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Frédéric Bazille

Frédéric Bazille, Réunion de famille
Frédéric Bazille, Réunion de famille

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Montpellier 1841  – Beaune-la-Rolande, Loiret, 1870).

Issu d'une riche famille de banquiers protestants montpelliérains, Bazille, après le baccalauréat, entreprend des études de médecine. Mais tant ses visites au musée Fabre que la découverte de l'art contemporain chez son voisin Alfred Bruyas, collectionneur, notamment, de Delacroix et de Courbet, déterminent sa vocation avant même sa sortie du lycée. En 1862, il peut enfin se rendre à Paris et, tout en y poursuivant sans conviction ses études de médecine, il découvre le Louvre et s'inscrit à l'Académie Gleyre. Il y fait oublier son côté naturellement aristocratique par sa gentillesse, sa franchise, sa générosité, se lie d'amitié avec Monet, Renoir et Sisley, s'associant à eux pour contester les principes académiques de leur patron et s'enthousiasmer pour Delacroix, Courbet, Manet, Corot, Jongkind et les peintres de Barbizon. Par ses cousins, les Lejosne, qui reçoivent Manet et Fantin-Latour, Bazille fait la connaissance de Cézanne, avec qui il sympathise vite et qui le met en contact avec ses camarades de l'Académie Suisse : Pissarro et Guillaumin. Il se trouve ainsi très rapidement mêlé à ce groupe de jeunes peintres écartés le plus souvent des Salons officiels, ce qui les amènera en 1867 à former le projet d'exposer ensemble, préfigurant ainsi la première manifestation des " impressionnistes " de 1874. Contrairement à ses amis, il voyage peu, et seul Monet peut le convaincre de venir le retrouver à Honfleur ou à Chailly, où il sert de modèle au Déjeuner sur l'herbe et peint lui-même la subtile Ambulance improvisée (1864, Paris, musée d'Orsay), représentant Monet immobilisé par une blessure et où se décèle l'influence de Manet. Plus qu'à la lumière des ciels mouillés d'Île-de-France ou de Normandie, il est sensible au dur éclairage méridional qui tranche les plans et colore les ombres, et dont il a eu la révélation picturale en admirant chez Bruyas l'éclatante transcription qu'en avait donnée Courbet en 1854 dans la Rencontre. Traditionnel dans le fond, mais moderne dans ses aspirations et souvent dans la forme, il va partager son temps entre la préparation de tableaux pour le Salon et Méric, propriété familiale située aux confins de Montpellier, qui va être le cadre de nombreuses toiles, entre autres : la Robe rose (1864, Paris, musée d'Orsay), la Réunion de famille (1867-68, id.), la Vue de village (1868, musée de Montpellier), tableau à propos duquel Berthe Morisot, en le voyant au Salon de 1869, où il avait été accepté, écrivait : " Le grand Bazille [il s'agit de sa taille : il mesurait 1,88 m] a fait une chose que je trouve fort bien [...]. Il y a beaucoup de lumière, de soleil ; il cherche ce que nous avons si souvent cherché : mettre une figure en plein air ; cette fois il me paraît avoir réussi. " Travaillant lentement, Bazille cherchait à " restituer à chaque chose son poids et son volume et ne pas seulement peindre l'apparence des choses ", comme il le disait en 1869.

Ainsi en est-il dans ses portraits (Alphonse Tissié en uniforme de cuirassier, 1869, musée de Montpellier), ses natures mortes (la Négresse aux pivoines, 1870, id.), ses trois paysages d'Aigues-Mortes (dont l'un se trouve au musée de Montpellier) et dans ses compositions, où l'on reconnaît non seulement les mêmes sujets que chez Cézanne, mais aussi des préoccupations identiques à celles de ce maître, vingt ans plus tard, dans la Tireuse de cartes (1867) ou dans la Scène d'été (1869, Cambridge, Mass., Fogg Art Museum).

Hésitant encore sur la technique picturale, Bazille passait de Delacroix, qu'il admirait " autant que tout ", à Manet, avec des emprunts aux Hollandais du xviie s. et à Corot. Coloriste-né (raffinement d'exécution de la robe de la Vue de village), il montra, dans ses dernières œuvres, un goût de la composition qui faisait pressentir un véritable tempérament classique (Bords du Lez, 1870). Il n'avait que vingt-neuf ans lorsqu'il fut tué à Beaune-la-Rolande en novembre 1870, engagé volontaire, alors que beaucoup de ses camarades avaient fui pour ne pas participer à la guerre. Son œuvre comporte une soixantaine de peintures, dont 10 sont conservées au musée de Montpellier et 5 à Paris (musée d'Orsay). Une exposition a été consacrée à l'artiste (Montpellier) en 1992.