspices d'une catégorie unique, l'art. Sa réponse, la seule qui lui paraît possible, est la « forme signifiante ». Dans chacune des œuvres d'art, en effet, « une combinaison particulière des lignes et des couleurs, certaines formes et certains rapports de formes, éveillent nos émotions esthétiques(1) ». Ainsi, peu importe ce que racontent les peintures de Giotto ou ce que représentent celles de Vélasquez, la forme n'est pas l'habillage nécessaire d'un hypothétique contenu, elle signifie pleinement, en toute indépendance, et porte seule la valeur proprement esthétique du tableau.

Le formalisme russe, appliqué surtout à la littérature, puis les développements du structuralisme, ont aussi largement contribué à l'approfondissement et à la diffusion des conceptions formalistes. Malgré des tentatives de résistance comme celle de Klee déclarant que « le formalisme, c'est la forme sans la fonction »(2), c'est l'optique formaliste qui prévaudra jusque dans les années 1960, à travers la démarche esthétique de Greenberg et de ses proches.

En dépit de ses excès – car comment ignorer l'impact proprement iconique d'une image, la valeur des réseaux de signification qu'elle met en place et des affects qu'elle mobilise ? –, le formalisme conserve un immense intérêt. Il contraint les analystes à ancrer leurs commentaires dans l'apparaître singulier des œuvres, à étayer leurs hypothèses interprétatives en tenant le plus grand compte des concrétions formelles objectives dans lesquelles elles s'originent.

Denys Riout

Notes bibliographiques

  • 1 ↑ Bell, C., Art, Londres, 1914, trad. partielle in Salvini, R., Pure visibilité et formalisme dans la critique d'art au début du xxe siècle, trad. C. Jatosti et al., Klincksieck, Paris, 1988.
  • 2 ↑ Klee, P., Théorie de l'art moderne, trad. P.-H. Gonthier, rééd. Gallimard, Paris, 1998, p. 54.
  • Voir aussi : McEvilley, T., Art, contenu et mécontentement. La Théorie de l'art et la fin de l'histoire (1991), trad. C. Bounay, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1994.

→ abstraction, contenu, formel