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Iacopo Robusti, dit il Tintoretto, en français le Tintoret

Peintre italien (Venise 1518-Venise 1594).

Son fils Domenico (Venise 1560-Venise 1635) fut également peintre et son collaborateur.

Le Tintoret

Auteur d'une œuvre monumentale, le Tintoret fait la transition entre la seconde Renaissance et l'âge baroque. Son génie de la mise en scène, qui repose autant sur la force du sentiment religieux que sur les effets de lumière et de dramatisation, offre l'une des plus parfaites expressions du maniérisme. « Le dessin de Michel-Ange et le coloris de Titien », telle fut sa devise dès sa jeunesse.

Maniérisme et luminisme

Le Tintoret doit ce surnom (« le petit teinturier ») à la profession qu'exerce son père. Élève de Titien, il interrompt son apprentissage en raison de la rivalité qui surgit entre le maître vénitien de la couleur et le jeune peintre trop doué. Dès les années 1530, il s'intéresse aux courants maniéristes qui se répandent avec la venue d'artistes originaires de Florence (il Sansovino), de Rome (où règne Michel-Ange, dont il admire tant les dessins et gravures) et de l'Émilie (patrie du Parmesan).

Peintre indépendant en 1539, auteur de scènes mythologiques et bibliques, le Tintoret se conforme aux canons stylistiques du maniérisme (figures allongées, arabesques décoratives), mais élabore aussi un langage personnel, que ce soit dans la conception théâtrale de l'éclairage, dans le traitement en profondeur de l'espace ou dans la puissance d'évocation du sujet, dont la composition résulte d'une méthode singulière : le peintre travaille au préalable sur maquette, en étudiant les sources de lumière et en préfigurant ses innombrables personnages à l'aide de figurines en cire ou en terre. Ce processus de création caractérise en particulier le Lavement des pieds (1547, Prado) et le Miracle de saint Marc délivrant l'esclave (1548, galerie de l'Académie, Venise), son premier chef-d'œuvre, qui montre le saint descendant du ciel dans un mouvement sans précédent dans l'art. Ce processus explique aussi que certaines figures apparaissent dans plusieurs œuvres, mais avec un éclairage qui met différemment en valeur la plastique des corps (Suzanne au bain, vers 1550, Louvre ; Suzanne et les vieillards, vers 1555-1560, Kunsthistorisches Museum, Vienne).

La réduction de la couleur à des effets de clair-obscur (Saint Roch guérissant les pestiférés (1549, église San Rocco, Venise) ouvre la voie au triomphe du luminisme. Entre 1553 et 1555, le Tintoret éclaircit sa palette à la manière de Véronèse (Assomption de la Vierge, basilique Santa Maria Assunta, Venise). Puis il explore une veine plus intime, tout empreinte de ferveur religieuse et de cette saveur populaire qui repose sur de simples observations naturalistes (Cène de l'église San Trovaso, Venise).

L'apothéose de San Rocco

En pleine possession de son art dans les années 1560, le Tintoret continue à peindre de grands tableaux d'église (l'Adoration du Veau d'or, le Jugement dernier). Il travaille aussi pour les puissantes confréries vénitiennes. En 1562, il livre à la Scuola Grande di San Marco trois toiles dédiées à l'histoire de saint Marc. En 1564, il doit à son far presto (sa vitesse d'exécution) de sortir vainqueur du concours organisé par la Scuola Grande di San Rocco (saint Roch) pour la décoration de deux de ses immenses salles. Il réalise alors, en deux étapes (1581, 1588), un ensemble de fresques qui reste l'une des plus prodigieuses séries de l'histoire de la peinture – tant par le nombre (65) que par la taille. Puisant son inspiration dans l'Ancien et le Nouveau Testament, il donne avec les scènes de la vie de Jésus (en particulier une exceptionnelle Crucifixion) et de la Vierge, aux impressionnants effets de torsion et de lumière dans de vertigineux espaces, des toiles qui sont non seulement le couronnement de sa carrière, mais aussi l'apothéose du maniérisme italien.

Infatigable, le Tintoret multiplie les œuvres, d'où se détachent alors de poignants portraits de vieillards. Du fait même du chantier de San Rocco, il doit mettre à contribution son fils Domenico et les collaborateurs de son atelier (Ca'Tintoretto), qui interviennent notamment dans le cycle de tableaux célébrant les Fastes des Gonzague de Mantoue (1580, Ancienne Pinacothèque, Munich) et dans la décoration du palais des Doges. Pour ce même palais, le Tintoret est le seul auteur des quatre Allégories à la gloire des doges (1577) et de la toile du Paradis (1588), la plus grande qu'il ait jamais exécutée. Son œuvre testamentaire est la grandiose Cène qu'il lègue au couvent San Giorgio Maggiore (1592-1594), où il s'est retiré ; la vision fantastique qui en émane est déjà pleinement dans l'esprit baroque. Le Tintoret meurt le 31 mai 1594, sans avoir presque jamais quitté Venise.

Les fureurs du peintre

Connu pour sa furia, cette « fureur » créatrice qui le poussait à exécuter en un même geste dessin et peinture, et pour sa tendance à considérer comme des œuvres abouties des esquisses où l'on voyait encore les traits de pinceau, le Tintoret s'attira cette réflexion acerbe de l'Arétin : « Vous peignez trop vite ! » L'affaire aurait pu en rester là si un méchant sonnet, s'en prenant au « petit teinturier », n'avait pas circulé dans Venise. Le Tintoret fut alors pris d'un tout autre genre de fureur.

L'Arétin, qui vivait à Venise depuis le sac de Rome en 1527, était-il l'auteur de ce coup bas, certes bien dans sa manière de faire ? Toujours est-il que le jeune peintre fit venir le célèbre écrivain dans son atelier sous le prétexte de dessiner son portrait. En guise de crayon, il s'empara d'une dague, dont il fit semblant de menacer l'Arétin. Celui-ci en fut quitte pour la peur, mais il jura qu'il ne prononcerait plus jamais le nom du Tintoret.