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Aretha Franklin

Chanteuse de soul américaine (Memphis, Tennessee, 1942).

On la surnomme « The Queen Of Soul » ou, moins protocolairement, « Lady Soul ». Et de l'âme, Aretha Franklin ne risquait pas d'en manquer, puisqu'elle est la fille d'un serviteur de Dieu, le révérend Cecil L. Franklin, qui, non content d'être en conversation directe avec le Tout-Puissant, se chargea d'en propager la bonne parole en enregistrant dans les années 1950 pas moins de 60 disques sur le prestigieux label Chess Records. Aretha a à peine douze ans lorsqu'elle intègre la chorale paternelle avec ses sœurs Emma et Carolyn. Étant la plus douée du lot, elle devient rapidement la soliste de l'ensemble, acquérant une formation au gospel déterminante pour la suite de sa carrière.

Lady Soul. Avant de se risquer à la musique profane, Aretha Franklin enregistre dès seize ans The Gospel Sound Of Aretha, ce gospel auquel elle reviendra dans les années de doute, en 1972 (Amazing Grace) et 1987 (One Lord, One Faith, One Baptism). En 1960, elle jette sa gourme. Direction New York via Chicago, où elle fait un bref apprentissage à l'école des boîtes, au Trade Winds Bar. Arrivée à New York, elle est remarquée par John Hammond, découvreur de talents du label Columbia, qui a déjà épinglé Bob Dylan à son tableau de chasse. Sous sa houlette, Aretha signe son premier contrat. Elle publie plusieurs albums jusqu'en 1966, mais sa carrière ne démarre pas. Elle est encore trop connotée « gospel » et cela l'empêche de réussir le « crossover », ce passage tant recherché vers le grand public. Columbia ne renouvelle pas son contrat. Et c'est paradoxalement sa chance. Engagée par Atlantic en novembre 1966, Aretha Franklin intègre une des plus dynamiques écuries musicales afro-américaines du moment. Atlantic, c'est la maison de Sam And Dave, de Solomon Burke, d'Otis Redding et autres fabuleuses voix noires. En février 1967, elle sort I Never Loved A Man (The Way I Loved You), premier d'une série de 45 tours qui se vendront chacun à plus de un million d'exemplaires. Aretha profite du formidable « son » maison d'Atlantic, sexy, chaud, festif. La « musique du diable » a enterré celle des anges. La chanteuse est soutenue par une équipe de choix, dont l'ingénieur du son Tom Dowd, qui ne tardera pas à connaître la gloire en produisant des rockers comme Eric Clapton, les Allman Brothers ou Rod Stewart. En l'espace de deux ans, Aretha Franklin gagne définitivement sa place dans l'histoire de la musique populaire avec Chain Of Fools, Think, (You Make Me Feel Like) A Natural Woman ou sa reprise très sexy de Respect d'Otis Redding.

En dents de scie. Et puis la carrière de la chanteuse aux quatre octaves s'effiloche. Problèmes familiaux, peur de l'avion (elle ne viendra en Europe qu'à deux reprises, et cette phobie lui interdit pratiquement toute tournée), choix artistiques douteux : elle sombre quasiment dans l'oubli au cours des années 1970.

Une apparition en tonique serveuse de bar en 1980 dans le film The Blues Brothers la fait sortir du musée. Elle quitte Atlantic pour Arista et, en 1985, Who's Zoomin'Who ? devient son premier № 1 américain depuis 1972. Mais c'est un feu de paille. Quelques duos avec les vedettes du moment (Sisters Are Doin'It For Themselves, avec Annie Lennox des Eurythmics au milieu des années 1980, I Knew You Were Waiting [For Me] avec George Michael en 1987) lui permettent de se maintenir. Avec One Lord, One Faith, One Baptism (1987), elle prouve aussi qu'elle est toujours une grande voix. Mais Aretha Franklin est davantage préoccupée par l'argent que par le souci de répondre au public qui fit sa popularité initiale. Ayant vendu son âme au diable sans en avoir pour autant récolté les fruits, elle est à nouveau mise à l'écart dans les années 1990, malgré l'éphémère succès de Deeper Love en 1994.

Le souvenir de l'âge d'or. En fait, la carrière d'Aretha Franklin n'a été réellement marquante qu'au moment de son âge d'or à la fin des années 1960 et au début des années 1970, à l'époque où elle faisait un malheur aussi bien chez le public noir que blanc. Comme nombre d'artistes parvenus à un tel niveau de popularité, elle s'est contentée de courir après son succès d'antan. Succombant à la tentation commerciale, elle n'a pas retrouvé la force qui l'animait dans ses plus belles chansons. Elle reste malgré tout comme l'une des plus grandes voix que la musique soul ait connues.