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Une saison en enfer

Jef Rosman, Arthur Rimbaud blessé
Jef Rosman, Arthur Rimbaud blessé

Recueil poétique d'Arthur Rimbaud, publié en 1873.

Une saison en enfer, commencé par Rimbaud à l’époque de sa liaison avec Paul Verlaine, a été achevé après la séparation des deux hommes. L’auteur expose ici les attentes humaines et artistiques propres à cette période difficile de sa vie, en une suite de pièces en prose parfois incrustées de vers.

La fonction thérapeutique est évidente. Non seulement Rimbaud exprime son désir de rompre avec les désordres du passé, mais il s’efforce de donner à sa décision un certain retentissement : Une saison en enfer est le seul de ses ouvrages qu’il se soit personnellement occupé de faire publier – avec un succès très relatif d’ailleurs puisque l’éditeur, faute d’être réglé, conserve la quasi-totalité du tirage sans le mettre en vente.

Le projet autobiographique est du reste tourné vers l’avenir. Après avoir manifesté une profonde désillusion dès le prologue du recueil (« Je parvins à faire s’évanouir de mon esprit toute l’espérance humaine »), Rimbaud interroge la puissance des outils dont il dispose. C’est à travers le langage et l’écriture qu’il entend se dépasser lui-même, traçant une voie que voudront explorer plus tard André Breton et les surréalistes.

Morceaux choisis

[Extrait de Une saison en enfer, « Délire II : Alchimie du Verbe »]

[…]
La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.
Je m’habituai à l’hallucination simple : je voyais très-franchement une mosquée à la place d’une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.
Puis j’expliquai mes sophismes magiques avec l’hallucination des mots !
Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. J’étais oisif, en proie à une lourde fièvre : j’enviais la félicité des bêtes, — les chenilles, qui représentent l’innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginité ! Mon caractère s’aigrissait. Je disais adieu au monde dans d’espèces de romances :

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie.
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

Telle la prairie
À l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies,
Au bourdon farouche
Des sales mouches.

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

J’aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m’offrais au soleil, dieu de feu.
« Général, s’il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre sèche. Aux glaces des magasins splendides ! dans les salons ! Fais manger sa poussière à la ville. Oxyde les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis brûlante… »
Oh ! le moucheron enivré à la pissotière de l’auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon !
[…]