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Brigitte Bardot

Actrice de cinéma française (Paris 1934).

Rendue célèbre par le film de Roger Vadim Et Dieu... créa la femme (1956), elle devint un véritable phénomène sociologique dans les années 1960. Elle tourna notamment dans En cas de malheur (1958), la Vérité (1960), Vie privée (1962), le Mépris (1963), l'Ours et la Poupée (1970).

Une fulgurante apparition

Issue de la « bonne bourgeoisie » (ce qui lui sera reproché quand elle effarouchera sa classe d'origine), elle étudie la danse dès l'enfance et fait un peu de théâtre. Ayant posé pour des journaux féminins (1950), elle débute à l'écran en vedette dès son deuxième film, Manina, la fille sans voiles (Willy Rozier, 1952), dont l'audience est aussi modeste que le budget. Mais, remarquée par Marc Allégret et le producteur Raoul Lévy, elle devient une valeur commerciale : en 1956, quand Et Dieu... créa la femme (premier film de Vadim, son premier mari) provoque un scandale et la rend célèbre. C'est la fulgurante apparition d'une sensualité juvénile et sans complexes. D'entrée de jeu, « B. B. » (comme on l'appelle déjà) occupe, nue et bronzée, toute la longueur du Scope.

En fait, elle a été invitée en Italie et en Grande-Bretagne avant même d'être fameuse en France. Ses coiffures sauvages, sa moue, son sourire et son allure lui ont drainé un public disparate, où les lycéens côtoient des intellectuels chevronnés : Jean Cocteau, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras lui consacrent des articles. Sa renommée mondiale bouleverse les canons reçus à l'époque en matière de séduction. Son indépendance de comportement y ajoute une aura de perversité qu'elle n'a pas cherchée. Incarnation sans vrai précédent de la femme-enfant, elle suscite des hargnes égales aux admirations, mais ses imitatrices sont innombrables.

« B. B. » ou la bardolâtrie

Pendant une dizaine d'années, le mot bardolâtrie ne sera pas excessif pour désigner cet état d'esprit diffus, non sans oppositions, aggravées du fait que la foule fait peur à cette « antivamp ». Elle essaie de se réconcilier avec la « morale » (Babette s'en va-t-en guerre, Christian-Jaque, 1959), et Louis Malle tente de démythifier son ascension (Vie privée, 1962) : c'est peine perdue. La comédienne connaît ses limites : souvent touchante (par instinct), peu douée pour le drame, elle ne manque ni de fantaisie ni d'humour, et sa grâce éclaire encore ses films les plus médiocres. Dans d'autres conditions de production, elle aurait sans doute pu déployer un abattage dont ses shows à la télévision ont témoigné. Trop fréquemment dirigée par des cinéastes qu'elle n'inspirait pas (mis à part Roger Vadim, Claude Autant-Lara [En cas de malheur, 1958], Henri-Georges Clouzot [la Vérité, 1960], Jean-Luc Godard [le Mépris, 1963] ou Michel Deville [l'Ours et la Poupée, 1970]), elle a visiblement préféré son existence à sa carrière. Elle a su prendre en 1973 une retraite bien calculée (après Don Juan 73, de Roger Vadim, où elle incarne... Don Juan, et l'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, de Nina Companéez) et elle n'y a mis aucune prétention.

Brigitte Bardot a proposé une nouvelle silhouette de la jeune femme vouée à l'air et au soleil, porteuse d'un érotisme candide dans sa provocation, où ce qui subsiste des anciens fétichismes se déleste d'une noirceur démodée. Cette libération de l'image a annoncé la libération des mœurs, même si les générations suivantes ne s'y sont pas reconnues. Il reste de ses films (seul Et Dieu... créa la femme fait peut-être exception) des morceaux choisis narrant l'histoire d'un corps, d'un visage et donc d'une âme, qui sont ceux-là et nuls autres. Bien loin d'être, comme on l'a dit, un fantasme du supposé inconscient collectif (l'imagination populaire ne travaille de nos jours que sur un modèle déjà fourni), l'effigie à laquelle elle s'est absolument identifiée, quitte à l'abandonner ensuite, ne porte que son nom. Aussi survit-elle dans la mémoire non comme une star traditionnelle, ni comme le sex-symbol qu'en fit la publicité, mais comme un emblème très particulier de la fascination cinématographique.