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Olivier Messiaen

Olivier Messiaen
Olivier Messiaen

Compositeur et pédagogue français (Avignon 1908-Paris 1992).

L'égale passion de la musique et de la pédagogie

Olivier Messiaen, le plus célèbre compositeur français de la seconde moitié du xxe s., naît à Avignon le 10 décembre 1908. Son père, professeur d'anglais, traduisit tout Shakespeare. Sa mère, la poétesse Cécile Sauvage, écrivit, alors qu'elle était enceinte de lui, un recueil de poèmes contenant cette phrase prémonitoire : « Je souffre d'un lointain musical que j'ignore. » Parti habiter Grenoble en 1914, il fera du Dauphiné sa patrie d'adoption, et c'est dans cette région qu'il écrira la plupart de ses œuvres, au cours des mois d'été. Après la Première Guerre mondiale, il commence à étudier le piano et, pour son dixième anniversaire, il reçoit en cadeau la partition du Pelléas et Mélisande de Debussy, qui décide de sa vocation.

Entré en 1919 au Conservatoire de Paris, Messiaen y a notamment comme professeurs Maurice Emmanuel (histoire de la musique), Marcel Dupré (orgue) et Paul Dukas (composition). Il y suit également la classe de timbales et de percussion, formation importante pour un artiste qui se qualifiera lui-même de « compositeur de musique et rythmicien ». Encore élève, il écrit le Banquet céleste pour orgue (1928), adaptation d'une pièce pour orchestre, Huit Préludes pour piano (1929) et Diptyque pour orgue (« Essai sur la vie terrestre et l'éternité bienheureuse », 1930). En 1930, il sort du Conservatoire avec cinq premiers prix.

Dès 1931, Messiaen devient titulaire des grandes orgues de l'église de la Trinité à Paris, poste qu'il occupera pendant soixante et un ans, avec un renom grandissant d'improvisateur. En 1936, il fonde, avec André Jolivet, Yves Baudrier et Daniel-Lesur, le groupe Jeune-France, qui entend « propager les œuvres exemptes de toute banalité aussi bien d'avant-garde qu'académiques, lutter pour rendre l'art à ses valeurs humanistes, et […] créer une musique vivante ». Prisonnier en 1940, il fait jouer dans un camp, en Silésie, le Quatuor pour la fin du temps pour clarinette, violon, violoncelle et piano (1941). Libéré en 1941, il est nommé l'année suivante professeur d'harmonie au Conservatoire de Paris, où, d'emblée, il fait partager à ses élèves sa passion pour les modes, les rythmes, les chants d'oiseaux. De 1943 à 1947, il organise ses premiers cours (privés) d'analyse, auxquels participe entre autres Pierre Boulez. En 1947, il devient – toujours au Conservatoire de Paris – professeur d'analyse, d'esthétique musicale et de rythme, puis, en 1966, professeur de composition. Reçu à l'Institut de France en 1968, il mène jusqu'à sa retraite, en 1978, une extraordinaire carrière de pédagogue, formant de très nombreux élèves français et étrangers, qui deviendront à leur tour des personnalités de premier plan du monde musical : ils ont nom Iannis Xenakis, Marius Constant, Betsy Jolas, Pierre Henry, Karlheinz Stockhausen, Gilles Tremblay, Jacques Charpentier, Gilbert Amy, Gérard Grisey, Michaël Lévinas, George Benjamin.

De 1949 à 1951, Messiaen enseigne aussi l'analyse rythmique dans le cadre des célèbres Cours d'été de Darmstadt (Hesse). En 1951, Mode de valeurs et d'intensités pour piano, deuxième des Quatre Études de rythme (1949-1950), y fait sensation, car il s'agit d'une musique sérialisée dans tous les domaines (hauteurs, mais aussi durées, attaques et intensités). Cette page restera toutefois le seul gage que le compositeur donnera au sérialisme.

Messiaen trouve très tôt les éléments de son langage musical (en particulier, ses modes à transpositions limitées) et de sa vision du monde. Il aborde à peu près tous les genres vocaux et instrumentaux, y compris l'opéra. Son œuvre peut se diviser en cinq ensembles : piano, orgue, musique de chambre, musique vocale (mélodies et chœurs) et orchestre. Privilégiant l'instrumental par rapport au vocal (aucune intervention de la voix entre les Cinq Rechants de 1948 et la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ de 1965-1969), cette œuvre est tout entière marquée par sa foi catholique.

Le langage de l'amour divin

« Né croyant », Messiaen est un musicien théologique soucieux de louer Dieu dans la splendeur de sa création. Il se veut un exégète de l'amour divin ainsi que des mystères et des vérités de la foi, insistant sur l'expression de la joie plutôt que sur celle de la douleur : les Offrandes oubliées (« Méditation symphonique pour orchestre », 1930), Apparition de l'Église éternelle pour orgue (1931), Ascension pour orchestre (1933, version pour orgue 1934), la Nativité du Seigneur (« Neuf Méditations pour orgue », 1935), les Corps glorieux pour orgue (« Sept Visions brèves de la vie des ressuscités », 1939), Visions de l'amen pour deux pianos (1943), Trois Petites Liturgies de la présence divine pour chœur de femmes, piano, ondes Martenot et orchestre (1944), qui met en musique le seul poème de caractère théologique de son auteur, Vingt Regards sur l'Enfant Jésus pour piano (1944), Messe de la Pentecôte pour orgue (1950), Livre d'orgue (1951), Couleurs de la cité céleste pour piano, vents et percussions (1963), Et exspecto resurrectionem mortuorum pour bois, cuivres et percussions métalliques (1964) – commande d'André Malraux dédiée aux morts des deux guerres et marquant le début de la reconnaissance officielle du musicien –, la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ pour sept solistes instrumentaux, chœurs de 100 chanteurs et orchestre de 116 instrumentistes (1965-1969), Neuf Méditations sur le mystère de la Sainte-Trinité pour orgue (1969), Livre du Saint Sacrement pour orgue (1984).

Commande de Rolf Liebermann, alors directeur de l'Opéra de Paris, l'imposant opéra Saint François d'Assise, en trois actes et huit tableaux sur un livret du compositeur, est entrepris en 1975 et créé en 1983. Il s'agit, déclare Messiaen, de « la tentative sans précédent pour moi d'exprimer ma foi catholique grâce à un sujet qui en traduit les principaux mystères ».

Le musicien et l'homme

Musicien de la couleur, Messiaen pratique immédiatement et en toute originalité un langage harmonique subordonné à l'association sons-couleurs. Pour lui, un accord est vert, violet-bleu ou or-brun, avant d'être chiffré ou analysé selon les sons qui le composent. Il s'agit d'une « vision intérieure », comparable à l'audition intérieure de celui qui « entend » une partition en la lisant et ne s'appliquant pas à des couleurs isolées en rapport avec des sons isolés, mais à des couleurs complexes en correspondance avec des accords. Le fameux Quatuor pour la fin du temps de1941, en huit mouvements, est la première grande œuvre dont la couleur soit le sujet même. Messiaen coloriste apparaît dans le choix et l'utilisation des sources sonores. Son instrument préféré est non pas l'orgue – même s'il est le premier grand compositeur, depuis Bach, à l'avoir remis au premier plan –, mais le piano. Après les Préludes de 1929 et quelques pièces secondaires, il ne revient cependant au piano qu'une fois édifiés ses premiers grands cycles pour orgue. L'occasion lui en est fournie par sa rencontre avec « une pianiste unique, sublime, géniale, interprète dont l'existence a transformé non seulement l'écriture pianistique, mais aussi le style, la vision du monde et les modes de pensée du compositeur » : Yvonne Loriod (née en 1924), que Messiaen épousera en secondes noces en 1962. Les sources de son écriture pianistique se décèlent chez Scarlatti et Rameau, Mozart et Chopin, Debussy et Ravel (celui de Gaspard de la nuit), et aussi chez Albéniz : il voit en Iberia « le chef-d'œuvre de toute la littérature du piano ». Comme Scarlatti, Albéniz utilise à profusion, dans Iberia, l'acciaccatura (accord contenant simultanément une dissonance et sa résolution), dont Messiaen, à son tour, fait un très large usage. Il a d'ailleurs dit : « Le piano, qui semble a priori un instrument dénué de timbres, est précisément par son manque de personnalité un instrument propice à la recherche des timbres, car le timbre ne vient pas de l'instrument, mais de l'exécutant. Il est donc aussi mouvant que le jeu. Et c'est parce que j'aimais le piano et que j'en ai beaucoup joué que j'ai été amené à créer non pas des mélodies de timbres, mais des mélodies de complexes de timbres. » Il voit dans ses « accords en grappes » une de ses principales innovations en matière d'écriture pianistique.

Rythmicien, Messiaen travaille, parallèlement à ses études au Conservatoire, la rythmique hindoue, en particulier les deci-tâlas, rythmes provinciaux de l'Inde antique, la métrique grecque, le chant grégorien (source d'inspiration d'ordre aussi bien spirituel que matériel), la rythmique des musiques d'Extrême-Orient, la philosophie du temps et de la durée. Les rythmes de l'Antiquité grecque lui sont révélés par deux de ses maîtres du Conservatoire, Marcel Dupré et, surtout, Maurice Emmanuel. « Je considère que le rythme est la partie primordiale et peut-être essentielle de la musique ; je pense qu'il a vraisemblablement existé avant la mélodie et l'harmonie, et j'ai enfin une préférence secrète pour cet élément. » D'où l'idée d'une musique « amesurée », affranchie de la notion de barre de mesure et de celle de « temps », au sens du solfège traditionnel ; d'où aussi le triomphe de l'asymétrie et de l'impair. Quant aux deci-tâlas, au nombre de 120, Messiaen les considère comme le « sommet de la création rythmique hindoue et humaine ». Il les utilise à partir de la Nativité du Seigneur pour orgue (1935), mais n'en découvre la signification symbolique et religieuse que plus tard, ce dont il fera état pour la première fois à propos de Couleurs de la cité céleste (1963).

À ses sources d'inspiration Messiaen ajoute celle de l'amour humain, voire charnel, qui se manifeste dans une série d'œuvres écrites entre 1936 et 1948 : d'une part, deux cycles de mélodies inspirés par le premier mariage du compositeur, Poèmes pour Mi (1936) et Chants de terre et de ciel (1938), et, d'autre part, un triptyque constitué d'un dernier cycle de mélodies, Harawi (1945), de la Turangalîla-Symphonie pour piano, ondes Martenot et orchestre (1946-1948) et des Cinq Rechants pour douze voix mixtes a cappella (1948) – lequel triptyque est défini par l'auteur comme sa « trilogie de Tristan et Yseult ». Organisée en dix mouvements, immense « dispensatrice de joie », la Turangalîla-Symphonie est considérée par Messiaen comme une des ses œuvres « les plus riches en trouvailles ». Celui-ci ne reviendra au grand orchestre qu'une décennie plus tard, avec Chronochromie (1959-1960), une de ses partitions les plus avancées, en particulier parce qu'on n'y trouve aucune référence tonale.

Ornithologue par passion, Messiaen trouve enfin chez les oiseaux, dont il apprend à noter les chants, des modèles de mélodies, de rythmes, de timbres d'une extraordinaire richesse. À partir du Quatuor pour la fin du temps, les chants d'oiseaux font de lui, dans la seconde moitié du xxe s., le seul grand musicien de la nature et nourrissent considérablement son langage pianistique : Réveil des oiseaux pour piano et orchestre (1953), Oiseaux exotiques pour piano solo, glockenspiel, xylophone, cinq percussions et petit orchestre à vents (1956), monumental Catalogue d'oiseaux pour piano (1956-1958), la Fauvette des jardins pour piano (1970), Des canyons aux étoiles pour piano, cor et orchestre (1974), Un vitrail et des oiseaux pour piano et orchestre (1986), Petites Esquisses d'oiseaux pour piano (1987). Très peu d'œuvres postérieures à la Seconde Guerre mondiale n'ont pas recours aux chants d'oiseaux. Au total, on distingue chez Messiaen, en provenance des cinq continents, plus de 300 oiseaux différents, certains n'intervenant d'ailleurs qu'une seule fois, dans un but symbolique, tel l'uirapuru du Brésil, censé annoncer la mort de celui qui l'entend, et mis à contribution, pour cette raison, dans la troisième partie du Exspecto resurrectionem mortuorum. Parmi les dédicataires des Sept Haïkaï, « esquisses japonaises pour piano et petit orchestre » (1962), figure l'ornithologue Hoshino, « avec lequel, comme je ne parle ni le japonais ni l'anglais, je me suis entretenu [près du lac Yamanaka] en latin, puisque par chance les oiseaux, comme les arbres et les fleurs, possèdent des noms savants latins ». L'amour de la nature a pour Messiaen une dimension morale : « Le phénomène de la nature est […] un facteur de santé […]. La nature est d'abord une très grande force dans laquelle on peut se perdre, mais c'est surtout un merveilleux professeur. »

La Ville d'en haut pour piano et orchestre (1989), Un sourire (« Hommage à Mozart », 1991), le Concert à quatre pour flûte, hautbois, violoncelle, piano et orchestre (1991 [orchestration terminée par Yvonne Loriod]) et Éclairs sur l'au-delà pour orchestre (1992) sont les témoignages ultimes du compositeur, qui meurt à Paris le 27 avril 1992. Messiaen est aussi l'auteur d'écrits théoriques : Vingt Leçons d'harmonie (1939, édité en 1951), Technique de mon langage musical (1942, édité en 1944), Traité de rythme, de couleur et d'ornithologie (7 tomes, 1949-1992). C'est en 1994 qu'est née, sous l'égide de la Fondation de France, la Fondation Olivier-Messiaen.