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Dhomínikos Theotokópoulos, dit Le Greco ou Dhomínikos Theotokópoulos, dit en espagnol El Greco

Le Greco, le Chevalier posant la main sur le cœur
Le Greco, le Chevalier posant la main sur le cœur

Peintre espagnol d'origine crétoise (Candie 1541-Tolède 1614).

Artiste du Siècle d'or espagnol, installé à Tolède, le Greco fut le créateur d'une iconographie propre à exalter l'idéal spirituel de la Réforme catholique. On le considère à juste titre comme le plus grand des maniéristes.

1. La carrière italienne

Dans l'atelier de Titien

Quittant sa Crète natale, menacée par les Turcs, celui qui deviendra le Greco part pour Venise en 1565. Il s'y imprègne de la conception de l'espace du Tintoret et des jeux de lumière de Titien – qui le prend dans son atelier.

Cinq ans plus tard, il se rend à Rome, où il pénètre le milieu humaniste qui le met en relation avec des religieux espagnols. C'est sans doute le vaste chantier de l'Escurial qui l'attire en Espagne : au printemps de 1577, il arrive à Tolède, où il demeurera jusqu'à sa mort.

Influences byzantines et vénitiennes

De la période italienne de l'artiste, longtemps méconnue, datent des œuvres où se conjuguent des influences byzantines et vénitiennes. Aucune de celles qui lui sont attribuées n'est cependant indiscutée, pas même les différentes versions de Saint François stigmatisé.

Dans la Guérison de l'aveugle ou le Christ chassant les marchands du Temple, le Greco fait preuve d'une science très poussée de la perspective. La toile sans doute la plus accomplie est alors son Annonciation (vers 1575), peinte dans une gamme toute vénitienne.

Le maniérisme

Si l'influence de Michel-Ange et du maniérisme est perceptible dans la Pietà de l'Hispanic Society de New York, d'autres peintures montrent que c'est à Titien que le Greco doit le plus. Dans le Jeune Garçon allumant une chandelle (vers 1570-1575), il ouvre la voie aux recherches luministes de la fin du xvie siècle. Pendant tout son séjour en Italie, il se voue aussi à l'art du portrait avec un respect de l'apparence physique qui n'exclut pas l'ampleur de la composition.

2. La carrière espagnole

Les commandes de la cour

C'est à Tolède, alors capitale intellectuelle et spirituelle de l'Espagne, que le Greco va donner libre cours à son génie. Obtenant la commande de trois retables pour le maître-autel du couvent de Santo Domingo el Antiguo, il exécute une triomphale Assomption et une sculpturale Trinité, directement inspirée de Michel-Ange. L'Espolio (« le Christ dépouillé de sa tunique ») qu'il peint ensuite (1577-1579) met en application les leçons de la Renaissance italienne.

C'est là qu'apparaît un type féminin cher au Greco – long visage mince, grands yeux tristes – dont le modèle est peut-être son épouse (ou maîtresse ?). L'Allégorie de la Sainte Ligue ou le Triomphe du nom de Jésus (jadis intitulée le Songe de Philippe II) est une toile qui semble avoir été peinte en 1578 pour le roi, de même que l'est le Martyre de saint Maurice (1580-1582), qui déplaît cependant à Philippe II.

Portraits et œuvres religieuses

Le Greco cesse alors de travailler pour la cour, mais non pour la gloire de la religion. La torsion et l'allongement des figures, l'étrangeté de l'éclairage, sous l'effet de couleurs froides et heurtées, et l'irréalité de la composition sont ses traits caractéristiques.

Parmi ses œuvres religieuses figurent le sublime Enterrement du comte d'Orgaz (1586), mais aussi des tableaux comme le Baptême du Christ, la Crucifixion avec deux donateurs le Christ au jardin des Oliviers et la Sainte Famille (plusieurs versions).

Dans ses portraits de grands du royaume (le Chevalier à la main sur la poitrine, 1570-1580) ou de prélats (Cardinal Fernando Niño de Guevara, vers 1600), il s'attache à la solennité du personnage tout en gardant une grande liberté d'interprétation.

Transpositions d'un monde intérieur

Au cours de ses dernières années, l'artiste transpose sur la toile la richesse extatique de son royaume intérieur, reprenant parfois des thèmes dont il accentue le climat d'anxiété (l'Adoration des bergers, la Résurrection). Le Saint Dominique en prière est l'une des créations les plus pathétiques du Greco, qui consacre aussi plusieurs tableaux à la vie de saint François d'Assise.

La force hallucinatoire de l'Ouverture du cinquième sceau de l'Apocalypse, appelée encore la Vision de saint Jean (vers 1610-1614), œuvre très proche du Laocoon (id.), le seul thème mythologique que le Greco ait traité, bouleverse les règles classiques de la représentation et prend une dimension expressionniste.

3. Un artiste sans disciples

Oublié jusqu'au xixe siècle, redécouvert en Espagne par les intellectuels dits de la « génération de 98 » – tel Miguel de Unamuno – et révélé au public français par Maurice Barrès (Greco ou le Secret de Tolède, 1910), le Greco passe longtemps pour un artiste extravagant. Dernier des maniéristes, il procède, comme eux, à l'allongement des proportions humaines, mais en lui donnant la signification mystique d'un élan vers l'au-delà.

Redevable au milieu environnant, comme le prouve sa célèbre Vue de Tolède (vers 1597-1599), le Greco opère cependant dans ses toiles une telle alchimie du monde extérieur qu'il demeure un créateur isolé, sans postérité véritable : seul Diego Vélasquez, qui l'admire et recherche ses œuvres, peut être considéré, par la hardiesse de sa technique, comme son héritier spirituel.

4. Citations

« Le Greco [...] donne l'impression d'avoir parcouru les chemins inconnus de l'esprit, dans des contrées où les hommes ne respirent pas un air ordinaire. »

Somerset Maugham

« Si on aime le Greco aujourd'hui, c'est pour une raison autre que la beauté. »

Gérard Garouste