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Yasmina Reza

Dramaturge et romancière française (Paris 1955).

D’abord actrice de théâtre (elle joue notamment des pièces de Guitry et Marivaux), Yasmina Reza impose son style d’auteur caustique et mélancolique dès sa première pièce, Conversations après un enterrement (1987). Elle développe dans ses pièces suivantes, la Traversée de l’hiver (1990), l’Homme du hasard (1995), Trois Versions de la vie (2000), Une pièce espagnole (2004), cette thématique du temps qui détruit tout, jusqu’à la nostalgie, de l’amour douloureux et souvent impossible, de l’incompréhension entre les êtres humains pourtant réunis par la famille, la classe sociale ou l’amitié, de l’échec de toute tentative de bonheur absolu.

Avec « Art » (1994), où une philosophie de la vie s’exprime dans un dialogue à la tonalité musicale, elle s’écarte quelque peu de ce registre pour aborder sans détour le genre de la comédie : elle imagine la discussion fort contrastée entre trois amis dont l’un révèle aux deux autres qu’il vient d’acheter au prix fort un tableau entièrement blanc ; l’artiste n’a-t-il recouvert de peinture blanche une toile qu’il avait déjà peinte en blanc ? Cette satire de l’art moderne, inspirée par l’acquisition d’un tableau de Martin Barré (1924-1993) – qui reprit le procédé du « blanc sur blanc » imaginé par Malevitch – par une personne proche de l’auteur, est aussi une satire de la bourgeoisie et de son langage. Elle obtint un succès mondial considérable, récolta de nombreux prix et fut l’une des pièces les plus jouées de la fin du xxe siècle. Le théâtre de Reza accuse ensuite plus de dureté dans une langue plus elliptique (Dans la luge d’Arthur Schopenhauer, 2005 ; le Dieu du carnage, 2007) et s’attache souvent à révéler les mensonges du consensus social à caractère humanitaire.

L’œuvre littéraire, qu’elle commence tardivement, avec Une désolation, en 1999, reprend les mêmes hantises en les mêlant parfois à des matériaux autobiographiques, comme dans Hammerklavier (1997) où dominent la célébration d’un père très aimé et l’amour de la musique. Adam Haberberg (2003) et Nulle part (2005) cernent une recherche mentale où « rien ne triomphe du désir d’oubli ». Sensible à la vie de son époque, Yasmina Reza consacre en 2007 un livre à la campagne de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle, qu’elle suit jour après jour pendant plusieurs mois, L’aube, le soir ou la nuit.

Intéressée par le cinéma, elle a écrit et joué un premier film, Jusqu’à la nuit de Didier Martiny (1983) puis signé le scénario et les dialogues du Pique-nique de Lulu Kreutz (2000) toujours réalisé par Didier Martiny. Elle a joué dans plusieurs films, dont Loin d’André Téchiné (2001). Bien que se consacrant le plus souvent à l’écriture, elle n’a jamais rompu avec le milieu du spectacle, jouant parfois dans ses propres pièces (Trois Versions de la vie, Dans la luge d’Arthur Schopenhauer) ou mettant en scène elle-même son œuvre (le Dieu du carnage). Sa réussite au théâtre est d’ailleurs liée à son sens du talent de l’acteur, grâce auquel elle a pu confier l’interprétation de ses textes aux grands comédiens de son temps : Pierre Arditi, Fabrice Luchini, Pierre Vaneck qui ont créé « Art », ou Isabelle Huppert qui a créé le Dieu du carnage.