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Henri Bernardin de Saint-Pierre

Henri Bernardin de Saint-Pierre
Henri Bernardin de Saint-Pierre

Écrivain français (Le Havre 1737-Éragny-sur-Oise 1814).

Un enfant rêveur et passionné d'aventures

Fils d'un modeste directeur des Messageries du Havre, il reçoit une instruction intermittente chez les jésuites de Caen. Un voyage à la Martinique à l'âge de douze ans, la lecture de Robinson Crusoé, de longues contemplations au bord de la mer contribuent à faire de lui un enfant rêveur, exalté et passionné d'aventures. À vingt ans, il entre à l'École des ponts et chaussées et devient ingénieur en 1758. Situation éphémère : le jeune homme, assoiffé d'horizons nouveaux, va consacrer sa vie aux voyages et rêver de fonder une république idéale. Il parcourt la Hollande, passe en Russie, où il est protégé par Catherine II, va en Pologne, reste quinze mois à Varsovie, séjourne à Berlin, y dédaigne un brevet de capitaine du génie que lui offre le Grand Frédéric et se rend à Paris (1765). Là, il finit par obtenir le grade de capitaine-ingénieur du roi à l'île de France (Maurice). Il passe deux ans dans cette île (1768-1770), qui lui laissera des souvenirs inoubliables, mais qui lui attirera quelque désagrément (on lui reprochera d'avoir maltraité des Noirs).

Paul et Virginie : une pastorale exotique et colorée

De retour à Paris (1771), désabusé, il se résout à « vivre des fruits de son jardin », c'est-à-dire de sa plume. Il se lie avec J.-J. Rousseau, dont il partage l'amour de la nature et l'horreur de la civilisation, et fréquente le salon de Mlle de Lespinasse. En 1773, il publie son Voyage à l'île de France, dont les descriptions colorées et pleines de sensibilité contrastent avec la peinture aride et sèche des voyageurs de l'époque. Par la suite, il entreprend un gros ouvrage, les Études de la nature (1784), qui cherche, souvent à l'aide d'arguments puérils, à prouver l'existence de Dieu par les merveilles naturelles. L'œuvre est d'un grand artiste qui excelle à peindre des tableaux, à décrire les lignes, les mouvements et surtout les couleurs. Certains thèmes y annoncent le romantisme, tels le plaisir de la solitude, le goût de la tristesse et des sensations rares, le sentiment de la précarité de l'existence. L'idylle de Paul et Virginie (1787, quatrième volume des Études de la nature) est d'une intrigue un peu fade : deux adolescents grandissent ensemble dans l'île de France, unis par l'affection la plus pure. Leurs mères, plus perspicaces et qui ne se trompent pas sur la nature de leurs sentiments, décident de les marier quand ils auront atteint l'âge. Au désespoir de Paul, Virginie est obligée de partir pour la France afin d'y recevoir une éducation mondaine. À son retour, un soir de décembre, le navire sur lequel elle s'est embarquée fait naufrage : Virginie périt dans la catastrophe. Paul ne lui survivra pas. Le succès de ce court roman fut immédiat et prodigieux. Si certaines pages ont des grâces quelque peu désuètes et conventionnelles, l'œuvre reste une charmante pastorale exotique, ce qui est pour le siècle une grande nouveauté. L'auteur sait décrire les premiers émois d'un amour naissant, retracer la splendeur des tropiques, évoquer les mystères de la nature, et il parvient au pathétique quand il conte le naufrage du Saint-Géran, le navire qui ramène l'héroïne chez elle.

Héritier de Rousseau annonciateur du romantisme

En 1790, Bernardin de Saint-Pierre publie un conte philosophique, la Chaumière indienne, sous forme de dialogue, qui paraît dans le cinquième volume des Études de la nature. Il est alors célèbre. Intendant du Jardin des plantes (1792), professeur de morale à l'École normale (1794), il entre à l'Institut lors de sa création (1795). Honoré par l'Empire, il partage ses dernières années entre son logement de l'Institut et sa propriété d'Éragny, où il meurt le 21 janvier 1814. L'année suivante paraîtront les Harmonies de la nature, suite affaiblie des Études.

Disciple de Rousseau, dans la mesure où il place le bonheur et la vertu en dehors de la société, Bernardin de Saint-Pierre subit aussi son influence littéraire. Mais, précurseur du romantisme, il est également l'inspirateur du Chateaubriand du Voyage en Amérique, d'Atala et du Génie du christianisme.