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Harvey Phillip Spector, dit Phil Spector

Producteur de rock américain (New York 1943).

C'est la légende de Phillip Harvey Spector, le maniaque des studios, le désaccordeur de pianos, le Van Gogh de la pop, le Garbo du rock and roll, le Citizen Kane de la soul. L'homme qui a inventé le « mur du son », transformé les chansons pop en de véritables mini-symphonies. Celui qu'on surnommait le « Tycoon of Teen », le « Typhon (ou l'empereur) de l'adolescence ».

De 1961 à 1966, Phil Spector a fait souffler un vent de folie sur l'industrie du disque et le monde de la musique moderne. Il a tout réinventé, ou presque : les techniques d'enregistrement, le mixage, la direction artistique, le marketing et, surtout, la production. Il faisait tout lui-même : composer des chansons, écrire les arrangements, choisir les artistes, accorder les instruments, vendre les disques. À 21 ans, Spector était déjà milliardaire et patron de sa propre société, Philles Records. Pourtant, il n'avait rien pour devenir une star. Né dans le Bronx, orphelin à neuf ans, il émigre à Los Angeles. Là, au milieu de ses camarades de classe blonds et bronzés, il cultive le genre blanc-bec ténébreux, étriqué dans un costume sombre, le visage mangé par d'énormes lunettes noires. Vaguement guitariste de jazz, il suit des cours de français et de sténographie, car, affirme-t-il, il se destine à devenir traducteur à l'O.N.U.….

Prodige. En 1958, pourtant, il décroche son tout premier tube, avec un trio vocal composé de copains de collège et baptisé les Teddy Bears. Une chanson qu'il est allé chercher… dans un cimetière : To Know Him Is To Love Him, le titre en question n'est autre que l'épitaphe inscrite sur la tombe de son propre père… En 1961, de retour à New York, on le retrouve dans les bureaux d'Atlantic, une grosse maison de disques. Il travaille avec le célèbre tandem de compositeurs Leiber et Stoller, écrit et produit pour Elvis Presley ou Connie Francis. Et décroche un autre tube, comme compositeur, avec la chanson de Ben E. King, Spanish Harlem. Il s'entoure des meilleurs musiciens, arrangeurs ou ingénieurs du son. Il recrute trois serveuses de cafétéria dont il va faire les Crystals, un groupe vocal noir sexy. Puis en créant les Ronettes, dont il épousera l'une des chanteuses, Veronica. Suivront Darlene Love, Bob B. Soxx et surtout les Righteous Brothers, un duo de soul blanche, à qui il offre l'une des plus belles chansons du genre, You've Lost That Loving Feeling.

On raconte beaucoup de choses sur Phil Spector. Qu'il était capable de travailler douze heures d'affilée sur une même note, jusqu'à l'obtention du son parfait, qu'il faisait répéter ses chanteuses pendant une semaine dans l'obscurité la plus totale, pour qu'elles soient « plus romantiques ». Qu'il était tyrannique, mégalomane, paranoïaque (il aurait brandi un pistolet, en pleine séance d'enregistrement, sous le nez de Leonard Cohen), qu'il a réchappé par miracle à deux accidents de voiture, qu'il vivait (et vit toujours) reclus dans une sorte de manoir lugubre, entouré d'alarmes électroniques, de chiens de garde et de gorilles armés.

En 1963, au faîte de sa gloire, Spector publie un grandiose album de chansons de Noël qui passe inaperçu et essuie, trois ans après, un nouvel échec avec River Deep Mountain High, un bijou chanté par Ike et Tina Turner. Traumatisé, le Howard Hughes du rock annonce qu'il se retire. Il ne sortira de sa retraite que sporadiquement, pour produire les Beatles (Let It Be), John Lennon et Yoko Ono (Instant Karma, Imagine, Rock'n'Roll), George Harrison (All Things Must Pass), Leonard Cohen (Death Of A Ladie's Man) ou les Ramones (End Of The Century). Le ressort semble définitivement cassé. Mais Da Doo Ron Ron (The Crystals), Be My Baby (The Ronettes) ou He's A Rebel restent comme des classiques de la fin des années 1950 : trois minutes et demie de ferveur candide et de romantisme juvénile.