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Lucius Cornelius Sulla ou Lucius Cornelius Sylla

Sulla
Sulla

Général et homme politique romain (138 avant J.-C.-Cumes 78 avant J.-C.).

Introduction

Il est issu d'une branche obscure de la gens Cornelia. Amateur de littérature, il s'engage tardivement dans la politique, à la faveur des ressources d'un héritage. Son absence de scrupule et de moralité aussi bien que les qualités dont il fera preuve dans ses fonctions militaires marqueront l'ensemble de son originale carrière.

La conquête du pouvoir

Questeur en 106 avant J.-C., Sulla participe, sous le commandement de Marius, à la guerre contre Jugurtha. Il sait, en diplomate, persuader Bocchus, roi de Mauritanie, de livrer Jugurtha. En outre, Bocchus lui accorde son appui financier. Sulla accompagne ensuite Marius dans ses opérations contre les Cimbres et les Teutons : en qualité de légat, il bat plusieurs chefs barbares. Mais la jalousie réciproque entre lui et Marius s'aggrave rapidement. De retour à Rome, Sulla brigue en vain la préture ; il ne l'obtiendra, à force d'argent, qu'en 97 avant J.-C. Propréteur ensuite en Cilicie, il fait énergiquement la chasse aux pirates et obtient sans trop de difficulté de Mithridate VI Eupator, roi du Pont, la restitution de la Cappadoce à Ariobarzane Ier, roi protégé par Rome. Il reçoit une ambassade des Parthes et signe le premier accord avec eux.

À son retour à Rome, où sa renommée s'est accrue, il est accueilli comme l'un des chefs possibles de la faction aristocratique. La Guerre sociale (91-88 avant J.-C.), contre les peuples révoltés d'Italie, lui donne une nouvelle occasion de se distinguer. Légat en 89 avant J.-C., Sulla remporte plusieurs victoires sur les Samnites. Consul en 88 avant J.-C., il enlève les principales places occupées par les révoltés et met ainsi fin à la guerre.

Sa rivalité avec Marius atteint alors le sommet : l'un et l'autre ambitionnent d'être chargés de la guerre contre Mithridate, dont les empiétements en Asie requièrent une énergique réplique. Le sénat désigne Sulla. Marius obtient à son tour le commandement, à la faveur d'une émeute provoquée par un tribun de la plèbe. Il semble que Sulla ait abandonné Rome à Marius, à condition de disposer lui-même des troupes. Marius avait profité de la situation. Mais, contrairement à ses prévisions, Sulla réussit à persuader ses soldats de marcher contre Rome (les officiers supérieurs, eux, ont préféré prendre le large) et pénètre dans la ville en dépit de la résistance de la plèbe. Maître de la situation, il n'a plus qu'à dicter ses volontés au sénat : il se fait attribuer la direction de la guerre, et Marius est déclaré ennemi public. En 87 avant J.-C., Sulla part, laissant Rome aux mains de gens qui lui semblent dévoués. Et quand bien même ses ennemis reprendraient le dessus à Rome, ce ne pourrait être qu'à titre provisoire, car il a déjà en main la recette de la dictature militaire.

En Orient, Sulla trouve une situation désastreuse : Mithridate a massacré les Romains, ruiné leur commerce, séduit leurs alliés. La Grèce s'est retournée vers lui. C'est tout l'ensemble des pays gréco-asiatiques qui est à reconquérir. Sulla s'avance à travers la Grèce en réquisitionnant et en rançonnant, et assiège ses adversaires dans Athènes, qui est bientôt affamée : on mange le cuir des outres et les orties de l'Acropole. S'emparant d'Athènes, puis du Pirée (86 avant J.-C.), Sulla fait un véritable carnage et se venge des moqueries des Athéniens, qui l'ont traité de « mûre saupoudrée de farine », allusion à sa face blafarde et boutonneuse. À Chéronée et à Orchomène, il bat peu après les armées envoyées par Mithridate au secours d'Athènes. La Grèce d'Europe est de nouveau soumise. Quant à l'Asie, elle se lasse rapidement du despotisme de Mithridate, et les partisans de l'alliance romaine reprennent le dessus. Mithridate essaie de tergiverser, puis apporte sa soumission à l'entrevue de Dardanos (85 avant J.-C.). Sulla reconstitue la province d'Asie, fait une utile réforme fiscale et remplit ses coffres en réclamant les arriérés d'impôt. Il s'attarde en Grèce, où il veille à l'embarquement de son butin. Le butin, les soldats comblés : il ne faut pas autre chose pour consolider sa position à Rome.

Pendant ses quatre ans d'absence, Marius et ses partisans ont été les maîtres à Rome et y ont régné en tyrans : la maison de Sulla a été rasée, et ses partisans ont été massacrés. Sulla adresse au sénat une lettre vengeresse qui fait trembler les pères et les incite à préparer une réconciliation. Puis, sans se presser, il débarque en 83 avant J.-C. à Brindes avec son armée et son immense flotte. Beaucoup passent aussitôt dans son camp. Beaucoup, mais pas tous : il faudra un an à Sulla pour s'ouvrir le chemin de Rome (victoire du défilé de Sacriport, près de Préneste, en 82 avant J.-C.), où il entrera après un ultime combat à la porte Colline. Il a, en même temps que pénétré dans la ville, anéanti les dernières troupes des marianistes et mis fin à la guerre civile, non sans beaucoup devoir à ses amis (ou complices du moment) Metellus et Pompée.

La dictature

Sulla a été l'un des initiateurs de la période de désordre qui a fait passer Rome de la République à l'Empire. L'historien Appien observait déjà que le coup de Sulla, en 88 avant J.-C., marquait une coupure dans l'histoire romaine, à partir de laquelle les généraux victorieux se conduisaient en despotes. Il avançait que Sulla aurait pu fonder une monarchie. La question a été reconsidérée par les historiens modernes : si Jérôme Carcopino fait de l'entreprise de Sulla une tentative de monarchie, H. H. Scullard pense, au contraire, que le dictateur a voulu restaurer l'autorité sénatoriale, aux dépens des autres institutions. Pour C. Nicolet, Sulla représente le succès d'une faction du sénat, celle des aristocrates. Comme on le voit, il y a place aujourd'hui pour une certaine diversité d'hypothèses. Il est certain que Sulla a pratiqué une politique réformiste cohérente, résultant d'une intention précise. À l'examen de ces réformes, l'intention profonde demeure cependant plus ou moins énigmatique.

Sulla a commencé par se faire nommer dictateur à vie par la lex Valeria (82 avant J.-C.), qui lui donne tous les pouvoirs, et par faire disparaître non seulement ses adversaires politiques, mais tous ceux dont il a à se venger. Tandis qu'il dicte ses volontés au sénat, on entend les hurlements de ceux qu'il fait massacrer dans le cirque voisin. Ceux qui ne sont pas tués sont proscrits. Longue est leur liste, et le proscrit n'a plus de biens ni de droit à la vie. N'importe qui peut l'abattre : occasion rêvée pour maints règlements de comptes, tant chez les nobles que dans une populace jalouse des riches. Après quoi, une loi « de majesté » voue au pire ceux qui lèveraient des troupes, fomenteraient des désordres ou simplement proféreraient des propos diffamatoires en public. Une certaine terreur ainsi institutionnalisée, Sulla en vient aux réformes, qui, rapidement exécutées, modifient nettement les conditions de fonctionnement de l'État.

Un des traits caractéristiques de ses réformes est la tendance à l'éparpillement des pouvoirs entre un plus grand nombre de personnes, ce qui peut satisfaire un certain nombre de petits partisans ambitieux, tout en diminuant l'autorité des fonctions concernées. Le sénat, qui a été décimé, est non seulement reconstitué, mais élargi : 600 membres, dont 500 sont désignés par Sulla, beaucoup étant issus de l'ordre équestre. Cet ordre est, au contraire, démantelé : il perd aussi bien ses privilèges honorifiques que ses attributions judiciaires ou fiscales. Le nombre des magistrats est augmenté : les préteurs passent de six à huit, et les questeurs de huit à vingt. Un artifice subtil permet de partager davantage le pouvoir des consuls sans augmenter le nombre officiel de ceux-ci. Quant au tribunat de la plèbe, aux armes trop efficaces, Sulla le réduit à un pouvoir théorique et à une voie sans débouchés. Enfin, le gouvernement des provinces et le commandement des armées sont retirés aux magistrats pour être confiés uniquement à des proconsuls, ou propréteurs, en nombre suffisant, équivalant à celui des provinces, ce qui fait disparaître le privilège des prorogations répétées. L'Italie échappe au système, gouvernée désormais par les magistrats ordinaires, non pourvus de légions. En revanche, elle est colonisée par les fidèles vétérans : 120 000 d'entre eux reçoivent des terres, le plus souvent en Campanie, au Latium et en Étrurie, ce qui assure l'encerclement de Rome.

Les autres réformes du dictateur vont dans le sens du rétablissement ou de la consolidation de l'ordre et de la tradition. Sulla s'efforce de revaloriser la religion traditionnelle, accroît le nombre des pontifes et des augures, reconstruit le Capitole. Il légifère activement en matière pénale, renforce les châtiments contre les homicides, les incendiaires, les porteurs d'armes cachées, les faussaires, les faux-monnayeurs. La brigue électorale frauduleuse est poursuivie avec rigueur. Sulla s'ingénie à codifier par le menu les délits et à en tarifier les amendes. L'immoralité n'échappe pas à son zèle : l'adultère, les jeux de hasard, les festins ruineux sont visés par son despotisme tracassier. L'activité du dictateur s'étend aussi aux prestations accordées à la plèbe romaine : il supprime les distributions de blé aux indigents, mais taxe impitoyablement le prix des denrées alimentaires. À Rome, il construit ou reconstruit les temples de Vénus et d'Hercule, il trace de nouvelles voies, remanie le Forum et édifie le Tabularium, dont on peut encore admirer les solides arcades. Au peuple, il offre de spectaculaires réjouissances : en 94 avant J.-C. le premier combat de lions, en 81 avant J.-C. un banquet colossal. Après la rude période de la guerre civile, cette détente est la bienvenue ; la vie littéraire elle-même reprend son cours, bien que l'éloquence politique ne se soit pas trouvée encouragée. On a attribué à Sulla la paternité des atellanes tant il les a appréciées. Cette sorte d'opéra-comique fait des progrès aux dépens de la comédie classique. En matière d'art, Sulla, connaisseur, passe pour l'introducteur à Rome du pavage en marqueterie de marbre. De son temps date la formation du second style ornemental, dont les peintures pompéiennes offrent de nombreux exemples.

La retraite

Sulla renonce brusquement à tous ses pouvoirs en 79 avant J.-C., soit au bout de fort peu de temps. Quand il juge son œuvre terminée, selon certains. Quand il sent de sombres nuages s'accumuler, selon d'autres. Parmi ces nuages figurent l'ambition de Pompée, la perte du soutien des Caecilii Metelli, qu'il a toujours eu, la déception de l'aristocratie sénatoriale, au pouvoir réduit, enfin un scandale : l'assassinat de Roscius Amerinus, occasion du plaidoyer de Cicéron en faveur de Sextus Roscius, fils de la victime. Sulla se retire dans sa villa de Cumes, où il passe son temps à chasser ou à écrire ses Mémoires. Quand il meurt, deux ans après son abdication, il a droit à de solennelles funérailles. Le destin lui a été singulièrement favorable. Sulla était d'ailleurs un dévot de la déesse Fortune, dont le temple de Préneste fut, de son temps, reconstruit sur une échelle spectaculaire. Il s'était lui-même donné le surnom de Felix (« Heureux ») dès novembre 82 avant J.-C.