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Jacques Dutronc

Jacques Dutronc
Jacques Dutronc

Acteur, chanteur et auteur-compositeur français (Paris 1943).

Quelque 130 chansons réunies dans douze albums, une trentaine de films, le bilan ne manque pas d'allure pour quelqu'un qui assure être en proie à une flemme définitive. Installé aux avant-postes de la chanson des années 1970 avant de prendre la distance nécessaire pour mener une carrière d'acteur plutôt réussie, chacun des retours de Dutronc à la chanson a pris des allures d'événement. Preuve, simplement, que Jacques Dutronc continue de déranger entre mélancolique ballade jazz et rock dépouillé.

El Toro et les Cyclones. La famille habite le Xe arrondissement, fait non négligeable puisqu'il s'agit du terrain d'aventure de la future bande de la Trinité où figure, également, Jean-Philippe Smet, alias Johnny Hallyday.

Le père, ingénieur des Mines, est multi-instrumentiste et s'illustre dans les bals populaires. Jacques, l'un de ses deux fils, manifeste à son tour un goût certain pour la musique. Il joue du piano avant de revenir à un instrument plus en rapport avec les préoccupations de l'époque : la guitare.

Chahuteur, l'élève Dutronc ne laisse pas un souvenir impérissable à ses maîtres. Doué pour le graphisme, il est dirigé à seize ans vers une école de dessin industriel. Mais, déjà, le rock est entré dans sa vie. Avec un copain de quartier, Hadi Kalafate, qui demeurera longtemps son complice, il monte ses premiers groupes. En 1962, c'est l'aventure El Toro et les Cyclones, le temps de se frotter au public et d'enregistrer deux 45 tours, sans grand succès. Les concerts des Cyclones commencent par un morceau instrumental de Jacques Dutronc baptisé Fort Chabrol. La mélodie mise en mots par André Salvet et Lucien Morisse est rebaptisée le Temps de l'amour pour Françoise Hardy, qui va devenir sa compagne, puis son épouse le 30 mars 1981.

Après le service militaire, il devient guitariste d'Eddy Mitchell et se retrouve assistant artistique chez Vogue. Il écrit Va pas prendre un tambour pour Françoise Hardy, compose pour les artistes maison, comme Zouzou la Twisteuse, Claude Puterflam, Cléo. Jacques Dutronc s'essaie, par jeu, à chanter sur des textes de l'écrivain-journaliste Jacques Lanzmann, initialement destinés à Kalafate ou Benjamin, le beatnik dont la carrière ne décolle pas vraiment. Le directeur artistique Jacques Wolfsohn pousse alors Dutronc, qui ne se sentait pas vraiment une vocation de chanteur, à franchir le pas.

Naissance d'un couple. Et moi et moi et moi sort à l'aube de l'été 1966. En quelques jours, le titre se retrouve en tête de tous les hit-parades. Mené sur un rythme rock enlevé, ce manifeste de l'indifférence ne peut passer inaperçu. La mode, c'est vrai, est aux couplets contestataires et aux chanteurs engagés. Jacques Dutronc, avec une insolence dont il va faire son ordinaire, prend tout le monde à contre-pied. Les costumes trois pièces d'excellente coupe, l'allure générale de ce « crooner » électrique tendance « minet » tranchent sur la négligence vestimentaire organisée des stars du moment. Les trois autres compositions du 45 tours interprétées de la même voix nonchalante font, elles aussi, mouche. J'ai mis un tigre dans ma guitare, Les gens sont fous, les temps sont flous et, surtout, Mini mini mini participent de la même veine. Les musiques de Jacques Dutronc collent aux univers de Lanzmann et inversement. Derrière un apparent dilettantisme, une insolente facilité, les compositions sont particulièrement abouties, maîtrisées, loin des pâles parodies anglo-saxonnes.

Dutronc et Lanzmann récidivent sans attendre. Avec un son légèrement country, les Play-boys enfoncent un peu plus le clou de la dérision et soulignent définitivement l'originalité du chanteur. Sur une nappe de restaurant, On nous cache tout, on nous dit rien, la Fille du père Noël, qui complètent l'enregistrement, vont devenir, eux aussi, des classiques. Le vinyle se voit attribuer, au passage, le prix de l'académie Charles-Cros. L'année prend fin avec la sortie d'un premier album où figurent, parmi quatre nouveaux titres, les Cactus et la Compapade.

L'opportuniste. En quelques mois, Jacques Dutronc a vendu plus d'un million de disques. Georges Pompidou, alors Premier ministre, en appelle aux « Cactus » de la tribune de l'Assemblée nationale. Il est devenu à son corps défendant une star. En avril 1967, il sort un nouveau single, avec une ballade légère, J'aime les filles, l'occasion de mesurer l'étendue de son registre musical. Le second disque de l'année est, de la même manière, un chef-d'œuvre.

Le duo de choc, auquel s'est jointe Anne Segalen, l'épouse de Jacques Lanzmann, s'ingénie à détourner les slogans de « la Publicit頻. Écrit par les mêmes, fin 1967, Paris s'éveille, qui sera élu, plus tard, chanson de l'histoire du microsillon, étonne et enchante. Avec en filigrane un son léger de flûte traversière, ce clin d'œil aux couche-tard décrit les petites aubes grises de la ville. Dutronc, une fois de plus, ne se limite pas à ce petit coup de tendresse. Fais pas ci, fais pas ça, sur une mélodie plutôt enlevée, règle son compte à l'éducation imposée à coups d'interdits aux enfants. Année 1968 oblige, il y va de son Opportuniste, caricature à peine outrancière des hommes politiques. Les tubes s'enchaînent,avec la complicité de Jacques Lanzmann toujours. L'Aventurier, l'Hôtesse de l'air, Restons français, soyons gaulois, Il suffit de leur demander, le Petit Jardin, le Testamour, le Dragueur des supermarchés constituent quelques-uns des morceaux choisis de cet étonnant parcours. Le compositeur se glisse dans les styles les plus divers, va vers le blues pour mieux revenir à des riffs délibérément électriques, sans jamais délaisser son penchant naturel pour le jazz. Il touchera même au genre traditionnel avec Ma poule n'a plus que vingt-sept poulets. En 1970, Jacques Dutronc travaille avec le dessinateur de B.D. Fred, créateur du poétique Philémon. Celui-ci écrit à la demande du chanteur Le fond de l'air est frais, L'âne est au four et le bœuf est cuit, L'éléphant est aveugle. Les nouveaux compères travaillent aussi à deux disques pour enfants, accompagnés par des B.D. Le résultat commercial ne sera pas à la hauteur de l'initiative.

Dérision et provocation. Depuis 1966, Dutronc, c'est aussi la scène. Deux cents galas par an en moyenne. Fidèle à son image, il y apparaît déconcertant. De la Tête de l'art, petit cabaret parisien, des casinos où font invariablement étape les tournées d'été, aux grandes salles, dérision et provocation sont de mise, histoire de se différencier un peu plus des codes d'un métier qui n'en manque pas. Très vite, avec un naturel déconcertant, il s'entoure d'accessoires multiples. Le public le voit ainsi, au fil du concert et de ses humeurs, brandir une pancarte intimant « Applaudissez ! », une autre commandant « Vos gueules ! ». Il balance du papier hygiénique, des confettis à la salle, s'installe sur un W.C., s'adjoint une strip-teaseuse, revient aux rappels avec un balai. Il n'hésite pas à rester tourné vers son orchestre tout en continuant de chanter. Longtemps, il va être accompagné de Kalafate et Gérard Kawczynski aux guitares, Michel Pelay à la batterie, Christian Padovan à la basse. Ces quatre derniers fonderont plus tard le groupe Système Krapoutchik. Ses interprétations du générique du feuilleton Arsène Lupin, l'Arsène (1971) et Gentleman cambrioleur (1973) deviennent des tubes. Après une nouvelle tournée, Jacques Dutronc se tourne vers le cinéma.

Il aura fallu toute la persuasion de son ami le photographe Jean-Marie Périer pour l'entraîner devant la caméra. Dès ce premier essai intitulé Antoine et Sébastien, le chanteur étonne. L'année suivante, L'important c'est d'aimer d'Andrezj Zulawski, son troisième film, convainc les plus sceptiques. Il enchaîne les tournages avec Lelouch, Sautet, Rouffio, Godard… Ses rôles sont souvent en rapport avec l'image que public et médias ont de lui. Il passe du cynisme à l'insolence, de l'humour sulfureux à une tendre mélancolie. En 1980, il s'offre un intermède musical. Il enregistre l'album Guerre et pets avec la complicité de son ami Gainsbourg, qui signe quatre textes, dont le sulfureux l'Hymne à l'amour (moi le nœud). Deux ans plus tard, Dutronc récidive avec C'est du bronze, pour lequel Anne Segalen est revenue prêter la main. Mais c'est par Merde in France (1984), un single sur lequel intervient Vincent Palmer, ex-Bijou, que le succès est de nouveau là, énorme.

Durant cinq années, Jacques Dutronc déserte les plateaux de cinéma. Avec Earl Slick, guitariste de Bowie, et le clavier de Philippe Eidel, il réalise en juin 1987 au Palais des Congrès C.Q.F.Dutronc. La critique n'est pas tendre avec ce disque où le son rock de Qui se soucie de nous voisine avec les Gars de la narine, qui remet au goût du jour les délires d'harmonie-fanfare de l'Hôtesse de l'air. Bambou, l'amie de Serge Gainsbourg, chante sur Opium, vieille chanson de marins. Dutronc est le premier à mettre à l'honneur les polyphonies, beaucoup utilisées depuis, pour saluer, avec I Muvrini, sa terre d'adoption dans Corsica.

Il retourne au cinéma avec Zulawski puis Pialat, sous la direction duquel il joue Van Gogh, fabuleuse performance qui lui vaut le césar du meilleur acteur 1992. Le 8 février 1993, c'est la victoire du meilleur spectacle de l'année qu'il reçoit pour son Casino de Paris. Il s'y est installé, avec son éternel havane et ses inamovibles lunettes fumées Ray Ban, pour quatre semaines à partir du 3 novembre 1992. L'album live va se vendre à 620 000 exemplaires.

Le succès est tel qu'après une tournée dans les plus grandes salles de province en mars et avril, avec passage au Printemps de Bourges, il retrouve le Casino en mai. Au programme, outre ses classiques, deux nouvelles chansons avec des textes de l'écrivain Linda Lê. Par ailleurs, il invite chaque soir sur scène un journaliste pour une interview qui tourne au gag….

Brèves Rencontres, sorti le 4 octobre 1995, regroupe des textes de Linda Lê, de David Mac Neil, de Jean Fauque, le parolier de Bashung, d'Arnaud Garoux et de Thomas, son fils. La critique rechigne. Dutronc n'en a cure, qui chante : « Le plaisir n'a pas de mesure/Tous les goûts sont dans ma nature. ».

Puis le cinéma de nouveau fait appel à lui : il tourne ainsi avec Nicole Garcia (Place Vendôme, 1998), Claude Chabrol (Merci pour le chocolat, 2000) ou encore Michel Blanc (Embrassez qui vous voudrez, 2002), mettant beaucoup de lui-même dans ses rôles d'homme à l'air détaché mais à la personnalité attachante.